On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt

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édition Jean-Claude Lattès – 360 pages.

Présentation de l’éditeur :

« Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros.Une vie; le col enfin à dix centimètres, le souffle court, la naissance, le sang, les larmes, la joie, la douleur, le premier bain, les premières dents, les premiers pas; les mots nouveaux, la chute de vélo, l’appareil dentaire, la peur du tétanos, les blagues, les cousins, les vacances, les potes, les filles, les trahisons, le bien qu’on fait, l’envie de changer le monde.Entre trente et quarante mille euros si vous vous faites écraser.Vingt, vingt-cinq mille si vous êtes un enfant.Un peu plus de cent mille si vous êtes dans un avion qui vous écrabouille avec deux cent vingt-sept autres vies.Combien valurent les nôtres? » À force d’estimer, d’indemniser la vie des autres, un assureur va s’intéresser à la valeur de la sienne et nous emmener dans les territoires les plus intimes de notre humanité.Construit en forme de triptyque, On ne voyait que le bonheur se déroule dans le nord de la France, puis sur la côte ouest du Mexique. Le dernier tableau s’affranchit de la géographie et nous plonge dans le monde dangereux de l’adolescence, qui abrite pourtant les plus grandes promesses.

Mon avis :

Mon premier coup de coeur de la rentrée littéraire 2014 ! Acheté le 21 août, lu dans la foulée, j’ai eu plus de mal à rédiger ma chronique. J’ai donc attendu, ne serait-ce que pour voir quel souvenir il me resterait de cette lecture. Il est parfois des lectures qui plaisent, et une fois le livre refermé, des détails, des effets émergent, dérangent, et rendent l’avis bien plus critique.

En dépit de ces trois semaines de recul, j’affirme toujours que ce livre est un coup de coeur, ce qui ne signifie pourtant pas que les personnages me soient sympathiques – à une exception près, la narratrice de la troisième partie. Je me souviens qu’à la lecture, je suis revenue plusieurs fois en arrière, non parce que le livre était difficile à lire, mais parce que certaines phrases trouvaient leur résonance en moi, tant elles étaient d’une infinie justesse.

On ne voyait que le bonheur est pour moi un roman sur la filiation, la transmission. Pourquoi Antoine, le narrateur, est-il né ? « Pour mettre une certaine distance entre le monde et eux », dit-il à propos de ses parents. Quel amour a-t-il reçu ? Aucun. Sa mère a repris sa vie, exactement, comme avant, son père également, forçant leur fils et la jumelle survivante à s’unir pour grandir – pour essayer, du moins. Que leur a transmis leur père ? Sa capacité à trouver toujours une solution de facilité – périphrase pour désigner sa lâcheté. Trouver une mère de substitution, envoyer ses enfants en colonie de vacances au lieu de se retrouver seul avec eux, donner des nouvelles de leur mère au lieu de lui rendre visite.

Adulte, le narrateur ira encore plus loin que son père dans cette « lâcheté », son seul acte de courage étant la conquête, puis la reconquête de sa femme. J’ai cherché un autre terme pour la qualifier (maitresse ? femme fatale ?), elle qui ne pensera jamais qu’à elle-même, y compris quand ses enfants auront le plus besoin d’elle. Aussi, la troisième partie, qui montre la reconstruction de leur fille reste pour moi la plus réussie, même si je n’ai pas cru en la fin du roman.

Reste la seconde partie, la plus faible, la moins crédible à mes yeux, sans doute parce que je n’éprouve aucune compassion pour le narrateur. J’ai coutume de dire que « tout acte de paresse pourra t’être reproché » – et sa vie en est parsemé, tout ce qu’il n’a pas eu le courage d’affronter aurait pu se retourner contre lui, et pourtant, avec des années de « ratage » (et là, je suis à deux doigts d’utiliser l’ironie en ce qui concerne certains détails sordides de la seconde partie), il parvient à reconstruire une vie différente, une vie « sans coût », lui qui a passé son existence à évaluer celle des autres.

On ne voyait que le bonheur, ou un livre pour aller au-delà des apparences et des clichés.

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23 réflexions sur “On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt

  1. C’est le livre de la rentrée qui divise le plus les lecteurs. Tu y vas même du coup de coeur mais tu le dis,  » certaines phrases trouvaient leur résonance en moi » ! ceci explique sûrement cela.
    Tu notes tout de même des points faibles et ils ont sûrement pris plus d’importance à mes yeux.
    Chacun doit donc se faire sa propre opinion en lisant ce livre.

    • Oui, chacun doit se faire sa propre opinion. D’ailleurs, je n’ai pas dit « à lire absolument ».
      Le fait de connaître des parents qui sont l’exacte opposé de la mère de Joséphine (ou du père du narrateur), qui ont fait de leur enfant pourtant « différent » des adultes équilibrés et épanouis, ou de connaître des parents qui, par leur absence d’amour, de tendresse, ou par leur recours à la violence bousillent la vie de leur gosse m’ont influencée, très certainement. J’en passe…

  2. j’avoue qu’il ne me tente guère mais c’est surtout parce que ce n’est pas mon genre de prédilection. J’essaierai peut-être de le lire si il me tombe sous la main. 😉
    En tout cas tu lui rend un bel hommage. 😉

    • « Niais » n’est pas vraiment le terme que j’aurai choisi, « percutant », plutôt.
      Maintenant, j’hésite presque à le recommander, tant les avis sont constrastés – mais c’est un coup de cœur pour moi, je ne changerai pas d’avis.

  3. Ce livre s’est vraiment fait descendre (à ma grande surprise) par une presse quasi unanime et des avis très mitigés de blogueuses, donc je ne l’avais pas noté comme une priorité. J’y jetterais un oeil s’il me passait entre les mains ! 😉 (et parce que je me méfie quand la presse est unanime, en bon comme en mauvais)…

    • En fait, quand j’ai lu le premier extrait, je n’étais pas tenté. Puis je l’ai relu, re-relu… et quand je me suis retrouvée face au livre, je l’ai acheté tout de suite, lu dans la foulée, et n’ai pas regretté.

  4. Je n’avais jamais lu l’auteur et ce livre ne m’a pas convaincu. Sans avoir passer un mauvais moment, je n’ai pas été émue comme je l’attendais et j’ai même trouvé certains éléments du livres grotesques et décevants (la fin, le licenciement d’Antoine, le fait qu’il justifie ses actes par son passé…)
    Là où je te rejoins, c’est que je ne trouve aucun excuse au narrateur et que je n’ai eu aucune compassion pour lui. Je pense d’ailleurs qu’une des raisons principales pour lesquelles j’ai moins appréciée le livre est que je n’ai pas su m’attacher aux personnages et éprouver de m’empathie pour eux.

    Ta chronique est très intéressante à lire dans tous les cas, j’aime beaucoup découvrir des avis très différents des miens, ça permet toujours de voir le livre sous un nouvel angle

    A bientôt !

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