Archive | janvier 2014

Elinor Jones, tome 3 : bal d’été d’Algésiras.

couv73618648Présentation de l’éditeur :

Les caprices de Bianca ont privé l’atelier d’une couturière de trop, et c’est avec une équipe réduite que la maison des Tiffany doit maintenant affronter le bal d’été. Pour finir à temps les robes de toutes les clientes, chacun devra mettre les bouchées doubles. Impossible de ménager Elinor dont la santé avait pourtant été mise à mal par le dernier bal.

Mon avis :

Superbe. Emouvant. Magnifique.

Les masques sont tombés, définitivement. Des secrets, insoupçonnés sont révélés. Les couturières travaillent, souffrent, et en première lieu Elinor, que rien ni personne ne peut empêcher de s’épuiser à la tache.

La lecture du dernier tome de cette trilogie est particulièrement émouvante, tant le destin d’Elinor, pour moi, était déjà écrit lors de son apparition dans le premier tome. Tant aussi, ce livre parle aux femmes, aux jeunes filles, et m’ont amené à m’interroger sur ce qu’on nomme la mode. Combien de femmes se plient à ses diktats, et façonnent leur corps pour rentrer dans des vêtements taille XS ? Combien oublient de porter ce qu’elles aiment réellement, parce que « cela ne se fait pas » ? La leçon de ce tome, délivrée par le mannequin vedette de la maison Tiffany, c’est que le vêtement doit épouser le corps de la femme, il doit être conçu pour le mettre en valeur, et non l’inverse. A méditer, notamment en regardant les sublimes créations du bal d’été, les illustrations flamboyantes – avant les teintes éteintes des dernières pages.

Vieille dame en péril de Margareth Yorke.

Présentation de l’éditeur :

« Ce n’est pas de n’importe quel escalier, mais du grand escalier du Parthénon, que dégringole Amelia Brinton, sous le regard atterré de Patrick Grant.
La chute lui est évidemment fatale. Accident ? Malveillance ? Le professeur Grant s’interroge. mais lorsqu’un autre escalier et une autre vieille dame entrent en scène, il acquiert l’intime conviction qu’il y a anguille sous roche… »

Mon avis :

Depuis Agatha Christie, tout lecteur de romans policiers sait qu’il doit se méfier des paisibles villages anglais – les jolis cottages fleuris dissimulent parfois bien des secrets.

Ils peuvent être tout simples, parfois : il suffit de dresser l’inventaire des livres d’une professeur à la retraite, récemment décédée, pour provoquer des drames en série.

D’ailleurs, comment est-elle décédée, cette vieille dame ? Un accident, pendant ses vacances. C’est, du moins, ce qu’a conclu l’enquête officiel. Patrick Grant, universitaire, présent sur les lieux, a des doutes. Il a déjà mené une précédente enquête, il a déjà su trouver un coupable là où tous ne voyaient que du feu. Seulement, dans ce cas, il n’a que des doutes, et aucune preuve à fournir à la police.

Il est de plus amoureux, à la grande joie de sa soeur, qui rêve de voir son frère aussi heureux en ménage qu’elle l’ait – et ce n’est pas peu dire. Elle n’hésite pas à l’aider dans ses discrètes investigations – être enceinte ne signifie pas ne plus être capable de réfléchir. Et s’il est une morale de l’histoire, la voici :

Il se jura que si une autre fois il découvrait une série d’incidents qui lui fassent pressentir un désastre, rien ne le détournerait de son objectif ; jamais une autre femme ne viendrait brouiller le travail de son esprit.

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La comptine des coupables de Carin Gerhardsen

Présentation de l’éditeur :

Quand des innocents deviennent les victimes collatérales d’histoires que l’on croyait à jamais enfouies …

À Stockholm, les policiers de la section criminelle du commissariat d’Hammarby sont sous le choc après le meurtre brutal d’une mère philippine et de ses deux enfants. Aucun indice sur le lieu du crime, aucune piste, mais des questions qui s’accumulent. Comment une femme de ménage aux revenus modestes peut-elle s’offrir une maison aussi luxueuse ? Pourquoi le père des enfants, un Suédois, vit-il isolé, presque sans contact avec le monde extérieur ?

Mon avis :

Ce roman n’était pas fait pour moi, mais alors pas du tout. Je pense qu’il plaira à beaucoup d’autres lecteurs. Pour ma part, je suis hermétique à ce genre de romans. J’aurai même dû l’abandonner au bout de quatre pages, quand les enquêteurs trouvent « beaux » ces trois cadavres couchés les uns auprès des autres, ou quand ils sont presque heureux que tous les membres de la famille soient morts en même temps. Note : je sais pertinemment que survivre à une tragédie est douloureux, et l’une des intrigues secondaires le démontre largement. Cependant, il m’est impossible d’être sereine face à l’assassinat de deux enfants, même s’ils sont « partis » avec leur mère.

J’ai beau aimé les romans policiers, je n’aime pas quand les policiers eux-mêmes ne portent pas plainte quand ils sont victimes de violence. L’exemple le plus flagrant est cette jeune femme, victime d’un viol, qui n’analyse même pas les preuves qui permettraient de disculper son co-équipier. Elle s’est reconstruite en le croyant coupable, elle ne supporterait pas de le savoir innocent, et surtout, de savoir qu’elle l’a soupçonné à tort.  Je n’aime pas non plus quand la vie privée des policiers envahit, pour ne pas dire parasite l’intrigue. C’est fou le nombre de policiers qui découvrent des secrets de famille grâce à une enquête. Le polar fait vraiment double emploi.

Je n’ai rien non plus contre la vengeance, cette thématique littéraire m’a toujours intéressée. Cependant, je n’aime pas la vengeance telle qu’elle est pratiquée dans ce roman. Pourquoi se venger d’une tragédie où, comme dans toute véritable tragédie, seule la fatalité est en cause ? Les retours en arrière, mis en évidence par l’utilisation de l’italique, est un procédé bien connu, et pas toujours judicieux – j’ai pensé aux romans de Camilla Lackberg (l’oiseau de mauvais augure, mais en nettement moins fort). Le coupable ? Je ne dévoilerai pas son identité, bien entendu. Je dirai simplement que l’auteur a voulu construire habilement son roman pour nous amener à ce meurtrier inattendu. J’ai juste eu l’impression qu’il tombait du ciel – et j’avais presque raison.

Bref, la comptine des coupables fut une déception pour moi. Je tenterai rapidement de lire un autre auteur suédois.

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Dame de trèfle d’Alexis Lecaye

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Présentation de l’oeuvre :

Une jeune femme est découverte à l’agonie en bas d’un pont de Paris, baignant dans une mare de sang qui n’est pas le sien. A peine sortie du coma, elle ne délivre qu’un message : sauvez les enfants ! Chargé de l’enquête, Martin va tenter de comprendre qui a voulu éliminer la jeune femme, pour quelle raison et surtout qui et où sont ces fameux enfants dont le sort la plonge dans une telle inquiétude.

Mon avis :

Oyez ! Oyez ! Ce livre est parfait pour vous si vous avez un fort mal de tête ou des soucis dentaires (comme moi) : il se lit vraiment tout seul.  Il peut remplacer aisément le visionnage d’un épisode d’une série télévisée de type « Les experts » – il est aussi facile à comprendre, et comporte encore plus d’invraisemblance.

Je reconnais que l’auteur s’est donné beaucoup de mal pour construire une intrigue dans laquelle toutes les péripéties, tous les « hasards et coïncidence » se ligueraient pour empêcher la résolution de cette enquête – et la préservation des victimes. La police en prend pour son grade, car entre les policiers qui oublient de vérifier si la victime respire encore, le flic qui met en garde à vue la jeune femme venue témoigner, et Martin, le anti-héros, qui manque de massacrer un collègue et se retrouve convoquer par l’IGS (pour une toute autre affaire, je vous rassure), les meurtriers, violeurs et autres kidnappeurs doivent véritablement faire de gros efforts pour être mis hors d’état de nuire.

Heureusement, il est des rencontres sympas – je dis bien « rencontres » car les personnages secondaires apparaissent et disparaissent à une vitesse phénoménale. Il est aussi des enquêteurs fortement caractérisés et… c’est tout. Beaucoup de violence aussi. Les thèmes graves, lourds, sordides abordés dans ce livre ne sont malheureusement qu’effleurés et semblent prétextes aux multiples rebondissements et autres « leçons de vie » – ou comment se remettre d’abus sexuels et pardonner à ceux qui n’ont pas voulu voir croire. Il était pourtant beaucoup de choses à dire sur les sectes et leurs ramifications. Tess Gerritsen l’a superbement fait avec La disparition de Maura.

Dame de trèfle est un roman aussi facile à lire qu’à oublier.

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L’assassin des cathédrales d’Yves Josso

couv32798163édition 10/18 – 340 pages.

Présentation de l’éditeur :

Les pilleurs d’église sont prêts à tout pour ratisser les trésors dont regorgent les nombreux édifices bretons. Mais lors du sac de la cathédrale Saint Corentin de Quimper, ils ont commis une grave erreur en s’en prenant à Eugénie de Rosmadec. Agressée à coups de calice dans le secret de la sacristie, la vieille fille est laissée pour morte. Le clan Rosmadec est sur le pied de guerre et c’est Clémence, jeune peintre professionnel et détective amateur, qui est chargée de débusquer les coupables.

Mon avis :

Mon problème avec ce livre est simple : je ne parviens pas à croire en son héroïne, Clémence de Rosmandec. Elle est une excellente détective, capable de résoudre tous les mystères. Je paraphrase, peu ou prou, ce que les journaux ont dit d’elle. Sauf que là, quand elle arrive joyeusement en Bretagne avec les siens et apprend de sa petite soeur Albertine l’agression qu’a subi sa tante Eugénie, elle n’a pas du tout envie d’enquêter. Je la comprends : après tout, sa tante a simplement été laissée pour morte, Clémence ne se mettra quand même pas martel en tête pour trouver ses agresseurs. Enfin, si, elle le fera, sinon il n’y aurait pas d’intrigues, mais c’est bien pour vous faire plaisir.

Le sujet est intéressant, riche : les pillages des églises, des cathédrales même, les motivations des uns et des autres auraient pu être davantage approfondis. D’aucuns me diront que le seul profit guide les voleurs, tout comme l’amour de l’art pousse les collectionneurs à accumuler ses objets sacrés. Pas besoin d’aller plus loin. Je ne me satisfais pas de la simplicité. La dimension religieuse m’a semblé escamotée – comme si tous les croyants étaient aussi névrosées qu’Eugénie de Rosmandec. La violence des crimes commis ne suscite pas d’émotion démesurée, pour ne pas dire que ces égorgements et autres éventrations n’étaient pas traités avec une certaine platitude. D’ailleurs, vu le nombre de morts dans cette intrigue, je me suis demandée pourquoi Eugénie n’avait pas succombé elle aussi. Bon sang, mais c’est bien sûr : parce qu’elle est la tante de l’héroïne !

Et les longueurs dans le roman ! Je ne parle pas de l’intrigue principale, qui, si l’on s’en tient à elle et à elle seule, est plutôt bien menée. Non, je vous parle de ses intrigues amoureuses secondaires, aussitôt crées, aussitôt abandonnées pour certaines d’entre elles – j’en ai compté plus d’une demi-douzaine. Je n’ai garde de vous parler des rappels des enquêtes précédentes, pas toujours utiles, des souvenirs des personnages, pas toujours liés à l’action. Je n’oublie pas les nombreuses explications sur l’histoire religieuse bretonne ou normande, parfois accueillies avec indifférence – si même ceux à qui elles sont destinées ne sont pas intéressés, où allons-nous ?

Je garde pour la fin les nombreuses allusions à la peinture, les rencontres nombreuses avec des peintres et finalement, l’interrogation de Clémence : qui est-elle ? La peintre épanouie qu’elle souhaite devenir, une détective, une future femme mariée ? Dommage qu’un cinquième tome ne lui permette pas à ce jour de répondre à ses interrogations.

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Désir et volupté à l’époque Victorienne

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Désir et volupté dans l’Angleterre victorienne :

Je suis allée voir cette exposition voici deux mois déjà, et ce n’est que maintenant que je mets au propre mes notes pour rédiger ce billet.

L’Angleterre, sous le règne de la reine Victoria, vit de profonds bouleversements économiques et sociaux. Quant à la femme… le moins que je puisse dire est que sa situation n’est pas bouleversée. Le corps féminin est caché, par les jupons, les robes, amples, il est bridé par les corsets. Il est alors difficile de se déplacer – un gentleman ne court pas, une lady encore moins. Les femmes rêvent pour s’évader et les artistes de cette époque sont dans une recherche permanente de la beauté formelle.

Pour ces artistes, la femme est une muse, par sa beauté, son intelligence. Ils font poser leurs femmes, leurs maîtresses. L’une des plus connues est Bessie Keene, dont la peau blanche et la chevelure léonine illumina les œuvres de Burne-Jones et Emma Sandys.

Comment les femmes étaient-elles représentées ? Elles étaient des nymphes, des héroïnes antiques (Antigone de Leighton) médiévales ((Elaine d’Escalot, Guenièvre, dans Le temps jadis de Standwick, 1907) ou shakespeariennes. Les sorcières ne sont jamais laides, les enchantements ne sont que suggérés. Un ailleurs lointain (Grèce, moyen âge) fait rêver, loin de l’industrialisation du XIXe siècle. Dans ce cadre de vie fantasmé, le corps féminin est libre, il s’offre aux regards, ou est suggéré sous des voiles. Les artistes éprouvent la nostalgie d’un âge d’or.

Je vous présenterai maintenant, de façon très subjective, quelques peintres . Je commencerai par Dante Gabriel Rossetti (1828-1882) : il épousa sa maîtresse et muse, leur unique enfant mourut à la naissance en 1860. Sa femme mourut deux ans plus tard, d’un excès de laudanum. Il passa le reste de sa vie reclus, et se consacra exclusivement à son art. Il devint un modèle pour les jeunes artistes.

ghirlandataLa Ghirlandata par Dante Gabriel Rosseti.

Frédéric Leighton (1830 – 1896) eut des débuts difficiles. Il peignit d’abord des scènes domestiques, ce qui étaient un passage obligé à l’époque, des sujets classiques mais aussi des nus. Il s’intéressait à la musique et s’inspirait des poses de statues. Il obtint ensuite beaucoup de succès et la maison où il mourut abrite aujourd’hui un musée qui lui est consacré.

483px-AntigoneleighAntigone, par Frédérick Leighton

Alma-Tadema a ajouté « Alma » à son nom, car il était ainsi en tête des catalogues d’exposition, par la grâce de l’ordre alphabétique. Il a profité de sa formation en Belgique et de sa découverte de Pompéi. Il peint des scènes intimistes. Sa maison devint le centre de la vie mondaine.

Je terminerai par Sir John Millais, car il était un grand amoureux de l’Ecosse. Il peignait notamment les paysages d’hiver écossais. Il fut très populaire.

millais_blowblowBlow, blow, thou winter wind, 1892

La passe-miroir, tome 1 de Christelle Dabos

Présentation de l’éditeur :

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour ce partenariat.

Mon avis :

Je parle très souvent, dans mes chroniques, de la mince frontière entre la littérature jeunesse et la littérature pour adulte, que certains auteurs franchissent allégrement – et tant pis si le sujet ou l’écriture ne sont pas adaptés au public visé.

Là aussi, la frontière est mince, tant le livre présente de qualités. L’écriture est maîtrisé, les personnages sont fortement caractérisés, l’intrigue nous entraîne en dehors des sentiers battus.

Prenons l’héroïne, d’abord. Elle n’est pas jolie, elle n’est pas bien habillée. Surtout, elle ne bée pas d’admiration devant de belles robes, ni devant des possibilités d’embellissement. Elle s’accepte telle qu’elle est, et c’est suffisamment rare pour être notée. Elle respecte aussi le don qui est le sien, à savoir lire le passé des objets. Fi de ses héroïnes pourries, gâtées qui rejettent leur don ou le gaspille, Ophélie sait ce qu’elle doit faire – ou non. Elle sait aussi comment user de ses dons pour se protéger. Mais je ne voudrais pas en dévoiler trop sur cette intrigue très riche.

En effet, Ophélie possède aussi le don de traverser les miroirs, et de se rendre ainsi d’un lieu à un autre. Pour les traverser, il faut pouvoir se regarder en face, sans fard, sans hypocrisie – et Ophélie possède cette force. A ses risques et périls. Elle a repoussé les propositions de mariage qui lui ont été faites, au point qu’elle n’a plus le choix, elle doit épouser Thorn, du clan des Dragons.

Ce clan est à l’opposé du sien – tout comme la Citacielle est très éloignée de la quiétude de l’Anima. Les glaces, les neiges, et les illusions ne sont pas seulement à l’extérieur, elles sont aussi dans le cœur des humains, dans leurs actes, dans leurs paroles. Il est donc particulièrement difficile pour la jeune fille de trouver sa place – et d’ailleurs, quelle place lui est véritablement destinée ? Les intrigues fleurissent, la violence est diffuse, et semble toujours avoir été la base de cette société. Ce n’est pas seulement une très bonne santé qui est nécessaire pour résister au Pôle, c’est également une capacité d’adaptation et une intelligence toujours en éveil.

Je ne serai pas très originale dans ma conclusion : à quand la suite ?

1312260953408502211846257Défi premier roman

Le secret de l’éventail de Nancy Springer

couv29158843Présentation de l’oeuvre :

Voilà déjà plus de huit mois que j’ai échappé à la vigilance de mes aînés, Mycroft et Sherlock Holmes, qui s’étaient mis en tête de m expédier en pension pour faire de moi une lady. Je m’emploie depuis, par l’intermédiaire de mon cabinet de « Spécialiste en recherches — Toutes disparitions », à résoudre des enquêtes — parfois même plus efficacement que mon détective de frère ! Or voici qu’en ce jour de mai 1889 mon chemin croise une ancienne connaissance, lady Cecily Alistair. Il est clair qu’elle est en plein désarroi ! Juste avant de disparaître, encadrée de deux sévères chaperonnes, elle me glisse furtivement un éventail rose, qui recèle un mystérieux message. Décidée à porter secours à ma jeune amie en détresse, je m’efforce d’en percer le secret.

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Mon avis :

Nancy Springer tisse des liens avec un précédent opus dans ce quatrième tome. En effet, nous retrouvons l’héroïne de la disparition de lady Alistair, encadrée par deux duègnes. Sa situation est malheureusement simple : déshonorée par son enlèvement, gauchère contrariée, Cecily n’est pas mariable, et son père s’est chargé de lui trouver un mari qui veuille bien d’elle, moyennant finance. Sa mère, lady Theodora est partie à la campagne avec sa vaste progéniture, elle tente d’empêcher ce mariage arrangé, ce qui est loin d’être facile dans cette société où le père avait toute puissance sur sa femme et sur sa progéniture.

Fort heureusement, Enola a pris confiance en elle lors de cette enquête. Elle s’aventure de nuit dans des quartiers éloignés, de son port d’attache, l’East End. Elle approfondit sa connaissance d’un monde de misère, qu’elle tente de soulager avec ses propres moyens.

L’éventail est un roman de contraste. D’un côté, les aristocrates sont très occupés à protéger leurs biens, à organiser des bals excentriques, dans le but de percer enfin dans le monde. De l’autre côté, les très pauvres trouvent dans le meilleur (ou le pire) des cas refuge dans les orphelinats, aux règles stricts. Avec encore plus de chance, elles seront embauchées comme bonnes dans une des splendides demeures… des aristocrates rencontrés ci-dessus.

Mycroft et Sherlock ont désormais des avis divergents sur l’avenir de leur petite sœur. Qui l’emportera ?

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Le mystère des pavots blancs de Nancy Springer

couv69270563Mon résumé :

Enola est parvenue, une fois de plus, à échapper à la vigilance de ses frères. Mais, en ce matin de mars 1889, une nouvelle retient son attention : le docteur Watson a disparu. Sa femme et Sherlock le recherchent – et Enola aussi.

chall32Mon avis :

Enola enquête et pas sur n’importe quelle disparition, sur celle du docteur Watson. Si la police manque de motivation – il n’est pas rare qu’un homme déserte son foyer une nuit ou deux sans conséquence – ce n’est le cas ni pour Sherlock, ni pour Enola. Celle-ci progresse dans son apprentissage du métier de détective, étoffe sa galerie de personnages et découvre une charmante boutique, tenue par une femme cultivée (elle a tiré son pseudo des contes de Chaucer) et mystérieuse. Ce magasin lui offre d’infinies possibilités de transformation – à condition, toutefois, qu’elle puisse y retourner.

La condition de la femme est toujours aussi cruelle, dans une société pourtant gouvernée par une reine. Il suffit d’un rien pour qu’elle soit internée, sur ordre d’un mari ou d’un frère. Les médecins complaisants ne manquent pas.

Enola, à qui sa mère manque de plus en plus, découvre d’autres aspects de la société britannique – comme les mutilés des guerres successives, ou pire encore. Jeune fille, elle ne peut se permettre certains comportements (suivre une personne dans la rue, grimper aux arbres ou aux murs), elle maîtrise cependant le langage des fleurs, comme le devrait son frère Sherock, s’il s’intéressait un peu aux femmes et aux moyens de leur plaire – n’est pas Irène Adler qui veut. Il est tout à fait conscient de la dette qu’il a envers sa sœur. Changera-t-il d’avis au sujet de son avenir ?

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L’armée furieuse de Fred Vargas

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Présentation de l’éditeur :

Au cœur de la Brigade criminelle, le commissaire Adamsberg vaque à ses occupations. Même si Veyrenc, son ancien rival des Pyrénées, hésite encore à revenir, le reste de l’équipe évolue paisiblement : Rettancourt reste la grande « génératrice d’énergie », le chat dit « La Boule » dort toujours sur la photocopieuse, Danglard avec son verre de vin blanc développe un immense savoir, Mercadet est toujours à moitié endormi, Froissy fait des allers-retours entre sa réserve de nourriture et son bureau. Une petite dame âgée attend le commissaire sur le trottoir, elle vient de Normandie. Ils n’ont pas rendez-vous, mais il n’y a qu’à lui qu’elle veut parler. Une nuit, dans son village, sa fille a vu « l’Armée furieuse », c’est-à-dire une cohorte de morts vivants qui vient enlever les pires personnes des environs. Meurtriers, voleurs, tous ceux qui n’ont pas la conscience tranquille se sentent menacés. Cette vieille légende est le signe que de multiples assassinats vont se produire. Loin de sa circonscription, Adamsberg va pourtant accepter d’aller enquêter sur place, dans le village terrorisé de superstitions et de rumeurs sauvages. Aidé de la police locale, de son fils (qu’il a découvert dans Un lieu incertain), et de quelques complices, il tentera de protéger les mauvaises personnes contre le mauvais sort.

Mon avis :

Ce n’est qu’à la quatrième tentative que j’ai réussi à lire ce livre – autant dire qu’il traînait dans ma PAL depuis sa parution, et ce n’était pas hier. A chaque fois, je bloquai au bout de cinquante pages – sans doute parce que la vision de la Normandie, donnée dans ce livre, me semblait plus archaïque qu’authentique. Pour parvenir au bout de ses quatre cents pages, j’ai donc lu ce livre davantage comme un conte policier, que comme un roman policier.

Pourtant, ce n’est pas tant une intrigue que nous propose Fred Vargas, mais quatre. La première est résolue très vite, le coupable avoue tranquillement ce qu’il a fait – et sait qu’il pourra très bien s’en sortir sans trop de dommage. Une enquête résolue dès le premier chapitre, ce n’est pas sans me rappeler certaines oeuvres de Sjöwall et Wahlöö. La seconde paraît presque hors-sujet : qui a ligoté un pigeon, le condamnant à une mort certaine, sans l’intervention d’Adamsberg ? Ce genre d’intrigue peut ne pas plaire, mais Adamsberg, lui, s’intéresse au moindre détail, au moindre crime. S’amuser à torturer n’est jamais innocent.

La troisième enquête rappelle l’actualité : des voitures brûlent, en banlieue, dans Paris. Sauf qu’un homme est mort. Sauf que cet homme n’était pas n’importe qui, et que le suspect est un moins que rien. Tout semble réglé, même pour Adamsberg. Croit-on. A tort. Rien n’est si simple dans l’univers de ce pelleteur de nuages.

La quatrième est au cœur de l’intrigue puisqu’il s’agit d’empêcher une série de meurtres de se produire. Les futures victimes ont toutes des morts sur la conscience, mais elles furent si habiles que jamais la police n’a pu les inculper. Ce n’est pas le seul dénominateur commun, car ceux qui les poursuivent sont des morts-vivants, dont la légende terrorise le village depuis des siècles. Voici qui teinte de fantastique l’intrigue. Voici qui pose d’autres problèmes : à quelles extrémités la peur et les croyances peuvent pousser des êtres que l’on peut croire, en ce début de XXIe siècle, rationnel, si ce n’est cartésien ? Vous ne serez pas déçu, tant la raison semble avoir quitté l’esprit de certains. Est-il possible de manipuler des êtres en jouant sur leurs peurs ? Oui, bien sûr – rien de nouveau sous le soleil ou sous la lune.

Ce qui m’a dérangé – mais peut faire le charme de ce roman – est qu’Adamsberg réussit à résoudre cette enquête en sortant totalement des sentiers battues, et en bénéficiant de l’aide d’un deus ex machina, hobereau normand dont la puissance a eu le don de lui ouvrir certaines portes, de lui accorder certains délais. Bien sûr, Adamsberg a payé de sa personne et ses adjoints aussi – pas vraiment en respectant la loi, ni les méthodes conventionnelles d’enquêtes. Est-ce à dire que les lois ne sont pas faites pour les puissants, qu’ils protègent le coupable ou l’innocent ? Constat peu réjouissant s’il en est.

Je n’ai garde d’oublier aussi quelques invraisemblances, quelques incohérences dans l’intrigue – difficile de faire vivre le passé des personnages secondaires sur plus de quarante ans.  Difficile aussi de restituer la folie du tueur jusqu’au bout, ou plutôt sa petitesse. La fin m’a laissé un goût d’inachevé mais je suis heureuse d’en être venue à bout.

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