Archive | 2 juillet 2014

Arab Jazz de Karim Miské

 

Présentation de l’éditeur :

Ahmed Taroudant, jeune marginal, ne lit que des polars. Quand il trouve sa voisine pendue à son balcon, un rôti de porc à ses côtés, il sort de sa léthargie. Est-ce le meurtre symbolique d’un fou de Dieu ? Avec Rachel Kupferstein et Jean Hamelot, flics cinéphiles et torturés, Ahmed enquête au cœur d’un 19e arrondissement cosmopolite où ripoux, caïds et fondamentalistes se livrent une guerre sans pitié.

PMP-2014-pour-siteMon avis :

Sidérant, magistral, tels sont les mots qui me viennent à l’esprit pour qualifier Arab Jazz. Quels sont les secrets d’une telle réussite ?

Ce roman traite un sujet d’actualité, en le maîtrisant parfaitement : la montée de l’extrémisme religieux, qu’il concerne le judaïsme, l’islam, ou même les dérives sectaires, un peu oubliées, me semble-t-il, dans notre beau pays de France. Il offre un regard original, parce qu’il s’interroge sur les causes, envisage les conséquences, et amène chacun à s’interroger sur le parcours de ces personnages, touchants en dépit de leurs errances.

Et s’il en est un qui semble loin de tous ces extrêmes, c’est bien Ahmed, le narrateur. Son histoire familiale aurait pu le faire basculer, ce n’est pas le cas. Et s’il erre (il souffre de dépression nerveuse), il le fait à travers les pages des romans qu’il achète au poids, entre les quatre murs de son appartement. L’auteur aurait pu céder à la tentation d’accumuler les clichés à son égard : il en laisse le soin à d’autres personnages, en une mise en abîme grinçante des idées reçues les plus convenues.

Face à Ahmed et à sa volonté de (re)vivre, face aux deux enquêteurs, bien décidés à rendre justice, nous trouvons le  » tueur en série » – encore un thème cher à la littérature policière contemporaine. Encore une fois, l’auteur détourne les clichés liés à cette thématique. L’horreur est là, palpable, mais sans aucune complaisance envers la violence et la monstruosité dont Laura a été la victime. Son humanité, son courage, sa capacité de résilience sont bien plus intéressants que les pensées d’un tueur.

Arab Jazz n’est pas un excellent premier roman, il est un excellent roman.

1312260953408502211846257Défi premier roman

Mai en automne de Chantal Creusot

LaSolutionEsquimauAWMon résumé :

Le Contentin, entre deux guerres. La vie s’écoule lentement, entre moment de bonheur fugaces, et drames.

Merci à Libfly et aux éditions Zulma pour ce partenariat.

Mon avis :

J’attendais beaucoup de ce livre, et j’ai été beaucoup déçue. Peut-être m’en faisais-je une idée fausse, mais je n’ai pas ressenti de coups de coeur que d’autres lecteurs ont pu ressentir.

Je commencerai cependant par ce que j’ai aimé, à savoir le personnage de Marie, la servante. Des Marie, il en existe beaucoup en Normandie, en Picardie, ces jeunes filles pas tout à fait comme les autres, victimes de l’alcoolisme de leur mère. Elle se laisse portée par la vie, indifférente à ce qui l’entoure, sauf  à son fils, qu’elle protège de son mieux jusqu’à sa mort prématurée. Heureusement pour lui, heureusement pour Marie, sa patronne est une forte femme, qui sait ce qu’elle veut, qui a tenu tête aux autres pour Marie, et qui se démène pour garder auprès d’elle le jeune orphelin. Il est dommage que tous les autres personnages ne soient pas de cette force.

Ah, si, Hélène, mais dans un tout autre registre : cette bourgeoise mal mariée (comme presque toutes les femmes de ce roman) mène sa vie amoureuse comme elle l’entend. Elle est d’une franchise désarmante avec tous et il est dommage que cette femme, entière, passionnée, n’ait pu vivre jusqu’au bout l’histoire d’amour qu’elle méritait.

Et maintenant, il me faut bien parler de ce que je n’ai pas aimé, c’est à dire l’ensemble des autres personnages féminins. Issue de la bourgeoisie, destinée à faire un bon mariage dans leur milieu (hors de question de déchoir, elles n’y pensent même pas), elles sont toutes extrêmement falotes, n’ayant strictement aucun centre d’intérêt dans la vie, la regardant passer, le sourire aux lèvres ou le visage éteint. Michelle, la militante communiste, aurait pu se sortir de ce milieu – elle se refuse à avoir des enfants, parce qu’elle ne croit même pas en ce qu’elle professe. Marianne met un point d’honneur à pourrir le mariage et la vie de ses parents, à devenir celle par qui le scandale arrive. J’en suis au point où j’ai de l’affection pour sa mère, jeune fille déracinée, incomprise par son mari, y compris dans son désir de maternité. Peu d’enfants dans les familles bourgeoises – question d’héritage ou de mort prématurée.

Restent aussi les années de guerre, qui passent dans une indifférence presque générale. Les allemands sont là, on vit avec eux, sans trop collaborer. Les allemands s’en vont, les américains débarquent, on s’en accommode. Un seul résistant paie de sa vie son combat : Simon, mari de Solange, qu’il n’aimait plus. Son héroïsme est accueilli presque dans l’indifférence, sauf par son père, qui se rend compte à quel point il ne connaissait pas son fils. Il ne s’en est pas donné la peine, comme presque personne ne se donne la peine de veiller sur les enfants, qui poussent plus qu’ils ne grandissent. Les nombreux retours en arrière permettent de mieux connaître les personnages, mais comme je ne m’attendais pas à ses sauts dans le temps, aux limites imprécises, j’ai parfois été gênée pour remettre dans le bon ordre les différentes parties du récit.

Mai en automne, ou un rendez-vous manqué avec un roman mélancolique et désenchanté.

1312260953408502211846257Défi premier roman