Archive | 22 avril 2014

Amour, vampire et loup-garou de Marie-Aude Murail

Mon résumé :

Anatole Le Lyonnais, professeur de physique-chimie à la retraite, dirige le CEPP, spécialisé dans l’étude des phénomènes paranormaux – enfin… dans le but de prouver qu’il n’existe pas. Il est assisté par Marianne, étudiante en maîtrise, et mère de substitution pour son petit frère et sa petite soeur. Seulement, quand un meurtre puis deux sont commis aux alentours du CEPP, il faut bien admettre que rien n’est vraiment normal.

Mon avis :

Ce roman ne manque pas de protagonistes haut en couleurs. Voici d’abord Anatole, charmant professeur qui a toujours une explication rationnelle pour tout. A sa décharge, il a vu tellement de cinglés, d’illuminés, de simulateur, de doux-dingues qu’il est rodé à démonter les rouages de leurs comédies. Il maîtrise aussi parfaitement l’histoire des monstres en tout genre.

Voici Sylvère, journaliste aux dents blanches, idole de la ménagère de moins de cinquante ans et de ses enfants. Il « sort » avec une magnifique et brillante actrice, star de sitcom. Note : n’ayant jamais regardé Hélène et les garçons (j’aurai peut-être dû…), la profondeur de ce genre télévisuel m’échappe un peu. Voici Marianne, excellent enquêtrice – elle ne s’arrête ni aux apparences, ni aux idées reçues, et croyez-moi, elle a bien du mérite ! Surtout avec Hugo Knocker. Le pauvre jeune homme est un peu fou, enfin, à moitié fou : il se prend pour un loup ! Vous avouerez que c’est gênant ! Surtout au moment de la pleine lune. En plus, il est atteint d’ESP. Ne cherchez pas, ce sont les anglais qui ont isolé le phénomène. Il lit parfaitement dans l’esprit des gens, il lui suffit de se « brancher » sur leur esprit. Pas facile tous les jours, ni pour les uns, ni pour les autres. C’est cependant bien pratique parfois ! Surtout quand les véritables monstres sont au rendez-vous.

Il faut bien se rendre à l’évidence : dans ce roman, les monstres ne sont pas ceux que l’on croit mais, hélas, sont bien présents. Sous un dehors fantastique, l’auteur nous invite à nous interroger sur nos peurs (celle, ancestrale, du loup) mais aussi sur notre capacité à admettre la violence. Cela commence par un jeu vidéo, tout simple, déconseillé aux plus jeunes – ce qui les tentera davantage. Ce sera des scènes de violence, de torture dans un roman, des scènes auxquelles on s’habitue – elles ne sont pas réelles ! Et dans la vie réelle… et bien cela donne des personnes qui préfèrent passer à la trappe des crimes sordides, pour des raisons diverses et variées, d’autres que l’on peut soudoyer. La justice et la sécurité peuvent attendre un peu.

Amour, vampire et loup-garou est un riche roman de littérature jeunesse, qui peut se lire à plusieurs niveaux avec tout autant de plaisir.

 

Aux frontières de la soif de Kettly Mars

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Mon avis :

Haïti, un an après le séisme. Un camp de réfugié, Canaan, dont le nom a des consonances bibliques. Rien n’est réglé, le provisoire dure, le choléra n’est pas seulement un mot, il est une réalité. Entre les ONG et une star de cinéma – à croire que les catastrophes les attirent – il est difficile de dire qui s’investit le plus sans rien arranger du tout.

Pourtant, ce n’est pas tant le traumatisme des survivants, les difficultés de la vie quotidienne dont parle ce roman. Il est plus pragmatique, plus sordide : comment assurer la nourriture pour toute la famille en prostituant une ou deux filles. Elles ont dix, onze, douze ans maximum, après, elles sont trop vieilles. Elles s’appellent Fabiola, Nadège, Louloune. Parfois, elles ont la parole, en de courts chapitres. Plus que la peur, la douleur de leurs corps malmenés, ce sont leurs espérances détruites, leurs émotions saccagés qui sont poignantes.

Et si elles étaient au centre du livre, il serait passionnant. Seulement, elles n’en sont que les personnages secondaires, pour ne pas dire les figurantes. Le vrai héros est Fito, écrivain à succès d’un unique roman. Depuis cinq ans, il est impuissant à produire le moindre texte. Il est impuissant à mener une vie amoureuse et sexuelle normale. En revanche, il assouvit ses pulsions dans le camp de Canaan, sans remords ni regrets.

Il m’est impossible de ressentir la moindre empathie pour lui – et c’est sans doute mieux ainsi. Il abuse d’enfants malmenées par la vie, et s’absout avec une facilité déconcertante. Décrire une réalité sordide est une chose, montrer le plaisir pas du tout coupable du « papy » avec un soupçon de complaisance en être une autre. Les lieux communs du maquereau local (« ils s’en sortiraient comme lui s’en était sorti, p. 95)

J’en aurai presque oublié la gentille Tatsumi, dont le prénom est à peu de chose près l’anagramme de Tsunami. Pourtant, sa venue n’est pas une catastrophe, non. La journaliste japonaise est venue pour enquêter, elle ne connait la réalité d’Haïti et de Canaan que par des rumeurs. Elle va, elle vient, sans rien approfondir, pas même les curieuses relations qu’elle noue avec Fito. J’hésite, pour la définir, entre androgyne et asexuée – exactement comme ses gamines avec lesquelles Fito assouvit ses pulsions. Ne dit-il pas qu’elle a « corps de petite fille », p. 161 ?  Je n’ai pu m’empêcher d’y voir encore la preuve des obsessions malsaines de l’écrivain.

Bref, rien de réjouissant dans ce roman, et le malaise qu’il laisse ne se dissipe pas une fois le livre refermé. Si tel était le but de Kittly Mars, elle est parvenue à ses fins.

J’ai lu ce livre dans le cadre du prix Océans France O .