Archive | 16 août 2014

La malédiction des ancêtres de Kirk Mitchell

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Présentation de l’éditeur :

Stupeur chez les Indiens de Warm Springs.
Le squelette découvert sur leurs terres daterait de 14000 ans. L’anthropologue Thaddeus Rankin clame qu’il s’agit des ossements d’un Blanc et conteste l’origine indienne du peuplement de l’Amérique. L’agent du FBI Anna Turnipseed et l’inspecteur comanche Emmett Parker sont dépêchés sur place, la guerre sans pitié autour des os maléfiques ne fait que commencer…

Mon avis  :

Ceci est le quatrième roman de Kirk Mitchell mettant en scène l’agent Turnipseed et l’inspecteur Parker que je lis et j’ai eu beaucoup de mal à me le procurer. Il s’agit d’ailleurs du second tome montrant ce duo d’enquêteurs : le tome 1, Danse de deuil, est indisponible, y compris dans les bibliothèques.

Maintenant, je vais poser un écriteau « âme sensible s’abstenir » – les romans de Kirk Mitchell, même ceux qui semblent bien partie pour rester des romans policiers normaux, finissent toujours par vous entraîner à découvrir les errances des âmes, et cette expression prend tout son sens à la lecture. On peut ne pas croire, mais les anciens des tribus, et même Emmett, ne remettent pas en cause certaines croyances de leur tribu.

L’affaire paraissait pourtant toute de bureaucratie et de paperasserie : à qui appartiennent ses ossements vieux de 14 000 ans ? Pas à des indiens, le meilleur anthropologue présent sur les lieux est formel. Et les indiens ne sont présents sur ses terres « que » depuis 13 000 ans.

Faut-il construire des autoroutes et des magasins pour considérer un endroit comme son pays? Faut-il qu’il y ait des pierres tombales sur vos morts pour prouver que ce sont vos ancêtres ? dit fort justement une Sage. Je suis d’accord avec elle, et ma réaction serait exactement la même : remettre ses ossements en terre plutôt que les examiner pour prouver je ne sais quelle théorie.  Ou plutôt non, la théorie de Rankin (à ne surtout pas confondre avec Ian) est révolutionnaire : les indiens ne sont pas le premier peuple à être apparu sur ce continent. De plus, il pratiquait le cannibalisme. Je vous laisse imaginer toutes les implications possibles de ces thèses, auxquels Rankin s’accroche farouchement.

Comment chroniquer la suite, sans trop en dévoiler ? Les disparitions se multiplient, les actes « de folie » aussi, au nom de la religion, au nom de la science. Comme dit le courageux sergent à Emmett, il est facile de venir, puis de repartir en laissant le chaos derrière soi. Lui qui est flic et indien doit vivre dans la réserve avec ceux qu’il a arrêté, en craignant des représailles – qui n’ont rien de physique. Emmett le comprend, lui qui partage la même spiritualité et sera amené à la développer dans les trois tomes suivants de la série – le tout dernier, la danse des chiens-tonnerres, le transformera littéralement en spectre indien. En attendant, il doit lutter contre un ennemi bien réel et insoupçonnable, qui ne recule devant rien, à croire qu’il a reçu une formation en torture. Oui, elle existe, et Emmett rencontrera une de ses « formatrices »  – officiellement, on appelle cela « résistance à la torture », mais elle apprend tout de même comment on torture, pour mieux se prémunir.

La vie, la mort, sont étroitement imbriqués dans ce roman, et pas parce que l’on pourchasse un tueur en série comme dans maints romans policiers. Il leur faut déterminer qui sont les morts, et qui est réellement mort. Certaines scènes m’ont particulièrement touché, parce qu’elle rejoigne mon propre univers créatif – de là à dire que je serai capable, c’est autre chose. Kirk Mitchell parvient vraiment à nous faire découvrir la culture amérindienne sans porter de jugement de valeur sur elle. Manquerait plus que cela, me direz-vous ! Oui, mais Emmett et Anna sont des enquêteurs, Anna est même promis à une brillante carrière au FBI, et pourtant, elle garde toujours à ses côtés un talisman pour la protéger dans son sommeil et ne passe pas son temps, comme un enquêteur français le fait, à se dire « c’est pô bien, il faut que tu t’en détaches, ce sont des superstitions ».  Ami de la rationalité, bonjour : tout ne sera pas expliqué dans ce roman, même si l’identité du coupable et son mobile sont connus. Et sincèrement, au vue des explications de certains phénomènes, je suis presque ravie qu’une part de surnaturel indien reste à la fin de ce polar.

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