Archive | 18 février 2014

Mélo de Frédéric Ciriez

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Mon avis :

En dépit de son titre, Mélo ressemble davantage à une tragédie contemporaine qu’à un mélodrame. L’unité de lieu (Paris et sa région) et de temps (la veille du 1er mai) créent véritablement le lien entre les trois récits plus que les trois personnages qui en sont les héros.
La solitude semble être leur point commun. C’est d’autant plus frappant pour le premier. Dépouillé de son nom, il n’est défini que par son engagement syndicaliste, et par ses échecs dans sa vie personnelle. Le choix d’une narration à la troisième personne, désincarnée, froide, sèche, m’a empêché de ressentir de l’empathie pour lui. Ce choix a cependant l’avantage de renforcer le caractère inéluctable de son destin.
A côté, le personnage de Parfait paraît plus optimiste et m’a permis de découvrir un milieu qui m’était entièrement inconnu jusqu’alors, celui des Sapeurs. L’adhésion au personnage était renforcée par la narration à la première personne : le lecteur est véritablement toujours en compagnie de Parfait. Sa solitude est pourtant aussi grande que celle de son ami, si ce n’est qu’il l’a choisie. Quant à Barbara, la jeune étudiante d’origine chinoise, qui vend à la sauvette à l’heure du commerce électronique, elle a beau parcourir Paris en roller et entretenir un contact étroit avec sa clientèle, elle n’en reste pas moins seule, jusqu’au bout.
Syndicalisme, sape, vente à la sauvette : Mélo se voudrait-il un portrait de notre société de consommation ? Parfait et les siens se battent non à coup de vêtements, mais à coup de marques, toutes plus prestigieuses, plus imposantes les unes que les autres. Sa propre fille, qui n’a que sept ans, est définie parce qu’elle possède, non parce qu’elle est. Barbara achète et revend des gadgets divers et variés, joue sur les stéréotypes un brin racistes – même Parfait se laisse prendre aux apparences, lui qui sait pourtant à quel point elles sont trompeuses.
Désespérant ? Oui. Même si les personnages laissent tomber leurs oripeaux, au propre comme au figuré, reprenant ainsi corps devant nous, Mélo reste une œuvre résolument désenchantée.

J’ai lu ce livre dans le cadre du prix Océans France O.

La danse de la mouette d’Andrea Camilleri

Présentation de l’éditeur :

Le brigadier Fazio, pilier du commissariat de Vigàta a disparu. Montalbano découvre que son homme enquêtait sur des trafics dans le port de pêche avant d’avoir été entraîné dans un lieu où des puits asséchés servent de cimetière sauvage. Tandis que l’angoisse croît, une image obsède le commissaire : celle de la danse d’une mouette à l’agonie, qu’il a observée sur sa plage.

Préambule :

Je salue le travail du traducteur (et aussi auteur) Serge Quadruppani. J’aime toujours autant Andrea Camilleri et son personnage fétiche, Salvo Montalbano.

Mon avis :

Tout est calme à Vigata. Tout. Au point que Livia vient passer ses quatre jours de congé auprès de Salvo. Ce sera pour eux l’occasion de… Se disputer ? Se séparer ? Salvo, 57 ans, se questionne sur l’avenir de leur relation, à peine leur dernière dispute téléphonique terminée – non, parce que Livia voulait se rendre sur les lieux du tournage de la série Montalbano, comme si l’acteur pouvait être meilleur que l’original, je vous le demande un peu !
Tout est calme, vous dis-je. Sauf que Fazio, le fidèle d’entre les fidèles, a disparu. Ce n’est pas dans les habitudes de ce policier, de cet homme toujours fidèle à son poste et à ses valeurs.
Salvo et Mimi Augello se mettent en chasse, discrètement – quitte à utiliser des prétextes gros comme un dinosaure pour mobiliser des troupes. Plus le temps passe, plus indices et témoignages s’accumulent, plus il devient certain que Fazio ne s’est pas fourré dans le pétrin, non, Fazio n’est peut-être plus. Camilleri écrit sans doute, lors de cette quête, les meilleures pages de ce roman, les plus émouvantes. Montalbano sait que la course contre la montre est perdu d’avance, et il se raccroche à trois fois rien pour tenir.
Leurs adversaires ? Des mafieux au code de l’honneur inexistant. Ils ne l’invoquent que lorsqu’il leur est utile, et encore, pour le détourner. Nous sommes loin du parrain historique du Le champ du potier. Ces monstres sont très modernes, et ne dépareraient pas un roman policier américain.
Est-ce à dire que Camilleri perd de son originalité ? Non, il reste Catarella, inénarrable, et tous les policiers de Vigatà. Il reste un légiste redoutable et caractériel. Il reste un pays en léthargie, où tout a du retard, même le vote des lois. Il reste le style inimitable de Camilleri.
La danse de la mouette est à lire absolument si vous êtes fan de Montalbano.