Archive | 20 juillet 2014

Le quatrième mur de Sorj Chalandon

41nkC0aTNyL._Présentation de l’éditeur :

« L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec,. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne … »

Sorj Chalandon

challenge-1-littc3a9raire-20131Mon avis  :

Je lis ce livre depuis le mois de mai, et si je rédige mon avis seulement maintenant, c’est parce qu’à ce moment précis, je baisse les bras. Je ne vous cache pas que le terminer fut plus que difficile.

La faute n’est pas au style, toujours aussi beau. La faute n’est pas dans l’Antigone de Jean Anouilh, que j’ai fait étudier cette année à mes élèves et que je ferai étudier à nouveau l’an prochain.

Le narrateur était étudiant dans les années 70 – moi non. Je suis un peu comme sa petite fille, je suis née à la fin des années 70. Celles qu’il a vécu sont très éloignées de celles que mes parents, mes oncles, mes tantes, m’ont raconté. Alors, certes, on ne lit pas un roman pour lire la transcription de ses souvenirs familiaux, mais je ne me sens pas en phase avec la violence dont le narrateur et ses amis ont fait preuve. Lui qui s’est retrouvé sérieusement blessé lors d’un affrontement avec une bande rivale et trouve cela presque « normal » est bien trop éloigné de ma manière de voir les choses – quelle que soit l’époque. Il se marie, certes, il a une fille, certes, mais il ne mûrit pas – éternel étudiant attardé. Sa seule « fidélité », son seul « devoir » est envers Samuel, son ami de toujours, rescapé des camps. Pour lui, mourant, il tentera de réaliser son rêve le plus fou : monter Antigone en pleine guerre du Liban.

Et là, au-delà même de Sharon, c’est Nina la rationnelle qui reprend le dessus. Parce que monter Antigone avec des membres de chaque faction est pour moi utopique – c’est le principe, me direz-vous – mais je ne crois pas qu’ils auraient accepté de se rencontrer ne serait-ce qu’une fois, même si je connais très mal le déroulement de cette guerre. La tragédie – la vraie – est là, inexorablement, et je ne crois pas qu’une seule pièce de théâtre, si symbolique soit-elle, vaille la peine de mettre sa vie, celles des autres, en danger. La tragédie, la vraie, reprend ses droits au fil des pages. Et l’art n’y change pas grand-chose. Le pire est peut-être que je me sens soulagée après avoir rédigé cette chronique, comme si elle constituait un fardeau.