La reconstitution historique, partie II

Tasdepierre1

Philippe de Nanterry croyait en être quitte avec les reconstitutions historiques.  Il se trompait lourdement. Moins d’un mois après la prise du château de Vaudreuilly, il avait été sollicité par le bouillant metteur en scène pour l’assister lors d’un marché médiéval et d’un spectacle nommé « les derniers jours de l’abbaye de F*** » dont l’aïeule de Philippe avait été la dernière abbesse.

Le contact fut des plus vifs.

   Mon cher Vladyslas, bien que ma famille remonte à l’an 1137, tout comme cette abbaye, je ne suis pas un historien chevronné, je ne connais rien à l’époque médiévale, mis à part le nom de mes ancêtres qui vivaient à cette période. Non, je ne sais pas non plus ce qu’ils mangeaient, comment ils s’habillaient, je n’ai pas assisté à un marché ou à une foire médiévale. Je vous assure que je ne puis vous être d’aucune aide. Mes salutations.

Il croyait en être quitte, il se fourvoyait. Nouvel appel, une semaine plus tard. Le metteur en scène, qui comptait de plus monter un spectacle de farces médiévales – et Philippe se garda de lui dire que des mystères eussent été plus appropriés – avait été victime d’un petit incident. Lui et son camarade avaient chu dans la source, au cœur de l’abbaye, manquant de s’y noyer.

      Impossible. Quand ils étaient petits (ils mesuraient maintenant plus qu’un mère quatre-vingt-dix chacun), mes fils s’amusaient à sauter par-dessus cette source.

      Justement. Vous avez bien saisi le souci. Pour manquer perdre la vie dans un filet d’eau aussi étroit, il faut vraiment que le sort s’acharne sur nous. Je me suis laissé dire que la Révolution française n’avait pas causé de tragédies.

      Je le confirme : Marie-Camille de Nanterry, comme les autres moniales, est rentrée dans sa famille à la dissolution de la communauté. Elle a même laissé des mémoires, que vous pouvez consulter. Elles sont fort intéressantes.

      N’avez-vous pas eu des échos, et il baissa la voix, d’autres événements ? Je vous assure, depuis que je suis ici, une présence mauvaise nous guette. J’ai entendu parler de votre réputation. Enfin, de celle de votre château.

      Oui, répondit Philippe d’un ton pincé.

La famille Nanterry de Chenoncelle avait payé un lourd tribu à la violence. Là où d’autres familles nobles s’illustraient au champ d’honneur, les Nanterry avaient eu une veine extraordinaire : blessés, oui, tués, rarement. Par contre, les assassinats, les suicides étaient bien trop fréquents. La propre belle-fille de Philippe… N’en parlons plus.

      Mon aïeule, reprit Philippe, ne fait pas état de mort violente dans son abbaye.

      J’ai ressenti des choses vraiment très bizarres. Je suis persuadé que ce lieu est hanté. Comme les écuries du château de Nanterry.

          Mon cher Vladyslas, je sais que le bruit court qu’un fantôme hanterait nos écuries. Je dois vous dire que, si tel est le cas, il est un fantôme modèle. On ne l’entend pas, on ne le voit pas. Pas de courant d’air glacé à son passage, pas de frisson désagréable sur la peau. Rien de rien. Je ne puis donc vous être d’aucune aide. Cependant, je puis demander à notre fantôme de venir vous visiter.

          Merci ! et il raccrocha.

Philipe resta interloqué. Il aurait voulu le rappeler. Il avait proféré une boutade, rien de plus. Restait à l’annoncer à Louis-Nicolas (officiellement mort en 1862) qui n’avait pas forcément envie de quitter sa chère écurie.

6 réflexions sur “La reconstitution historique, partie II

  1. Je comprends mieux certaines choses vu que j’ai loupé ce texte (merci la News qui hoquète, ou Yahoo qui convulse) mais comme Syl, je demande une bouée de sauvetage-rattrapage ! 😆 Il faut reprendre au début, toi tu suis ton idée mais nous entre les deux histoires (celle de Nunzi), on ne retient que des bribes ! Même si le fantôme de l’écurie est charmant, à n’en pas douter ! 😀

    • Je pencherai plutôt pour la news qui hoquète : quand je vais sur les blogs que je suis, je m’aperçois que je rate un article sur deux (pratique).
      Justement : mon premier texte se nommait ainsi, « Bribes » ;). J’avais 19 ans quand je l’ai écrit.
      Je m’inspire d’un metteur en scène un peu fou-fou, croisé voici dix ans, dans une abbaye justement…
      Le fantôme reviendra mécontent : l’abbaye est tranquille, circulez, y’a rien à voir.

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