Archive | juillet 2014

La ruche d’Arthur Loustelot

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Présentation de l’éditeur :

De l’appartement, le ciel n’est pas visible. Les portes sont ouvertes ou closes selon des règles tacites. Les mots circulent, vibrent et s’épuisent. Les murs de carton filtrent à peine les secrets.
Depuis le départ de son mari, Alice a sombré dans l’enfer le plus noir.
Marion, Claire et Louise, ses trois filles adorées, n’ont plus que leur amour à opposer à cette spirale destructrice. Un amour infini, aussi violent qu’indicible.

1312260953408502211846257Défi premier roman

Mon avis :

Une fois n’est pas coutume, je suis allée lire tous les avis que j’ai pu trouver sur ce livre sur Babelio avant de rédiger le mien. La majorité des avis est négative, le mien ne fera pas exception. La difficulté sera de trouver des points positifs.

Tout d’abord, le titre est bien trouvé. Nous sommes vraiment dans une ruche, les bourdonnements surgissent de tous les côtés, impossible d’avoir le silence. La reine, c’est Alice, la mère. Les abeilles, qui fournissent tout le travail y compris préserver Alice contre elle-même, ce sont ses filles, Marion, Claire et Louise. Toutes les trois sont très unies, et ce, depuis aussi loin que leurs souvenirs remontent. Elles semblent presque toujours avoir été trois (elles sont très rapprochées en âge) et sont bien adultes qu’adolescente.

Ce roman se lit très rapidement, presque facilement pour moi. J’ai été prise par ce tourbillon de mots, ce qui ne m’a pas empêché de détester cette manière de ne pas présenter le dialogue. Alors oui, cela retranscrit bien l’impression que toutes parlent en même temps, que toutes se coupent, que toutes comprennent à demi-mots ce que sa soeur a voulu dire, mais il faut souvent relire pour comprendre le sens de la phrase, ou savoir qui a parlé. Des trois soeurs, seules Claire a des contacts avec l’extérieur, via des messages qu’elle envoie de son portable (sans réponses, semble-t-il).

Maintenant… le sujet est intéressant, mais bizarrement construit. Alice est totalement antipathique par sa folie, qui remonte à bien plus loin que la séparation d’avec son mari, deux ans plus tôt. D’ailleurs, ce n’est pas elle qui s’est séparé, c’est sa fille, âgée de quinze ans à l’époque, qui a annoncé la séparation à son père, indiquant qu’elle et ses soeurs refusaient de le voir, refusaient qu’il s’occupe d’elle. Et lui accepte. Vous avez dit absence de maturité ? Légèreté des parents ? Je cherche des termes plus forts encore mais je n’en trouve pas.

Alice, quand elle n’est pas hystérique, est mythomane. Pardon, ce n’est pas ce que dit le texte, elle « réinvente » son passé, elle croit dur comme fer à ce qu’elle raconte, et parvient à en persuader son frère, sa soeur – qui, sur un certain point que je ne dévoilerai pas, sont d’une consternante naïveté. Se voiler la face paraît héréditaire.

Alice se plaint des conditions dans lesquelles son mari fait vivre ses filles, l’argent qu’il a dissimulé pendant des années – pourtant, ses trois filles ne cessent de fumer. Le stress, me direz-vous. Oui, l’auteur a voulu montrer qu’elles étaient stressées en leur faisant fumer cigarettes sur cigarettes (elles ont donc de l’argent pour s’en acheter, et personne ne le leur reproche, donc elles ne sont pas si pauvres que cela, dans leur appartement de quatre chambres, séjour/salon, cuisine indépendante). L’aspect « féminin » est aussi casse-pied. Je n’ai pas compté le nombre de fois où les filles ont « envie de faire pipi ». Certes, cela renforce l’ambiance « porte qui claque », « stress qui monte », mais bon sang, que c’est exaspérant ! Elles évoquent aussi les tampons, la pilule de 4e génération que prend l’une des filles – afin que l’on soit bien sûr que ce sont des filles. Comme si un lecteur pouvait en douter. Une ambiance aussi hystérique ne sera pas possible si Alice avait eu un garçon, au beau milieu de la sororie.

La ruche est un livre qui peut exaspéré, ou séduire. A vous de lire.

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Journal d’un louveteau garou !

22 juillet 2614

Cher Journal que j’aime tant

Le concert des Gratteux a eu lieu hier, il était juste… fabuleux !

Ils ont chanté jusqu’à l’aube pour nous, ils ont terminé avec : « Tu es mon roudoudou plein de poils au clair de lune ».

Je leur ai lancé moi-même trois côtelettes d’agneau !

Par contre, notre professeur vampire de musique a dû être évacué pendant le concert – je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais il a fait un malaise. Je ne savais pas que les vampires pouvaient tomber malades.

Il est enfermé à l’infirmerie – heureusement, notre principal est aussi médecin. Comme remède, il a des dose de « David Bowie »,de  » Rolling Stones », et de » Sting ». J’espère qu’il ira mieux très vite.

Je te laisse, mon cher journal

Anatole.

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Trois femmes et un fantôme de Roddy Doyle

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Mon résumé :

Mary vit à Dublin. Sa meilleure amie, Ava, vient de déménager, et ses parents trouvent « mignons » que les deux adolescentes n’aient pas envie de se séparer. Mary est également doté de deux grands frères, deux ados qui grognent plus qu’ils ne parlent, d’une mère, Scarlett, d’un père, et d’une grand-mère, Emer, gravement malade. Un jour, elle croise dans la rue Tansey, sa nouvelle voisine, croit-elle.  Pas vraiment : Tansey est le fantôme de son arrière-grand-mère, morte à 25 ans. Elle a encore des choses à accomplir pour sa fille.

Mon avis :

Ne lisez pas le véritable quatrième de couverture : ce qu’il raconte n’aura pas lieu avant la page 164 (sur 220) : autant dire que le lecteur ne peut qu’être déçu. Comme il ne peut être, parfois, qu’agacé par les tics de langage de Mary. Elle précise qu’elle n’est pas insolente (surtout quand elle l’est), elle insère le mot « genre » constamment dans ses phrases. En plus, ses proches finissent par reprendre ses tics, ce qui est soit usant, soit amusant, selon le regard que l’on porte sur ce récit.

Parfois, j’ai eu l’impression aussi que les personnages étaient interchangeables. Ainsi Emer, trois ans, et Tansey, 25 ans, racontent exactement de la même manière les derniers moments qu’elles ont passé ensemble, avant que Tansey ne rechute et ne décède . Et pourtant, ce n’est pas la mère qui a pu transmettre, mot pour mot, ce récit à sa fille. Ce manque de caractérisation ne dure qu’un temps. Scarlett, enfant, est très différente de sa propre mère. Emer change – celle qui a vécu toute son enfance avec la mort (dit-elle à son timide fiancé) pleure au souvenir de sa mère disparu, de son bébé perdu et a peur du grand départ. L’émotion est souvent au rendez-vous, dans ce roman essentiellement féminin – Jim le bébé, frère d’Emer, n’a pas su se construire une vie indépendante, il est resté le bébé de la famille jusqu’à sa mort.

A travers ces quatre femmes, toutes unies par les liens du sang et le besoin de transmettre ce qu’elles ont vécu, nous revivons l’évolution de l’Irlande, non à travers ses conflits, mais sa vie quotidienne. Une belle histoire à lire si les fantômes ne vous effraie pas. Il ne pose de problèmes à personne dans ce roman :

– Je ne suis pas convaincue, dit Mary. On dirait un peu, genre, une superstition.
– Je suis un fantôme, dit Tansey. Alors je suis sans doute, genre, un peu une superstition moi-même. Mais tu vois, je suis là. (p. 149).

 

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Muette d’Eric Pessan

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Présentation de l’éditeur :

« La nuit, déjà, et Muette écoute vibrer les insectes, glissée jusqu’au nez dans son sac de couchage. Elle a chaud mais ne peut se résoudre à se découvrir. Dehors, dans le grand monde, des gens courent à sa recherche, elle n’a plus de doute à ce sujet. Elle y est. Elle a grand ouvert les portes de sa vie. »

Par sa maîtrise de la langue au plus près des émotions, des impulsions et des souvenirs d’une jeune fugueuse, Eric Pessan, l’auteur d’Incident de personne, compose un roman envoûtant et d’une rare justesse pour évoquer la mue mystérieuse de l’adolescence.

Mon avis :

Il n’est pas facile de rédiger cet avis, non parce que je n’ai pas aimé ce livre, bien au contraire, mais parce que je risque de déborder, et de parler de choses qui n’ont rien à voir avec la littérature.

D’Eric Pessan, j’ai déjà lu Incident de personne, que j’ai moyennement aimé. Rien de tel ici : l’auteur donne la parole à Muette, une jeune fille que personne n’écoute et qui décide de fuguer. Oh, elle ne va pas très loin, non, avec ses quelques affaires et ses maigres économies, elle se rend dans une grange, non loin de sa maison, finalement, là où elle est sûre que personne ne pensera à la chercher. Si tant est que quelqu’un la cherche.

Le sujet de ce livre est la maltraitance invisible, celle qui ne laisse pas de traces mais qui meurtrit autant que les coups. Entre adultes, on appelle cela du « harcèlement moral ». Existe-t-il un terme pour désigner ce rabaissement perpétuel que les parents font subir à Muette ?

Muette n’a pas de prénom, ou plutôt si, elle en a un : celui de sa grand-mère, que sa mère n’a pu enterrer parce que Muette est née, avec trois semaines d’avance. Le lui a-t-on assez répété, cette histoire. Lui a-t-on assez dit du mal de sa mère, une Marie-Couche-Toi-là, une fille qui a fait mourir sa propre mère de chagrin. Ce tableau est criant de vérité, même en 2014. Il suffit juste de tendre l’oreiller, de regarder ce qui se passe dans cette France profonde, ou dans les collèges et lycées.

[J’ouvre d’ailleurs une belle parenthèse : Muette s’étonne que sa mère ait pu tomber enceinte à notre époque, alors que les moyens de contraception existent, que des séances de prévention sont organisés dans les collèges et les lycées. Pour ma part, je répondrai par des propos d’adolescentes, qui disent que trouver l’adresse d’un planning familial et s’y rendre, c’est compliqué quand on vit à la campagne, que la contraception est peut-être gratuite, mais apparaît sur les décomptes de sécurité sociale de leurs parents. J’ajoute que, le plus souvent, ce sont les grandes soeurs qui accompagnent les petites soeurs en consultation, pas leur mère. J’ajoute aussi que de trop nombreuses émissions glorifient les mamans ados, qui a seize ans ont voulu devenir mères parce qu’elles étaient prêtes. Elles n’ont pas de travail, pas de logement, parfois plus de copains, mais sont très fières parce qu’elles ont un diplôme qui ne se dévaluera pas, un métier où il n’y a pas de chômage : maman. ]

D’un côté, nous avons les pensées, les souvenirs de Muette, qui se succèdent très rapidement comme si elle savait que le temps lui était compté. Les souvenirs heureux, aussi, de sa toute petite enfance. Puis, tous les autres, alors que les reproches pleuvent sur elle, alors que ses parents ne font plus que se plaindre, faire les comptes, tenter de survivre – en reprochant toujours à leur fille d’être là et de leur coûter trop cher . [discours toujours audible en 2014 de la part de certains parents]. En italique, les fameuses petites phrases assassines de ses parents, sa parole, toujours remise en cause.

Savourons ces moments où Muette est libre, enfin, où elle est heureuse dans la nature qui l’entoure. Il n’y a que dans les séries télévisées grand public que  ces histoires de famille trouvent une fin heureuse.

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Le quatrième mur de Sorj Chalandon

41nkC0aTNyL._Présentation de l’éditeur :

« L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec,. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne … »

Sorj Chalandon

challenge-1-littc3a9raire-20131Mon avis  :

Je lis ce livre depuis le mois de mai, et si je rédige mon avis seulement maintenant, c’est parce qu’à ce moment précis, je baisse les bras. Je ne vous cache pas que le terminer fut plus que difficile.

La faute n’est pas au style, toujours aussi beau. La faute n’est pas dans l’Antigone de Jean Anouilh, que j’ai fait étudier cette année à mes élèves et que je ferai étudier à nouveau l’an prochain.

Le narrateur était étudiant dans les années 70 – moi non. Je suis un peu comme sa petite fille, je suis née à la fin des années 70. Celles qu’il a vécu sont très éloignées de celles que mes parents, mes oncles, mes tantes, m’ont raconté. Alors, certes, on ne lit pas un roman pour lire la transcription de ses souvenirs familiaux, mais je ne me sens pas en phase avec la violence dont le narrateur et ses amis ont fait preuve. Lui qui s’est retrouvé sérieusement blessé lors d’un affrontement avec une bande rivale et trouve cela presque « normal » est bien trop éloigné de ma manière de voir les choses – quelle que soit l’époque. Il se marie, certes, il a une fille, certes, mais il ne mûrit pas – éternel étudiant attardé. Sa seule « fidélité », son seul « devoir » est envers Samuel, son ami de toujours, rescapé des camps. Pour lui, mourant, il tentera de réaliser son rêve le plus fou : monter Antigone en pleine guerre du Liban.

Et là, au-delà même de Sharon, c’est Nina la rationnelle qui reprend le dessus. Parce que monter Antigone avec des membres de chaque faction est pour moi utopique – c’est le principe, me direz-vous – mais je ne crois pas qu’ils auraient accepté de se rencontrer ne serait-ce qu’une fois, même si je connais très mal le déroulement de cette guerre. La tragédie – la vraie – est là, inexorablement, et je ne crois pas qu’une seule pièce de théâtre, si symbolique soit-elle, vaille la peine de mettre sa vie, celles des autres, en danger. La tragédie, la vraie, reprend ses droits au fil des pages. Et l’art n’y change pas grand-chose. Le pire est peut-être que je me sens soulagée après avoir rédigé cette chronique, comme si elle constituait un fardeau.

Dans le silence du vent de Louise Erdrich

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Mon résumé :

Un dimanche de printemps, dans une réserve indienne du Dakota du Nord. Sauf que rien ne sera comme avant. La mère du narrateur a été agressée sexuellement. Rien ne semble pouvoir l’apaiser. Elle reste muette, prostrée dans sa chambre.  L’enquête suit son cours, trop lentement au goût du jeune narrateur – on connaît la musique ! Et la complexité des lois, pourtant défendues par son père, juge, font qu’il sera difficile de poursuivre le coupable, même s’il est identifié. Pas une minute à perdre pour Joe : lui et ses amis enquêtent de leur côté.

silenceMon avis :

Ce qui m’a frappé en lisant ce livre est la justesse avec laquelle Louise Erdrich nous fait partager, pudiquement, les émotions de ses personnages. Rien n’est plus difficile que de montrer le ressenti d’une femme violée, le comportement de ses proches, dont tout l’amour ne parvient pas à la faire sortir de sa torpeur. Son mari, son fils sont essentiels, parce qu’ils sont prêts à la soutenir, jour et nuit. Mais ils se sentent terriblement seuls : Et voilà ce que je n’ai pas compris à l’époque, mais que je comprends aujourd’hui – la solitude. J’avais raison, dans cette histoire, il n’y avait que nous trois. Ou nous deux. Personne d’autre, ni Clemence, ni même maman, ne se souciaient autant que nous de ma mère. Personne d’autre ne pensait à elle jour et nuit. Personne d’autre ne savait ce qui lui arrivait. Personne d’autre ne voulait à tout prix autant que nous deux, mon père et moi ,retrouver notre vie. Revenir au Temps d’Avant.

Joe essaie de trouver du réconfort, à défaut de la félicité perdue, auprès de sa tante Sonia, de sa tante Clémence. Il observe les adultes, qu’il juge trop passifs – sauf peut-être l’aïeul de la famille, qui, en guise de méditation, lui conte les légendes de son clan. Il porte ses soupçons sur le nouveau prêtre, qui, d’un regard ou presque, lui fera comprendre son erreur.

Mais dehors, il y a celui qui a fait cela, et pire encore, et qui tourne autour de la réserve, comme le loup autour de l’agneau. Angoissant ? Oui, car l’impunité le rend capable de tout, il joue avec les nerfs des indiens qu’il méprise. Au passage, l’auteur nous montre comment une bonne action, même une très bonne action, approuvée par tous, peut comporter sa part de mal (et de malheurs pour autrui).

Comme dans Un été avec Kim Novak d’Hakan Nesser, des commentaires nous montrent le narrateur devenu adulte. Il n’est pas parti cultiver des jacarandas en Uruguay, il a repris le combat paternel pour la justice – et a toujours nommé ses chiens Pearl, comme celle que son père avait adoptée pour guetter le moindre bruit, le moindre son, signal d’un danger en approche.

Je terminerai par cette citation :

« justice sera faite. Et cela nous aidera, je crois. Cela t’aidera même si maintenant tu sembles croire que non, que rien ne t’aidera, même pas l’amour immense qu’il y a dans cette pièce. »

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Marilyn Monroe, la cicatrice de Claude Delay

Présentation de l’éditeur :

On croyait tout savoir du destin tragique de la petite Norma Jeane, née illégitime le 1er juin 1926 dans la « Cité des Anges », fille non désirée d’une Gladys déchue dont on la sépare dès la naissance. Et pourtant… Norma à l’orphelinat et Gladys à l’asile : voilà le programme d’une vie. Voilà le cœur de ce livre. Cette béance inaugurale, cette blessure fondatrice, Marilyn Monroe s’épuisera en vain à les combler. Scène primitive d’une enfance jamais exorcisée qu’elle ne cessera de rejouer au long de sa trop courte existence. Elle appellera ses trois maris « Papa », comme du reste tous les hommes de sa vie –à l’exception de son dernier amant, son « Prez », John Fitzgerald Kennedy. Ses maîtres à penser ? Rilke et Lee Strasberg. Ses maîtres à jouer ? John Huston, Billy Wilder, Mankiewicz, Cukor, Logan, Nunnally Johnson. Ses maîtres à mourir ? La petite fille de trente-six ans emporte avec elle son énigme. Claude Delay s’attache ici à élucider, pas à pas, la généalogie des chocs affectifs de Marilyn, tel un sismographe qui enregistre les lignes de faille d’un terrain que n’auront cessé de menacer, dès le premier jour, les « tremblement de père et tremblement de mère » dévastateurs. Claude Delay est notamment l’auteur de Chanel solitaire (Gallimard) et de Giacometti Alberto et Diego, l’histoire cachée (Fayard, prix Cazes-Lipp 2008).

Marilyn Monroe ReadingMon avis :

Ce livre est une des sorties littéraires de la rentrée 2013 et il est passé complètement inaperçu. Pourquoi ?

Je l’ai lu juste après Confession inachevée, et j’ai eu l’impression d’y lire les mêmes éléments, la bienveillance en moins, le sordide en plus. Rien ne nous est épargné de ce qu’a vécu Norma Jeane, de ce qu’elle a dû faire pour devenir actrice. Rien ne nous est dissimulé des abandons successifs qu’elle a enduré, de ses avortements, de ses fausses couches, de ses tentatives de suicide à répétition.

Si je devais faire court, je dirai que ce livre raconte que, toute sa vie, Norma Jean a cherché une mère et un père de substitution. Les mères furent toutes de méchantes fées, les pères n’étaient pas aptes à jouer ce rôle. Certains aimaient Marilyn, d’autres Norma Jeane. Des enfants de substitution passent dans sa vie, certains lui restèrent fidèles par delà la mort. Les chiens de sa vie ne sont pas oubliés, du tout premier, tué par un voisin, au tout dernier, offert par Sinatra, et devenu de nos jours héros d’un roman.

Ce qui distingue ce livre des autres biographies est l’apport d’éléments récents (cf : le livre de Colin Clark) mais aussi le ton distancié, parfois ironique, comme si l’auteur prenait ses distances avec Marilyn.

Il évoque les tournages – difficiles – les rivalités, y compris avec ses partenaires masculins. Il parle de sa relation amoureuse avec la photographie, qui ne l’a jamais trahie – il suffit de regarder, aujourd’hui encore, les photos de Marilyn. Il par de sa dépendance aux médicaments, qui lui furent fournis par ses médecins. N’oublions pas les psychanalystes qui traversèrent sa vie, sans résoudre ses problèmes. Marilyn fut toujours vue comme une enfant, jamais comme une femme – bien qu’elle soit accablée de maux féminins.

La cicatrice est une biographie intéressante, mais pas indispensable.

Les héros de l’Olympe, tome 3 : la marque d’Athéna de Rick Riordan

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Résumé :

Une prophétie fatale.
Sept demi-dieux héroïques.
Une quête pour refermer les portes de la mort.

Mon avis :

Dans ce troisième tome, nous assistons à la réunion du camps grec, avec Percy (le héros perdu) à sa tête, et du camp romain. Enfin, quand je dis « réunion », je devrais plutôt dire que sept demi-dieux ont réussi à s’entendre, pour mener à bien leur quête, parce que la réunification totale et complète, ce n’est pas pour aujourd’hui !

Cette série garde toujours ses qualités, à savoir de nombreuses et inventives péripéties auxquelles s’ajoute une bonne connaissance de la mythologie gréco-romaine. Nous croisons dans ce tome Narcisse, Echo, quelques nymphes, et d’autres encore, comme des dieux bien plus anciens que Jupiter.

Parlons-en, justement, de Zeus/Jupiter : les dieux se terrent dans l’Olympe, ils n’ont plus le droit de sortir, à part quelques-uns qui bravent les interdits ou sont complètement siphonnés. Difficile de dire à laquelle appartient Bacchus, version romaine et moins mal embouchée de monsieur D, le chef de la colonie des sangs-mêlés. Tous souffrent en tout cas de ce passage du monde grecque au monde romain – quant à l’époque contemporaine, pensons-y à peine, même si certains ne dédaignent pas un bateau plein de coca comme offrande.

Réussi ? Oui, sans contexte. Les dieux n’ont que faire des humains, y compris de leurs propres rejetons, qu’ils chargent de régler leur conflit à leur place. Percy Jackson commence à comprendre la leçon.

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La disparition soudaine des ouvrières de Serge Quadruppani

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Mon résumé :

Simona et son mari Marco, questeur à la retraite, sont en vacances, qu’on se le dise. Pour faire plaisir à monsieur, qui ronchonne parce qu’il a le sac à main de madame sur les genoux quand madame conduit, ils vont acheter du miel. A la place, ils découvrent un cadavre. Les vacances sont compromises.

logo polarMon avis :

La page 72 est formidable. Le reste l’est tout autant.

Le traducteur des enquêtes du commissaire Montalbano est aussi un excellent auteur de romans policiers, ancré dans notre époque. Cela ne signifie pas que son roman est violent, avec un tueur en série qui éviscère ses victimes, non. Cela signifie qu’il se préoccupe des problèmes de notre société, des problèmes de la nature.

Les ouvrières en question sont les abeilles, qui disparaissent. Pourquoi, comment ? On ne sait pas vraiment. Par contre, certains ont des idées très arrêtées sur le problème, et surtout, sur la solution à apporter à ce problème – et ce n’est pas forcément très réjouissant. Les enjeux dépassent largement la petite vallée où les écologistes luttent contre les industriels. Ce n’est pas la mafia – ce qui devrait reposer Simona, commissaire anti-mafia qui doit partir en vacances avec son revolver, pour rassurer ses chefs. Les méthodes employées par certains ne valent guère mieux.

Mais, en Italie comme partout, il y a un grain de sable, la mouche dans le lait, le berger albanais ou le feutre rouge manquant. Et cette commissaire qui préfère rester plutôt que de poursuivre ses vacances avec son mari. Il y a aussi l’humour, omniprésent, les clins d’oeil du narrateur à ses lecteurs, comme protection face à la folle cupidité des hommes.

Serge Quadruppani, un auteur à découvrir absolument.

Après l’orage de Selva Almada

couv29093134édition Métaillé – 136 pages.

Présentation de l’éditeur :

Un garage au milieu de nulle part, dans le nord de l’Argentine. La chaleur est étouffante, les carcasses de voiture rôtissent au soleil, les chiens tournent en rond. Le révérend Pearson et sa fille Leni, seize ans, sont tombés en panne ; ils sont bloqués là, le temps que la voiture soit réparée. El Gringo Brauer s’échine sur le moteur tandis que son jeune protégé Tapioca le ravitaille en bières fraîches et maté. Dans ce huis clos en plein air, le temps est suspendu, entre deux, l’instant est crucial : les personnages se rencontrent, se toisent, s’affrontent. C’est peut-être toute leur vie qui se joue là, sur cette route poussiéreuse, dans ce paysage hostile et désolé, alors que l’orage approche.

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Mon avis :

Tout d’abord, merci à Jostein d’avoir fait voyager ce livre jusqu’à moi.

Ce premier roman se lit comme une longue nouvelle, une longue nouvelle réussi. L’auteur parvient à créer un univers, à rendre vivant ses personnages en peu de mots, à faire naître des images. Son roman est cinématographique.

Quatre personnages se retrouvent dans cette station service : le révérend et sa fille, El Gringo et son fils « adoptif » (il ne sait pas qu’il est son fils biologique).  Les deux jeunes gens ont un point commun, l’absence de mère. Si Tapioca a été abandonné, « laissé » dans cet endroit presque désert, le révérend a laissé sa femme derrière lui, des années plus tôt, parce qu’elle et lui n’avaient plus le même idéal religieux.

Ramener les hommes et les femmes vers Dieu, préserver la « pureté » des innocents comme Tapioca, telle est la mission que le révérend s’est assigné. Pourtant, il n’est pas antipathique, cet homme qui a souffert lui aussi dans sa jeunesse, cet homme qui doute, cet homme qui parle aussi, dans ces prêches, du respect que l’on doit à son corps. Il ne parle pas de régime, ou de gym comme certains Bourgeois Bohème, non, il parle des coups que l’on reçoit et que l’on ne doit pas accepté. Un exemple parmi d’autres.

L’orage arrive comme un point d’orgue dans cette confrontation entre deux hommes, deux natures, deux solitudes. Les deux jeunes gens, eux, rêvent d’ailleurs, d’émancipation en dépit de leur jeunesse. Qui trouveront-ils au bout de la route ?

Après l’orage est un premier roman maîtrisé et réussi.