Archive | 15 février 2014

La main noire de Robert Vincent

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Présentation de l’éditeur :

En Normandie, suite à l’explosion d’une cuve, Luna découvre une main mutilée dans sa chambre. Horreur ! Après examen, il apparaît que le membre amputé reposait dans le pétrole depuis des décennies. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un crime commis dans les années 70. Au commissariat de Bolbec, le commandant Faidherbe prend les choses en main. Reste « juste » à déterminer qui pouvait bien être la victime. Et le tueur.

Mon avis :

Le commandant Faidherbe se retrouve encore dans une situation fort peu confortable.
Je ne vous parlerai même pas de ce qui lui est arrivé à Etretat, ou à Yport. Non, là, privé de son fidèle Etrela mais muni de jeunes recrues vaillantes (les plus valeureuses sont les plus imprudentes, dixit le commandant lui-même), il se retrouve à enquêter sur une affaire quasiment prescrite, pourrait-on dire : la mort remonte aux années 70, et les peines d’emprisonnement pour recel de cadavre ne sont jamais très longues. Reste tout de même à savoir qui a gardé le cadavre pendant toutes ses années – visiblement, lui offrir une sépulture décente, c’était trop demandé. Lui conserver son intégrité également : celui qui l’a découpé n’a pas toute sa tête lui non plus.
Pensons également au traumatisme subi par Luna, dernière descendante d’une longue lignée de hauberots normands. Cette jeune femme (32 ans) est une chanteuse reconnue dans sa petite ville, une vedette adulée par la foule des radios-crochets.  Las ! Elle rêve d’autres choses, la petite Luna, qui écrit des chansons incessamment et n’a pas le courage de tenter sa chance ailleurs. Les normands sont très attachés à leur région, paraît-il. Luna est aussi très attachée à Josépha, sa maman, qui ne semble pourtant pas une aïeule si despotique – il est des figures maternelles bien plus effrayantes. Elle est juste une fille à maman qui ne mesure pas toujours les conséquences de ses désirs et autres caprices.
Comme souvent, cette enquête nous plonge dans les heures noires de la Normandie, à croire que nous n’en finirons jamais de nous remettre des années d’occupation et du débarquement qui, il faut bien le dire, n’a pas fait plaisir à tout le monde. Il fallait à la fois assurer ses arrières et préparer l’avenir pour ceux qui trouvaient les allemands charmants et bien élevés. Certains personnages, taiseux, « bourrus », comme nous disons en Normandie, ne dissimulent pas nécessairement un cœur d’or.
Quant à Faidherbe, il ferait bien de prendre soin du sien, qui morflera doublement dans ce récit. Et oui, il n’est pas un personnage de série américaine, qui peut effectuer course-poursuite, cascade, et plus encore frais comme une rose malgré une maladie de coeur. Faidherbe est un homme ordinaire, à qui ses créateurs jouent parfois des tours pendables – je me demande d’ailleurs comment ils s’en tireront dans le prochain opus. Je laisse au commandant le mot de la fin :

« Moi, bizarre ? Non. Ma vie prend parfois un cours bizarre. Et j’ai l’impression de la devoir à un scénariste personnel, inventif plaisantin ou acharné emmerdeur, c’est selon. Des fois, on croirait qu’ils s’y mettent à plusieurs. Mais ça a aussi ses bons côtés : on ne s’ennuie jamais en ma compagnie. »

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