Archive | avril 2014

Amour, vampire et loup-garou de Marie-Aude Murail

Mon résumé :

Anatole Le Lyonnais, professeur de physique-chimie à la retraite, dirige le CEPP, spécialisé dans l’étude des phénomènes paranormaux – enfin… dans le but de prouver qu’il n’existe pas. Il est assisté par Marianne, étudiante en maîtrise, et mère de substitution pour son petit frère et sa petite soeur. Seulement, quand un meurtre puis deux sont commis aux alentours du CEPP, il faut bien admettre que rien n’est vraiment normal.

Mon avis :

Ce roman ne manque pas de protagonistes haut en couleurs. Voici d’abord Anatole, charmant professeur qui a toujours une explication rationnelle pour tout. A sa décharge, il a vu tellement de cinglés, d’illuminés, de simulateur, de doux-dingues qu’il est rodé à démonter les rouages de leurs comédies. Il maîtrise aussi parfaitement l’histoire des monstres en tout genre.

Voici Sylvère, journaliste aux dents blanches, idole de la ménagère de moins de cinquante ans et de ses enfants. Il « sort » avec une magnifique et brillante actrice, star de sitcom. Note : n’ayant jamais regardé Hélène et les garçons (j’aurai peut-être dû…), la profondeur de ce genre télévisuel m’échappe un peu. Voici Marianne, excellent enquêtrice – elle ne s’arrête ni aux apparences, ni aux idées reçues, et croyez-moi, elle a bien du mérite ! Surtout avec Hugo Knocker. Le pauvre jeune homme est un peu fou, enfin, à moitié fou : il se prend pour un loup ! Vous avouerez que c’est gênant ! Surtout au moment de la pleine lune. En plus, il est atteint d’ESP. Ne cherchez pas, ce sont les anglais qui ont isolé le phénomène. Il lit parfaitement dans l’esprit des gens, il lui suffit de se « brancher » sur leur esprit. Pas facile tous les jours, ni pour les uns, ni pour les autres. C’est cependant bien pratique parfois ! Surtout quand les véritables monstres sont au rendez-vous.

Il faut bien se rendre à l’évidence : dans ce roman, les monstres ne sont pas ceux que l’on croit mais, hélas, sont bien présents. Sous un dehors fantastique, l’auteur nous invite à nous interroger sur nos peurs (celle, ancestrale, du loup) mais aussi sur notre capacité à admettre la violence. Cela commence par un jeu vidéo, tout simple, déconseillé aux plus jeunes – ce qui les tentera davantage. Ce sera des scènes de violence, de torture dans un roman, des scènes auxquelles on s’habitue – elles ne sont pas réelles ! Et dans la vie réelle… et bien cela donne des personnes qui préfèrent passer à la trappe des crimes sordides, pour des raisons diverses et variées, d’autres que l’on peut soudoyer. La justice et la sécurité peuvent attendre un peu.

Amour, vampire et loup-garou est un riche roman de littérature jeunesse, qui peut se lire à plusieurs niveaux avec tout autant de plaisir.

 

Aux frontières de la soif de Kettly Mars

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Mon avis :

Haïti, un an après le séisme. Un camp de réfugié, Canaan, dont le nom a des consonances bibliques. Rien n’est réglé, le provisoire dure, le choléra n’est pas seulement un mot, il est une réalité. Entre les ONG et une star de cinéma – à croire que les catastrophes les attirent – il est difficile de dire qui s’investit le plus sans rien arranger du tout.

Pourtant, ce n’est pas tant le traumatisme des survivants, les difficultés de la vie quotidienne dont parle ce roman. Il est plus pragmatique, plus sordide : comment assurer la nourriture pour toute la famille en prostituant une ou deux filles. Elles ont dix, onze, douze ans maximum, après, elles sont trop vieilles. Elles s’appellent Fabiola, Nadège, Louloune. Parfois, elles ont la parole, en de courts chapitres. Plus que la peur, la douleur de leurs corps malmenés, ce sont leurs espérances détruites, leurs émotions saccagés qui sont poignantes.

Et si elles étaient au centre du livre, il serait passionnant. Seulement, elles n’en sont que les personnages secondaires, pour ne pas dire les figurantes. Le vrai héros est Fito, écrivain à succès d’un unique roman. Depuis cinq ans, il est impuissant à produire le moindre texte. Il est impuissant à mener une vie amoureuse et sexuelle normale. En revanche, il assouvit ses pulsions dans le camp de Canaan, sans remords ni regrets.

Il m’est impossible de ressentir la moindre empathie pour lui – et c’est sans doute mieux ainsi. Il abuse d’enfants malmenées par la vie, et s’absout avec une facilité déconcertante. Décrire une réalité sordide est une chose, montrer le plaisir pas du tout coupable du « papy » avec un soupçon de complaisance en être une autre. Les lieux communs du maquereau local (« ils s’en sortiraient comme lui s’en était sorti, p. 95)

J’en aurai presque oublié la gentille Tatsumi, dont le prénom est à peu de chose près l’anagramme de Tsunami. Pourtant, sa venue n’est pas une catastrophe, non. La journaliste japonaise est venue pour enquêter, elle ne connait la réalité d’Haïti et de Canaan que par des rumeurs. Elle va, elle vient, sans rien approfondir, pas même les curieuses relations qu’elle noue avec Fito. J’hésite, pour la définir, entre androgyne et asexuée – exactement comme ses gamines avec lesquelles Fito assouvit ses pulsions. Ne dit-il pas qu’elle a « corps de petite fille », p. 161 ?  Je n’ai pu m’empêcher d’y voir encore la preuve des obsessions malsaines de l’écrivain.

Bref, rien de réjouissant dans ce roman, et le malaise qu’il laisse ne se dissipe pas une fois le livre refermé. Si tel était le but de Kittly Mars, elle est parvenue à ses fins.

J’ai lu ce livre dans le cadre du prix Océans France O .

Bienheureux ceux qui ont soif d’Anne Holt

couv52369534.pngMon résumé :

Hanne, 34 ans, est une enquêtrice hors pair de la police criminelle. Très apprécié de ces collègues, elle leur cache pourtant un secret : Cécilia, sa compagne depuis quinze ans.
La brigade a fort à faire, avec les massacres du samedi soir. D’immenses flaques de sang sont retrouvés, sans que l’on sache s’il s’agit de sang humain ou de sang animal. Les analyses sont longues. Un samedi soir, le 29 mars, Kristine, jeune étudiante en médecine, est violée en rentrant chez elle. Pour Hanne, chargée de l’enquête, c’est un des pires crimes qu’il soit – et l’un des moins faciles à résoudre. Les deux affaires sont-elles liées ?

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Mon avis :

J’ai commencé ce roman hier soir, et je l’ai lu quasiment d’une traite.

Excellent ? Oui, sans aucun doute. Effrayant ? Oui, aussi.

L’auteur, avocate spécialisée dans les droits de l’enfant, ex-ministre de la justice, dresse un portrait sans concession de son pays et de sa police, absolument débordée. Les policiers accordent toute leur attention aux meurtres (encore heureux), mais en sont réduits à classer les affaires de viols, faute de preuves. Les analyses prennent du temps, et si le coupable n’est pas déjà fiché, il ne court quasiment aucun risque d’être arrêté, à moins d’être un étranger. C’est bien connu, dans ce pays où tout va bien, ce pays pas raciste du tout, le coupable est forcément un étranger, en attente de régularisation. De là à dire qu’ils sont responsables de la montée de la criminalité dans le pays, il y a un pas que certains policiers ont déjà franchi allégrement – et je ne vous parle pas de ceux qui abusent de leur petit pouvoir.

Fait rare dans les romans policiers, cette oeuvre n’est pas centrée sur le coupable – pour ma part, j’en ai plus qu’assez de lire ce qui se passe dans le cerveau tordu du tueur – mais sur la victime. Contrairement à certains livres « bien de chez nous », la victime ne se remet pas immédiatement de ce qu’elle a vécu, elle n’est pas prête du tout à pardonner à celui qui a brisé sa vie. Essayer de se reconstruire ? Il faudrait d’abord qu’elle parvienne à vivre, à parler, à se confier à la personne qui lui est la plus proche. Seul problème : cette personne, c’est son père, et il souffre autant que sa fille de la voir ainsi. Ni l’un ni l’autre ne peuvent parler de ce qui est arrivé, encore moins se parler. Très vite, devant l’inertie et l’impuissance de la police, ils mènent leur enquête, chacun de leur côté, animé non par le sens de la justice (que fait-elle pour eux) mais par la vengeance.

Pas de vengeance dans ce beau pays scandinave, dit-on. Pas de violence, pas de brutalité. Les mots, crus, sont là pour prouver le contraire. Pas de racisme non plus – mais la joie de dénoncer un voisin que l’on juge suspect. La France des années quarante n’a pas le monopole de la dénonciation.

Bienheureux ceux qui ont soif est une œuvre âpre, qui donne une image sans concession de la Norvège.

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Swap autour du monde avec Natiora

J’ai mis beaucoup de temps pour écrire cet article, prise par les soucis « de maison ». D’ailleurs, j’espère qu’ils seront bientôt résolu, et que je pourrai définitivement emménager avec mes chers félins normands.

2800370173Il était organisé par Natiora et ma swapée était noctenbule. Le but ? Faire voyager son swapée autour du monde.

Et puisque les photos valent mieux qu’un long discours, voici les photos du colis :

IMG_0096IMG_0097Et voici maintenant le contenu, déballé :

IMG_0513IMG_0514IMG_0515IMG_0516Merci beaucoup à toi Noctenbule, et à Natiora, l’organisatrice.

Wilma Tenderfoot et l’énigme de l’homme masqué d’Emma Kennedy

Mon résumé :

Wilma poursuit avec Pétrin, son beagle, son apprentissage de détective – et Pétrin n’est pas toujours d’accord avec les modalités de cet apprentissage ! Tout est calme sur l’île de Cooper. Tout ? Oui ! Si ce n’est que l’Election de la Décennie aura lieu dans quelques jours, et que les affreux méchants du Bas de l’île complote quelque chose, avec l’aide d’un mystérieux homme masqué. Qui pourra les arrêter ?

Mon avis :

Les auteurs dont l’initiale est K ont bien du talent. Je pense à Sarah et Kate Klise, Rupert Kingfisher, ou, comme ici, Emma Kennedy. Cette dernière a également réussi, comme Holly Webb, à écrire une saga qui ne s’étire pas inutilement dans le temps, tout en faisant preuve de beaucoup d’humour :

« Aucun de vous ne sait ? »
Ne sait quoi ? QUOI ? Ça fait quatre livres qu’on attend ça, alors vite, vite, expliquez-nous !

Le lecteur saura, Wilma saura, Théodore P. Lebon saura, mais avant, de nouvelles épreuves attendent les habitants de l’île tout entière, île coupée en deux, île où la discrimination pas du tout positive existe, île sur laquelle seuls les riches habitants du Haut ont le droit de vote – pour ne pas dire tous les droits.

Forcément, cela crée des tensions. Cela engendre également un sentiment de révolte, ce qui n’est pas nécessairement un mal. Tout fonctionne si bien, dans une parfaite inégalité, et dans une parfaite insouciance que personne ne s’est posé la question de ce qu’il adviendrait si une personne animée de mauvaises intentions se trouvait à la tête de l’île. Même les bonnes intentions peuvent provoquer des catastrophes… ce que nous démontrera le cours de l’intrigue.

Ce dernier tome est particulièrement riche en émotions (ne le dites pas que je ne vous ai pas prévenue !) et si j’aurai volontiers lu d’autres aventures de Wilma, je suis très heureuse que ce dernier tome soit aussi réussi.

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Au péril de la vérité d’Elise Fisher

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Présentation de l’éditeur :

En 1975, choquée, dévastée, Anne, dix-huit ans, attrape le premier train pour Paris et jure de ne jamais remettre les pieds en Lorraine. Mais, vingt ans plus tard, sa mère se meurt et, par devoir, elle revient à son chevet, à Nancy. Les profondes blessures qu’Anne pensait avoir enfouies dans sa mémoire resurgissent lorsqu’elle découvre dans l’appartement familial des lettres et des coupures de journaux. Avec pour acteur central de ces affaires sordides Serge, un monstre qu’elle souhaiterait n’avoir jamais connu. Anne ne veut plus fuir son passé et doit se confronter à celle qui ne peut plus taire la vérité, Odile, sa mère…

Mon avis :

Il m’est difficile de rédiger un avis sur ce livre. La preuve, j’ai laissé passer trois mois entre sa lecture et sa rédaction.

Ce roman se lit pourtant très facilement. J’ai été happée par l’intrigue, j’ai vraiment voulu savoir comment ce récit allait se terminer. Concernant certains sujets, il est véritablement d’actualité. Je pense notamment aux combats menés par les femmes pour être libres de disposer de leur corps. Il parle aussi de thématiques qui m’intéressent, comme les conséquences, sur toute une population, de la seconde guerre mondiale : la Normandie n’est pas la seule région qui n’en a pas fini de panser ses plaies.

J’ai trouvé aussi que l’héroïne, Anne, est attachante, surtout qu’elle est dotée d’une mère dont les réflexions, les « pensées » sont hautement caricaturales. Odile a un point de vue sur les femmes en général, et sa fille en particulier, qui me fait bondir. Bien sûr, je sais qu’il existe des femmes pour lesquelles leurs semblables ont toujours tort – et les hommes toujours raison, quoi qu’ils fassent. Bien sûr, elle porte un lourd secret (il faudrait recenser le nombre de livres basés sur les secrets), mais elle aurait pu mener sa vie autrement, et surtout, s’interroger sur ses échecs en tant que mère. Même pas.

J’en aurai presque oublié l’enquête policière sur un tueur en série, de même que l’intègre policier chargé de l’enquête. On ne frôle pas la caricature, on est dedans, même si cette thématique illustre à nouveau les violences faites aux femmes. Quant au dénouement, il est mélodramatique à souhait – bien trop pour moi.

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Le quadrille des Maudits de Guillaume Prévost

Présentation de l’éditeur :

Les Maudits, le thriller à la mode, enflamme les cinémas parisiens : chaque nouvel épisode de ce feuilleton cinématographique (l’ancêtre de nos séries télévisées modernes, en somme), produit quasiment en temps réel, attire des foules de plus en plus nombreuses. Mais voilà qu’un assassin se met à confondre fiction et réalité : il poignarde des jeunes femmes en pleine séance, imitant point par point les acteurs à l’écran, leur mode opératoire et les péripéties du scénario… Très vite, les soupçons des policiers se tournent vers le monde animé des studios de Vincennes, ou l’usine à rêves ressemble de plus en plus à une fabrique de crimes en série. À la tête de l’enquête, le jeune inspecteur François-Claudius Simon comprend que s’il veut débusquer le tueur des salles obscures, il va devoir faire lui aussi un peu de cinéma…

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce livre et ne peux que vous le conseiller.

Même si vous n’avez pas lu les deux opus précédents, ce n’est pas grave. Bien sûr, les personnages ont un passé commun, évoqué parfois, de façon suffisamment intelligible pour qu’il ne soit pas besoin de se jeter sur les tomes précédents parce que le malheureux lecteur est perdu.

J’ai beaucoup aimé retrouver François-Claudius, qui met toujours autant de rigueur passionné, autant d’acharnement à rechercher la vérité – et tant pis si elle dérange. Lutter contre les préjugés, y compris les siens, ce n’est pas une mince affaire. En effet, au cours de ses investigations qu’il retrouve Adèle, la belle et tendre jeune femme qui l’avait abandonné, quelques années plus tôt. Elle est mariée, et François-Claudius s’est pris d’amitié pour son mari – la vie vous joue parfois des tours, tout comme le fait que l’inspecteur se voit obligé de renouer avec sa mère, malade, qui l’a abandonné quand il n’était qu’un enfant.

N’allez pas croire cependant que la vie privée de François occupe une part telle dans le récit que l’enquête se trouve reléguée au second plan. Il n’en est rien, et jamais l’auteur n’oublie qu’il écrit un roman policier. Il nous plonge littéralement dans le milieu du cinéma naissant, avec ces scénaristes efficaces, ces acteurs déjà cabotins, ces passions aussi.

J’ai très envie de découvrir la suite des aventures de l’inspecteur Simon. Reste à savoir combien de temps je résisterai à la tentation.

Wormwold, tome 1 : le voyage commence de Daniel Lieske

Merci à Babelio et aux éditions Casterman pour ce partenariat.

Mon avis :

Pour Jonas, c’est le dernier jour d’école, les vacances commencent. Pourtant, l’on sent tout de suite que l’univers de Jonas n’est pas aussi tranquille que devrait l’être celui d’un enfant de son âge. Sa mère n’est plus, et je me suis demandé si sa disparition n’était pas liée à la phobie du feu du jeune garçon. Chez sa grand-mère, il doit faire impérativement des devoirs de vacances, si ce n’est qu’il préfère s’évader dans son monde, avant de découvrir véritablement un autre monde.

Visuellement, ce livre est très beau. Les couleurs sont chatoyantes, les personnages fortement caractérisés. Les créatures du « Wormworld » sont intrigantes, tout comme la mission que devra mener à bien le jeune Jonas. Pourtant, je suis restée sur ma faim, justement parce que l’aventure ne fait que commencer, et que j’aurai aimé que l’intrigue soit plus développée. J’espère que ce sera le cas dans le second tome.

Néanmoins, je suis certaine que ce livre plaira aux plus jeunes, et leur permettra de stimuler leur imagination. A ne pas rater, le bonus final, qui explique la genèse de l’oeuvre.

 

 

Wilma Tenderfoot et l’énigme du fantôme maudit

Mon résumé :

Voici une nouvelle enquête pour Wilma Tenderfoot, son chien Pétrin, le détective Théodore Lebon et l’inspecteur Lecitron ! Pour une fois, rien ne presse : Desmond Sans-Coeur a trépassé deux cents ans plus tôt. Seulement, il a laissé derrière lui un secret, celui de sa richesse. Pire encore : le fantôme maudit, responsable de sa mort, hante toujours les lieux. Ah, vous ne croyez pas aux fantômes ? Lebon non plus. Wilma le fera-t-elle changer d’avis ?

Mon avis :

J’ai une grande tendresse pour cette série, pour ces personnages, et pour ces intrigues bien construites.
Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance puisqu’il n’y a pas d’enquête officielle dans ce roman…. du moins, pas tout de suite.
Les Sans-Coeur se passeraient bien de cet ancêtre encombrant. En revanche, ils n’ont pas envie de se passer de son trésor secret – et qui mieux qu’un détective et son assistante pourraient les aider à le retrouver ?
Wilma est toujours aussi touchante, et aussi maladroite. Elle applique à la lettre son manuel d’enquêtrice et les conseils de Théodore Lebon. Il faut dire que les personnages sympathiques ne sont pas légion dans cette maison. L’on peut même se demander comment les Sans-Coeur parviennent encore à garder autant de domestiques à leur service, eux qui les paient avec un lance-pierre ! Heureusement, la gentillesse de Wilma lui vaut de sympathiser avec Victor, un apprenti palfrenier : être apprenti, cela crée des liens. De plus, celui-ci aide activement Wilma : grâce à lui, à la ténacité de la jeune détective et à son sens de l’organisation, l’enquête progresse rapidement – au grand dam de certains.
Ce tome est sans doute mon préféré de la série à ce jour, tant les rebondissements sont ingénieux. L’émotion est aussi au rendez-vous – le fantôme maudit mérite le repos.

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Pour quelques millards et une roupie de Vikas Swarup

Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Vendeuse d’électroménager pour entretenir sa famille, harcelée chaque jour par sa sœur, starlette en devenir, son propriétaire pressé et son patron incompétent, Sapna Sinha voit s’éloigner toujours un peu plus ses rêves d’avenir. Mais voilà qu’un jour, le plus grand patron d’Inde lui offre sa fortune et son entreprise, à condition qu’elle passe sept mystérieuses épreuves. S’agit-il d’un jeu cruel ou se pourrait-il que ses prières soient enfin exaucées ? Embarquée malgré elle dans d’incroyables aventures auprès de stars désespérées, de jeunes fiancées suicidaires et d’enfants exploités, Sapna devra prouver sa vaillance, son empathie et son honnêteté afin de construire un avenir meilleur pour elle et sa famille.

Mon avis :

Ce roman aurait aussi bien pu s’intituler : ceci n’est pas un conte. Et pourtant, c’est bien un conte de fée que semble vivre Sapna Sinha, avec tous les composants du conte. Ce n’est pas un roi qui lui impose ces épreuves, mais un milliardaire. Elle en subira sept, chiffre symbolique s’il en est. Elle n’agit pas seulement pour elle, mais pour les siens, sa mère, malade, sa soeur, ambitieuse. Elle aura même des adjuvants, dont une journaliste d’investigation très déterminée, et des opposants très nombreux. Le style est lui-même simplement exquis, d’une grande douceur, et la lecture se fait presque toute seule, tant le texte est fluide.

Pour mieux dissimuler le vrai sujet du livre.

Vikas Swarup nous dresse un portrait de l’Inde d’aujourd’hui, et il n’est pas très réjouissant. La corruption règne en maître, à tous les niveaux de la société. Se faire soigner décemment nécessite beaucoup de patience – et parfois, beaucoup d’argent. La police ? Il vaut mieux ne pas avoir affaire à elle, comme si, pour elle, enquêter était une perte de temps. Les politiciens ? Leur poste leur sert à augmenter leur pactole, en protégeant, ou en étant à la tête de trafic de toutes sortes, les pires qui soient, bien entendu. ? Ne songez même pas à vous divertir. Les actrices sont prétentieuses et imbuvables. Comme en France, les émissions de télé-crochet fleurissent, et les jeunes talents y tentent leur cachent quand ils n’y laissent pas des plumes, en plus de leurs illusions.

Bien sûr, la société indienne a évolué – en ville. Dans les campagnes les plus reculés, règnent en maître les traditions. Qui ira voir ce qui se passe, qui s’opposera à ces violences ? La route à suivre est encore longue, et pour une Sapna qui agit, pour une journaliste qui enquête, les tragédies individuelles restent souvent ignorées.  Même en ville, la violence n’est jamais loin – les coupables non plus.  Il faut à l’héroïne beaucoup de force, de courage et de détermination pour surmonter les épreuves que lui impose non son mentor improvisé, mais la vie quotidienne en Inde.

Un beau roman à découvrir.