Archive | 18 mars 2014

Sur ta tombe de Ken Bruen

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Présentation de l’éditeur :

Certaines personnes aident les plus pauvres.D?autres les tuent.Bienvenue sur ta tombe, Jack.Cynique alcoolique doté d?un humour noir inébranlable, Jack Taylor tente à sa façon de rétablir l?ordre au royaume de Galway. Sur ta tombe est sa neuvième enquête.

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Mon avis :

Mon problème en écrivant cet avis est d’être à la hauteur de la qualité de ce roman, et du plaisir que j’ai eu à le lire.  Je l’ai lu en anglais, voici quelques mois, puis je l’ai relu en français, c’est dire à quel point j’aime les oeuvres de Ken Bruen.
Ce qui est impressionnant aussi est la capacité de cet auteur à toujours renouveler ses intrigues, à être dans l’air du temps, sans jamais céder aux facilités. Je pense d’abord aux références culturelles : musique, lecture, Jack le cabossé recherche le meilleur. Une des manières les moins dangereuses pour sa santé d’apaiser ses douleurs.
Parce que sinon…. Jack augmente les doses : ses copains xanax et Jameson sont bien présents dès l’ouverture du roman. Comme le disent ses amis Stewart et Ridge, « heureux », et « Jack » dans une même phrase, c’est impossible. La suite des événements leur donne raison, et encore, ils ne connaissent pas toutes les étapes du chemin de croix de Jack, juste quelques-unes. L’Irlande va mal, Jack aussi, et certaines théories particulièrement puantes refont surface. Et se trouvent appliqués au pied de la lettre par des jeunes qui n’ont que cela à faire de leurs journées.
Certaines scènes sont difficilement soutenables. Cependant, jamais Ken Bruen ne les traite jamais comme de simples péripéties destinées à entretenir le suspens. Il montre une réalité crue, une violence toute aussi crue, dirigée contre des êtres qui ne peuvent se défendre. Il ne cache pas non plus le passé de l’Irlande, ces heures sombres, à la violence omniprésente – pour signifier aussi qu’elle est toujours là, si ce n’est qu’on en parle moins, en ces temps de paix.
Non, Jack n’est pas rattrapé par son passé, Jack est son passé, il le hante, il pourrit ses jours et ses nuits. Rien n’est réglé, et même le poids s’alourdit encore après cette neuvième enquête. Qui aurait pu la résoudre, à part lui ? Comme le dit son ami Stewart : On devrait demander son avis à Jack. Cinglé comme il est, il perçoit des cohérences étranges qui échappent aux esprits ordinaires.

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Journey of the end of the world d’Henning Mankell

Avertissement :

Ce livre est le quatrième tome de la quadrilogie mettant en scène Joël, jeune héros d’Henning Mankell. Ni le premier tome, ni celui-ci ne sont traduits à ce jour en français. Ce n’est pas si grave : dans sa préface, Henning Mankell lui-même précise que chaque tome peut être lu séparément.

Mon résumé :

Nord de la Suède, années 50. Joël a 15 ans, il vient de quitter l’école. Il vit avec son père, bucheron, depuis que Jenny, sa mère, les a quittés, emportant juste une valise avec elle. Il ne rêve que d’une chose : naviguer, comme son père avant lui. Mais avant de partir, il veut savoir ce qu’est devenue sa mère. La lettre d’Elinor, amie de sa mère, lui permettra de la retrouver.

Mon avis :

Au risque de paraître rabat-joie, ou étroite d’esprit :
– j’ai beaucoup aimé ce livre.
– il n’a pas sa place au rayon « littérature jeunesse ». Je ne le ferai pas lire à des adolescents avant au moins l’âge de seize ans, à cause de certaines scènes.
Ce quatrième tome est l’occasion pour Joël de dire adieu à l’enfance et de commencer sa vie d’adulte. Dans certains ouvrages, ce ne sont que des paroles en l’air. Ici, nous suivons vraiment le cheminement qui amène Joël à refermer un chapitre de sa vie, définitivement, à abandonner certains désirs nébuleux derrière lui, pour accomplir son rêve : visiter le monde.
Pas d’effet de manches ici, de ces rendez-vous ratés qui transforment un récit humaniste en mélodrame. Joël construit sa vie, avec la rigueur que l’on attend plus vraiment, de nos jours, d’un adolescent de quinze ans. Il n’en oublie pas son père, Samuel, qui a tardé si longtemps à reprendre la mer. Pour rester auprès de son fils privé de mère ?
Et Joël de la rencontrer, d’essayer de comprendre pourquoi elle est partie. Ce sujet est traité de la manière la plus sobre qui soit, et les amateurs de dégoulinades de guimauve en seront pour leur frais. Les moralisateurs aussi : le narrateur ne porte pas de jugements sur ces personnages, ce qui ne veut pas dire qu’il dissimule ce que Joël ou Samuel, son père, éprouve face à Jenny. La littérature peut émouvoir, faire réfléchir, sans être racoleuse.
Pour Joël, la fin n’est que le début.

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