Archive | 13 septembre 2014

Les plumes d’Asphodèle – humeur.

Les mots à placer étaient regrets, engranger, boue, repos, découverte, hélianthe, regain,  bond, imprévus, recherche, espièglerie, confiture, allégresse, jubilation, noctambule, brume, respirer, dépaysement, magnifique,  bleu, marais, maudit, myriade.

c3a9critoire-vanishingintoclouds3

Les vacances sont un moment merveilleux pour le repos, le farniente, engranger un maximum de soleil pour contrer la grisaille de la rentrée.
Allongé dans un transat, au bord de la mer dont le bleu se confond avec celui du ciel, je suis au repos. Mon corps, du moins, parce que dans mon esprit, c’est la tempête. Que ferai-je, dans quinze jours, quand j’aurai repris le travail ? Poserai-je une bombe dans la voiture de Markus, pour le faire sauter, lui et ses équipiers ? Non, impossible, j’ai déjà fait  sauter un fourgon blindé le mois dernier, nous sommes à cours d’explosifs. Me contenterai-je de prendre sa femme en otage ? Quel embarras ! Il faut trouver un lieu de réclusion, un geôlier compétent et surtout, saisir le moment propice pour la kidnapper. Serrerai-je la gorge d’une nouvelle victime jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus respirer, pour me perdre dans la brume ? La découverte d’un nouveau cadavre par un noctambule en plein cœur du Marais plongerait les enquêteurs dans la perplexité, et moi dans l’allégresse? Offrirai-je à Doriane une bague en diamant, gage de mon amour ? Avec espièglerie, elle la passerait à son doigt et d’un sourire…
Et flûte ! J’ai confondu l’écriture du scénario de Maudits regrets, un téléfilm policier en trois parties que je dois finaliser pour le 12 octobre, et le bouquin à l’eau de rose que je fignole, Jubilation et confiture – la cuisine est à la mode.
– Viens te baigner, l’eau est magnifique.
– Je te crois.
Mon frère Franck. Je lui demande parfois des conseils, il m’aide dans mes recherches – il est médecin. En cas d’imprévus, je peux compter sur lui.
Nous avions tous les deux eu des carrières contrariées. Je me voulais acteur, j’étais mauvais, très mauvais, ce qui ne m’empêchait pas d’obtenir une myriade de petits rôles à la télévision ou au cinéma. Vive la figuration, y compris dans James Bond. Au vue des horreurs que j’interprétais, je me disais que je pourrai aussi les écrire. J’étais donc scénariste depuis douze ans, et écrivais des romans à l’eau de rose en même temps – dépaysement garanti.
– Bérénice a mis un hélianthe sur le rebord de la fenêtre. Juste pour nous prouver que nous avons un peu de soleil. Un déménagement de nos locaux est hors de question, en dépit de ce qui s’est passé.
Quinze jours avant de partir en vacances, mon frère et ses collègues avaient été pris en otage par un fou furieux. Cela s’était déroulé d’une manière telle qu’aucun scénariste, même le plus frappé, n’aurait pu l’imaginer. Il avait eu beaucoup de chance. Une autre, qui terminait son stage, en avait eu nettement moins.
Se faire descendre sur son lieu de travail quand on est médecin légiste est pousser l’amour du travail bien trop loin.