Archive | 1 mars 2014

Concerto pour la main morte d’Olivier Bleys

CVT_Concerto-pour-la-main-morte_8065Mon résumé :

Mourava, petit village de Sibérie dans lequel il ne se passe jamais rien. Ou presque. Vladimir rêve de partir, de prendre le bateau, pour rejoindre sa soeur qui vit à Moscou. Problème : il n’a pas d’argent pour se payer le billet. Un jour, débarque Colin Cherbaux, pianiste à la carrière inexistante, et le piano qu’il vient d’acheter sur le bateau. Sa main droite se bloque quand il joue le concerto de Rachmaninov. Il a tout essayé, ou presque, pour guérir. Il se donne dix jours (temps d’attente avant le passage du prochain bateau) pour aller mieux.

Mon avis :

Tout d’abord, merci à Iana d’avoir fait voyager ce livre superbe jusqu’à moi.

Bienvenue chez les fous ! Pardon, bienvenue en Sibérie, dans un village où il ne se passe jamais rien, si ce n’est des cuites exceptionnelle et des froids qui le sont plus encore. Les habitants de Mourava vivent au milieu des poules, des chiens, des cochons, reçoivent parfois la visite d’un ours ou deux.

Seulement, ce n’est pas un ours qui descend du bateau – encore heureux, me direz-vous, mais Colin Cherbaux, pianiste malgré lui. Certains diront : il est impossible de devenir pianiste involontairement. Et bien, si. La littérature regorge de ces enfants qui ont obéi aux désirs parentaux, et, ô miracle, ont réussi parfaitement leur vie. Comme quoi, les parents « savent » ce qui est bon pour leurs enfants. Ce ne fut pas vraiment le cas pour Colin, dont la carrière est à la fois chaotique et inexistante.

Il s’accroche, pourtant, en dépit de son infirmité qui a résisté à tous les traitements. Et s’il débarque, littéralement, dans ce trou perdu de Sibérie que personne ne connaît, sauf les habitants et les ours, c’est une nouvelle manière de tenter de guérir.

Il se lie d’amitié avec ce vieux fou de Vladimir, dont le pouvoir d’achat grandit proportionnellement au généreux loyer que lui verse Colin. Vladimir, qui goutte pour la première fois le plaisir et la douleur d’avoir un vrai musicien chez lui fera tout son possible pour guérir Colin – et leurs aventures sont savoureuses.

J’ai beaucoup aimé ce roman, parce qu’il nous parle de musique et de musiciens comme peu d’auteurs savent le faire. Tous les pianistes ne sont pas des virtuoses, mais d’honnêtes interprètes. Ceux-ci, même s’ils n’ont pas le génie dont certains auteurs nous rebattent les oreilles avec des formules convenues, aiment la musique, aiment jouer, tout simplement, et peu importe le public.

Concerto pour la main morte, une des pépites de la rentrée littéraire 2013.

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Les plumes du 1er mars par Asphodèle

c3a9critoire-vanishingintoclouds3Voici ma participation de la semaine pour les plumes d’Asphodèle.  Elle fut inspirée en partie par un article du blog de Soène mais, vraiment, à la sauce Sharon.

– Nostalgie, quand tu nous tiens.
– Philippe, tu avais promis ! le réprimanda doucement son frère.
– Pierre, j’avais promis de participer à cette charmante manifestation, destinée à rappeler les hauts faits du passé dans un monde en pleine mutation, pas de me taire.

A droite, Pierre, duc de Nanterry, 70 ans. A gauche, Philippe-Antoine, comte de Nanterry, 65 ans. Il se murmure qu’il fut le chef du renseignement français pendant de longues années. Il balaie ses rumeurs d’un geste sobre et précise qu’il ne fut qu’un militaire parmi tant d’autres. Les deux frères sont réunis dans le parc historique de Vaudreuilly, pour la reconstitution de la prise du château en 1789 par les paysans.

– Baruch (le duc de Vaudreuilly) n’est pas en grande forme, reprit Pierre.
– Sinon, tu crois que j’aurais accepté de jouer dans cette mascarade ? Monsieur déprime parce son fils est amoureux d’une jeune et belle écossaise. J’ai essayé de le raisonner, rien n’y fait. « On dit tellement de choses sur les écossais. » Je ne sais pas, je ne suis pas abonné à Idées reçues magazine.
– Attention, cela recommence !

Avec pour seule arme un puissant mégaphone, le metteur en scène dirigea le mouvement des troupes. Groupe râteau, en route vers le château. Groupe fourche, regardez bien l’horizon, dirigez-vous vers la forêt, le châtelain se serait enfui. Pierre s’amusait comme un petit fou, grâce à ce voyage dans le temps.

– En cadence ! Et n’oubliez pas de chanter la camargnole !
Chimérique, pensa Philippe, les paysans n’étaient pas des soldats, ce petit génie l’aurait-il oublié ?
– Baruch aurait cousu lui-même tous les costumes, ajouta Pierre.
– Je ne suis pas étonné. Coudre l’a toujours détendu. Par contre, le nombre de figurants me surprend.
– Pas moi. Ce spectacle offre le dépaysement et l’aventure près de chez soi, la découverte de notre histoire et…
– Un plongeon dans la mare, constata Philippe.

Une pause d’une heure eut lieu. Pour une raison inconnue, le bouillant metteur en scène s’était aventuré trop loin sur les rivages de la mare au canard. Trois personnes le secoururent aussitôt. Courageusement, il voulut continuer la répétition, après sa découverte des fonds marécageux, Baruch lui dit que le sèche-linge était plus efficace que le soleil (planqué derrière les nuages) et donna quartier libre aux figurants.
Le jeune Vaudreuilly passa, bras dessus bras dessous avec une jeune femme.

– Philippe…
– Je n’ai rien dit. Je trouve simplement qu’il se comporte avec cette jeune personne plus comme un copain que comme un fiancé. Ce n’est pas à toi que Baruch a demandé de l’aide pour organiser le mariage. Je suis à deux doigts d’abandonner.
– Mais… le mariage ne devrait-il pas avoir lieu dans le pays de la fiancée, fut-il lointain ?
– Et bien non, il aura lieu ici. Apparemment, le père d’Elinor Améthyste Ruby Margareth McKellen possède un château.
– La distance entre la France et l’Ecosse n’est pas…
– La différence est que l’endroit serait  délabré, au point que, lorsque Baruch s’y est rendu, il a eu l’envie irrésistible de laver les pierres avec sa brosse à dents, et de déposer une bonne couche d’asphalte dans le jardin.
– Quand Baruch ne se sent pas bien…
– Il coud, il lave, il nettoie, compléta Philippe. Ce serait sympathique de sa part que ses phobies aillent voir ailleurs s’il y est ! A sa place, je ne traiterai pas avec autant d’insouciance un fier Highlander. Ni ne médirait de son château. Comment réagirais-tu si quelqu’un se plaignait de Château-Nanterry ?
Le visage de Pierre passa du rouge au blanc en moins de temps qu’il n’en faut pour tomber dans une mare.
–  Je lui botterai le train.
– Exactement. J’aimerai assez être là quand Perceval McKellen dira son fait à Baruch de Vaudreuilly.