Le quatrième mur de Sorj Chalandon

41nkC0aTNyL._Présentation de l’éditeur :

« L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec,. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne … »

Sorj Chalandon

challenge-1-littc3a9raire-20131Mon avis  :

Je lis ce livre depuis le mois de mai, et si je rédige mon avis seulement maintenant, c’est parce qu’à ce moment précis, je baisse les bras. Je ne vous cache pas que le terminer fut plus que difficile.

La faute n’est pas au style, toujours aussi beau. La faute n’est pas dans l’Antigone de Jean Anouilh, que j’ai fait étudier cette année à mes élèves et que je ferai étudier à nouveau l’an prochain.

Le narrateur était étudiant dans les années 70 – moi non. Je suis un peu comme sa petite fille, je suis née à la fin des années 70. Celles qu’il a vécu sont très éloignées de celles que mes parents, mes oncles, mes tantes, m’ont raconté. Alors, certes, on ne lit pas un roman pour lire la transcription de ses souvenirs familiaux, mais je ne me sens pas en phase avec la violence dont le narrateur et ses amis ont fait preuve. Lui qui s’est retrouvé sérieusement blessé lors d’un affrontement avec une bande rivale et trouve cela presque « normal » est bien trop éloigné de ma manière de voir les choses – quelle que soit l’époque. Il se marie, certes, il a une fille, certes, mais il ne mûrit pas – éternel étudiant attardé. Sa seule « fidélité », son seul « devoir » est envers Samuel, son ami de toujours, rescapé des camps. Pour lui, mourant, il tentera de réaliser son rêve le plus fou : monter Antigone en pleine guerre du Liban.

Et là, au-delà même de Sharon, c’est Nina la rationnelle qui reprend le dessus. Parce que monter Antigone avec des membres de chaque faction est pour moi utopique – c’est le principe, me direz-vous – mais je ne crois pas qu’ils auraient accepté de se rencontrer ne serait-ce qu’une fois, même si je connais très mal le déroulement de cette guerre. La tragédie – la vraie – est là, inexorablement, et je ne crois pas qu’une seule pièce de théâtre, si symbolique soit-elle, vaille la peine de mettre sa vie, celles des autres, en danger. La tragédie, la vraie, reprend ses droits au fil des pages. Et l’art n’y change pas grand-chose. Le pire est peut-être que je me sens soulagée après avoir rédigé cette chronique, comme si elle constituait un fardeau.

20 réflexions sur “Le quatrième mur de Sorj Chalandon

    • Bien sûr qu’il est personnel – et je ne vois pas d’intérêt à rédiger, quand tu es blogueuse, un avis qui ne l’est pas. J’aurai aimé avoir un coup de coeur pour ce livre. Ce n’est pas le cas. Mais je ne pouvais pas faire non plus comme si je ne l’avais pas lu.

      • Et bien, il paraît que certaines personnes jugent des livres sans jamais les avoir ouvert (elles rédigent une critique pourtant !!) ou d’autre qui rédige leurs critiques dans le sens de la majorité… 😦 Ne me demande pas à quoi ça peut leur servir, je n’ai pas encore commencé à étudier le genre humain en profondeur ! 😆

        Atroce quand on aimerait un coup de coeur comme les autres et qu’il n’arrive pas… 😦

        • Je voudrai bien savoir comment elles font ! Quoique, j’entends tellement de jugements de ce genre : « la mise en scène est très mauvaise. – Vous avez vu la pièce ? – Non, pas encore, mais je le sais ».
          Peut-être rédigent-ils dans le sens de la majorité pour être dans la norme, pour ne pas donner l’impression de ne pas avoir aimé (ou d’avoir aimé) une oeuvre qu’ils n’ont pas comprise. Idem pour ceux qui détestent systématiquement un roman « parce que tout le monde l’apprécie ».
          Oui, surtout que j’ai beaucoup apprécié son précédent roman !

          • J’aurai parfois tendance à éviter un roman dont tout le monde parle, préférant m’y attaquer plus tard, quand l’euphorie est retombée.

            J’aime bien sortir des sentiers battus, bien que je lise aussi des nouveautés ou des romans que l’on me conseille ou d’après les avis des collègues blogueurs/euses 😉

            Il m’est arrivé de ne pas lire des livres mais de savoir de source sûre que l’écriture était merdique de chez merdique, parce que je fais confiance au blogueur et que nous avons plus ou moins les mêmes goûts. Pas eu besoin de lire plus d’une page de « 50 nuances » pour savoir que le style littéraire était pourri de chez pourri 😆

            Mais pas de fiche critique dans le blog si pas lu le livre !

            Certain(e)s aiment se donner un genre et faire des fiches copiées ailleurs juste pour dire « je l’ai lu » et faire bien… Ils ont un blog littéraire mais n’ont jamais ouvert autre chose que la presse people 😀

            Un peu comme ceux qui parlent de Mozart par-ci, Mozart par-là, le louant et tout et tout… Je parie qu’ils n’ont jamais vu un de ses tableaux !! (PTDR) 😆

            Humour du lundi !

            Je me sens bête que j’ai aimé et pas les autres et vice-versa… 😳 me demandant ce qui s’est passé pour que « beurk » ou « génial »

            • Si le roman me tente, je cède à la tentation, sinon… Je reste fidèle au polar, et peu importe que tout le monde parle d’Indridason, je le lis quand même. ;).
              Mes collègues lisent peu, je peux rarement compter sur leurs conseils.
              Pour 50 nuances, je tâcherai un jour d’en lire quelques pages. Me manque… le courage.
              J’ai déjà tant à faire avec les livres que j’ai lu, alors chroniquer les autres, aucun intérêt !
              Parfaitement ! Et des exemples pareilles sont nombreux.
              J’ai moins ce problème en vieillissant, assumant mes « différences ». Maintenant, quand j’entends (toujours dans mon entourage professionnel) louer Musso…

              • Oui, et encore, Musso est, d’après certains, mieux que Lévy, mais n’ayant lu ni l’un ni l’autre…

                Beaucoup veulent de la littérature fast-food, ça se lit sans réfléchir, comme l’autre se mange sans mâcher.

                J’ai lu quelques pages des 50 nuances, mais j’ai vite refermé, je perdais déjà des neurones !

                J’ai commencé Indridason assez tard, grâce à Babelio en fait et aux critiques des autres. Je peux lire un livre dont tout le monde parle, mais en majorité, j’attendrai un peu que ça se calme 😀

                Je ne peux compter que sur babelio et les blogs pour mes lectures, si je veux des idées, les autres, lisent pas non plus 😦

  1. Tu es une demi « chalandette » alors ! Il a su charmer les « bretonnes » de la blogo (et d’autres) mais moi ces livres sur les guerres (toutes les guerres) ne me font pas envie, alors je retarde… J’ai suivi de très loin cette guerre du Liban (j’étais à Nouméa avec UNE seule chaîne de télé et de radio), en décalé et je ne sais pas, sincèrement, si jouer une pièce aurait été possible ou complètement utopique (je penche quand même pour la deuxième option)…

    • Oui, en quelque sorte.
      Je lis très souvent des livres sur les guerres, j’ai beaucoup cherché des romans sur la guerre d’Indochine, j’en trouve peu. Mes seuls souvenirs de la guerre du Liban concernent les otages français, le décompte des jours, leur libération (ou pas).

      • Moi ce sont les noms de Sabbra et Shatila (bonjour l’orthographe mais c’est la sonorité) qui me sont restés en mémoire… C’est vrai que sur l’Indochine, je n’ai pas de souvenir de lecture précis (sur la guerre précisément)… A voir !^^

  2. Coup de coeur pour moi, une de mes meilleures lectures de l’auteur. Pourtant, je suis tout à fait d’accord avec ton point de vue ( éternel étudiant, utopie du projet) mais effectivement, le roman est aussi là pour créer des visions utopiques. Même si je ne pense pas que dans le domaine de l’art, il soit impossible de faire se parler des ennemis. Et puis, Antigone a toujours eu quelque chose de magique, j’ai étudié celle de Sophocle lors de les études.

  3. Gros coup de coeur pour moi en version audio, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un coup de coeur/coup de poing comme ça et je l’ai en version papier, je compte bien le relire plus tard.

  4. Waouh ! J’adore ton commentaire et je partage ton avis en ce qui concerne l’utopie dont font preuve les personnages en espérant qu’une pièce de théâtre puisse tout changer. C’est le genre de roman que je n’aurais certainement pas pu terminer : trop d’espoir de la part des personnages alors que, justement, la situation est désespérée. Parfois, un dénouement triste est nécessaire dans certains romans.

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