Archive | 11 mars 2014

L’herbe noire de Pierre Willi

l-herb10Merci aux éditions Krakoen pour ce partenariat

Quatrième de couverture

« Je rêvais de fuir les adultes et toute cette boue qui nous empoisonnait le sang. Je rêvais de partir loin, très loin, et de ne plus jamais revenir. Mais le rêve a rejoint la réalité, il est devenu cauchemar… » En retraçant la cavale sanglante de trois adolescents qui s’ennuyaient dans une ferme du Limousin, Pierre Willi tresse les fils d’un drame inexorable.

Mon avis :

Mon premier constat est que le titre est particulièrement bien choisi, pour ce roman noir et champêtre.

L’action se passe dans un trou de verdure – Paulin cite Verlaine, je cite Rimbaud – où personne ne vient jamais. Même le bus hésite à s’y aventurer, de peur de s’embourber.

Trois fermes, trois familles, toutes en état de décomposition, bien avant que l’action ne commence. Les prénoms donnés sont ceux d’un autre temps – Bernard, Gérard, Paulin. Ici, les jeunes, dont on s’est débarrassé en les envoyant en pension, savent s’amuser, à tirer, ou à empêcher l’invasion des étrangers de toute sorte. Même les Allemands restent les ennemis héréditaires.

Les portraits d’agriculteurs, âpres au gain, âpres à profiter de toutes les subventions possibles et imaginables, risquent de ne pas plaire à ceux qui présentent les agriculteurs comme les « ardents défenseurs de la nature depuis toujours ». Il est bon d’ouvrir les yeux aussi, sur une réalité que les reportages télévisés ne montrent pas. Le portrait de ces hommes et femmes, qui ne savent que s’enivrer, cogner, ne m’a pas semblé si exagéré, pas plus que les conséquences sur leur rejeton. Personne, je me répète, ne se rend dans ces coins reculés. Même l’assistante sociale se contente du minimum, seul le garde champêtre intervient – et encore, pas dans le cadre de querelles familiales.

Ce qui est flagrant est l’absence de communication. La violence domine tous les rapports, quel que soit leur nature. Quand les personnages manquent de mot à ce point, est-il encore possible de parler d’amitié, ou d’amour ? Prenez Nana, par exemple. Née dans une autre famille, qui se serait préoccupée de ses troubles dès leur apparition, elle aurait mené une toute autre existence. Là, rien, si ce n’est la chronique de l’indifférence haineuse de sa famille, et de l’indifférence tout court de ceux qui la prennent en charge.

Le reproche qui pourrait être fait à ce livre est que l’action commence tardivement. Pour ma part, j’ai trouvé bon que le narrateur prenne le temps de poser le décor, poisseux, le contexte (la crise agricole) afin que le lecteur comprenne bien dans quel bourbier les personnages se sont enlisés. Et l’espoir n’est pas au bout de la route.

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