Archive | 24 février 2014

La fin du monde a du retard de JM Erre

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Un grand merci à Babelio et aux éditions Buchet-Chastel pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Construit sous la forme d’une course poursuite, La fin du monde a du retard met en scène Alice et Julius, deux amnésiques qui s’évadent de la clinique psychiatrique où ils sont traités. En effet, Julius s’est donné pour mission de déjouer un terrible complot qui menace l’humanité. Poursuivis par la police, par des journalistes et par de mystérieux personnages de l’ombre, ils iront de péripéties en rebondissements jusqu’à l’incroyable révélation finale.
Comme dans chacun de ses romans, J. M. Erre joue avec les codes d’un univers de la culture populaire (le cinéma bis dans Série Z ou le roman policier dans Le Mystère Sherlock). Dans La fin du monde a du retard, ce sont les thrillers ésotériques à la Da Vinci Code qui servent de terrain de jeu.

Mon avis :

J’ai entendu un jour, lors d’un salon du livre, que certains romans devraient être remboursés par la sécurité sociale. La fin du monde a du retard entre parfaitement dans cette catégorie. L’auteur est constamment drôle, ce qui est un véritable exploit, tant dans l’écriture que dans la construction de son roman. Et je ne vous parle même pas des personnages – ou plutôt si, je vous les présente tout de suite.
Julius est un pro de la théorie du complot, tout est complot, surtout celui qui est dirigé contre lui, et qui l’a amené à perdre la mémoire – malheureusement, personne ne l’a retrouvé, et ce n’est pas faute de chercher. Il écrit, il écrit, il tient même un blog dans lequel il dénonce tous les complots en général, et un en particulier : celui qui est dirigé par Tiresias. Ce dernier lui en veut vraiment, à lui personnellement en personne. Oui, je détourne Camilleri par ce jeu de mots. Rassurez-vous : JM Erre détourne maintes oeuvres, des plus récentes (toutes celles qui mettent en scène un vaste complot, à commencer par Da Vinci Code) aux plus antiques. Il démonte aussi tous les codes des quêtes et autres schémas narratifs, avec ces dix phrases à placer absolument, ces adjuvants, ces péripéties et surtout, ces coups de théâtre magistraux.
Ce qui nous ramène au second personnage principal : Alice. Elle partage avec Julius une absence totale et complète de mémoire, vous avouerez que cette absence de souvenir est un hasard qui a bien fait les choses. Elle est de plus totalement insensible – et ne ressentir aucune émotion, surtout quand on est en danger, c’est tout de même vachement pratique. Si elle ne découvre pas le pays des merveilles, elle est presque dotée de super-pouvoirs, puisqu’elle survit à toutes les catastrophes, y compris sa rencontre avec Julius.
A travers elle, c’est la médiatisation à outrance que parodie l’auteur. Fort heureusement pour elle, Alice se moque encore plus que de sa première chemise d’être l’objet d’un culte, ou de se retrouver en une d’un charmant magazine people. Fort heureusement pour moi, lectrice, j’ai beaucoup ri en lisant ce déchaînement de passion, pas si éloigné de ce que provoquent les véritables starlettes auto-proclamées.
La fin du monde a du retard est le livre le plus jubilatoire que j’ai lu depuis le début de l’année. Je pense qu’il me faudra un certain temps avant d’en lire un autre aussi réussi.

De là, on voit la mer de Philippe Besson

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Mon avis :

                 Louise est une auteur à succès. Afin de terminer son dernier roman, elle se rend à Livourne, dans une maison prêtée par une amie. Elle écrit, loin de son dévoué mari, François. Son besoin de solitude pour écrire, son désir de ne pas être dérangé même par son cher et tendre époux ne l’empêche pas d’entamer une liaison avec Lucas, un jeune homme d’une vingtaine d’années.

                 Je le dirai d’entrée de jeu : pour une première rencontre avec l’œuvre de Philippe Besson, le coup de cœur n’est pas au rendez-vous. La faute, principalement, à Louise, l’héroïne. D’emblée, elle se définit comme un « monstre », parce qu’elle n’a pas de désir de maternité. Qu’une femme, fut-elle un personnage de roman, ait de tels aprioris de nos jours me gêne profondément.  Ce n’est pas le seul point qui m’a dérangée. L’écriture passe avant tout pour elle. Elle ne lui sacrifie pas tout, non. Je dirai plutôt que rien ni personne n’a d’importance pour elle, sauf l’écriture, au point que son mari a recours à un geste désespéré pour attirer son attention, et forcer Louise à se rendre à son chevet.

François et Louise m’ont rappelé ces personnages des contes de Diderot, sur lesquels le lecteur était invité à réfléchir. Etaient-ils aussi méchants qu’ils le paraissaient ? La victime de leur égoïsme était-elle à plaindre tant que cela ? Louise vit sa vie sans se préoccuper des autres, de leur jugement ou de leurs sentiments. Elle se sert des mots comme un général déploie ses soldats, et personne n’est de taille à lutter. D’ailleurs, rares sont ceux avec qui elle dialogue, privilégiant une communication non-verbale, notamment avec Lucas et sa mère. François avait même renoncé, puisqu’il a préféré provoquer un accident de voiture plutôt que d’exprimer ses désirs. Malgré ses souffrances, j’ai peine à éprouver de la sympathie pour cet homme capable de tels extrêmes – aussi inconscient qu’elle est indifférente.

                 Sauf envers l’écriture, bien entendu. Opportuniste, elle n’hésite pas à utiliser ce qu’elle vit dans ses œuvres – rien ne se perd, tout permet de créer. Le récit lui-même m’a paru comme une vaste recherche sur l’écriture, notamment du point de vue du style. Ces successions d’adjectifs recherchés, de verbes de plus en plus précis, ces phrases complexes très longues, alternant avec des phrases nominales brèves constituent des procédés intéressants. Mais s’ils sont techniquement efficaces, ils laissent les émotions à distance – à dessein ?

De là, on voit la mer et son triangle amoureux m’a laissé de marbre. Peut-être une autre œuvre de Philippe Besson me siérait davantage.

J’ai lu ce livre dans le cadre du prix Océans France O.