Archive | novembre 2013

Goth girl and the Ghost of a mouse de Chris Riddell

goth girlMon résumé :

Ada est la fille unique de Lord Goth. Sa mère, funambule, est décédée tragiquement quelques années plus tôt, alors qu’elle pratiquait son art. Depuis, lord Goth prend grand soin de sa fille, elle ne manque de rien, sauf de la présence de son père. Mal remis (pour ne pas dire pas remis du tout) de la mort de sa femme, Lord Goth a du mal à supporter la présence de sa fille, tant elle ressemble à sa défunte mère. Quelle n’est pas la surprise de la toute jeune adolescente quand, un soir, une souris fantôme lui apparaît ! Ismaël, tel est son nom, a succombé dans un piège dressé par Maltravers, le valet. Il semblerait que ce ne soit pas sa seule action louche. Ada, aidée par des compagnons inattendues, enquête.

tg1gMon avis :

J’ai acquis ce livre lors de mes pérégrinations parisiennes, en octobre. J’ai été attirée par la couverture, d’une part, et par l’objet : c’est vraiment un très beau livre, aux détails soignés, et pas seulement pour la période d’Halloween.

Puis, j’aime beaucoup Chris Riddell, et encore une fois, je n’ai pas été déçue. Il a su créer un univers très particulier, que ce domaine laissé à moitié à l’abandon – à moitié seulement – à cause du chagrin de lord Goth. Ada, petite fille très volontaire, a vu les gouvernantes rendre leur tablier – ou leur parapluie – les unes après les autres, non parce qu’elle était une enfant difficile, mais parce qu’elle était bien trop facile. L’une d’entre elle, une certaine Hebe Poppins, s’est même enfuie avec Van Dyke, le ramoneur ! Ada a des capacités d’adaptations étonnantes, y compris lorsqu’elle rencontre Lucy, sa nouvelle gouvernante tricentenaire – vous l’aurez deviné, elle est une vampire.

Si elle sait faire face, quoi qu’il arrive, Ada est loin de se résigner, surtout si elle découvre une injustice. La difficulté est de pouvoir être entendue. Pas de soucis avec les amis qu’elle s’est fait au cours de ses explorations du domaine – c’est fou le nombre de personnes nécessaires à l’entretien d’un château, ou le nombre d’artistes qu’un mécène peut loger, mais les adultes ne sont pas près à écouter un enfant. Ils ne sont déjà pas capables de s’écouter les uns les autres, alors la fille de leur hôte, n’y pensez pas.  Quant à prêter attention à une souris fantôme… oublions. Ada ne peut compter que sur elle et ses amis, vivants ou non.

Ce livre, drôle, tendre, tragique aussi, caustique souvent est à nouveau une réussite.

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18 Lunes de Garcia et Strohl

Mon résumé :

Rien ne va plus à Gatlin, les événements survenus dans 17 Lunes. Macon est revenu d’entre les morts, Link est devenu un incube, et Ridley n’est plus qu’une simple mortelle. Quel avenir pour Ethan et Léna ?

Mon avis :

Je ne suis ni la première, ni la dernière à rédiger un avis sur ce tome. Alors que dire ? Qu’il est si bien que j’ai aussitôt enchaîné avec la lecture de 19 Lunes.

J’ai beaucoup aimé retrouver Léna et Ethan, les retrouver en proie à des dilemmes bien plus importants qu’au début de la saga. La faute au choix effectué par Léna à la fin de 17 Lunes. Elle savait déjà que son choix, entre Ténèbres et Lumières, aurait des conséquences. Le fait qu’elle se soit appelé elle-même, mi-Lumière, mi-Ténèbres, a plongé Gatlin dans le chaos, et permet à la mère de Link, égale à elle-même, d’exceller dans son meilleur rôle.

Ce tome est sans doute le plus sombre de la saga, l’espoir ne semble pas au bout du chemin, ni pour Léna, ni pour Ethan. Heureusement, la bonne humeur de Link et ses excès en tout genre apportent un peu de gaieté à un univers que les Ténèbres gagnent peu à peu. Personne n’est à l’abri, aucun lieu ne peut véritablement être considéré comme sûr – et ce n’est pas faute des proches des deux héros. Tous se mobilisent pour essayer… De sortir du chaos ? D’empêcher l’inéluctable ? Un peu tout cela à la fois.

« les choses bien et les choses faciles ne sont pas toujours les mêmes »- et ce troisième tome de la saga en est l’illustration.

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Le fantôme hante toujours deux fois de Sarah et Kate Klise.

Mon résumé :

Catastrophe ! Le bureau de poste de Livid City est sur le point de fermer ! Comment Adèle, Ignace et Lester pourront-ils satisfaire leurs lecteurs, puisqu’ils ne pourront plus poster les chapitres suivants de leur roman ?

Mon avis :

« Je n’ai jamais eu de téléphone de toute ma vie et je n’ai pas l’intention d’en avoir un dans l’au-delà non plus. » C’est avec ces propos pour le moins péremptoire d’Adèle Vanstrock que j’ouvre mon billet. Adèle est morte depuis plus de cent ans, et avec Ignace, elle forme un couple de parents et d’écrivain plutôt hors-norme pour Lester, leur fils adoptif. Lui qui est un enfant du XXIe siècle, souffre de n’avoir ni ordinateur, ni téléphone portable, ni téléphone tout court – encore moins de télévision ! Les seuls écrans plats admis dans la maison sont les tableaux qui ornent le salon. Et même si Les est heureux avec ses parents, son chien, son chat et ses chatons, il aimerait vivre avec son temps.

De l’autre côté, nous avons Wilma, nièce du bibliothèque, complètement accro à son téléphone portable, qui envoie des SMS (en style SMS) à tout bout de champ. Aussi son oncle lui confisque-t-il son téléphone, et fait avec elle le pari qu’elle sera capable de s’en passer pendant un mois. Bref, l’horreur absolu pour elle.

Pour couronner le tout, le ministre des télécommunications s’est mis en tête de supprimer la poste et de la remplacer par le Vexto, un système révolutionnaire et couteux. Devinez où il a décidé d’expérimenter ce système ? Dans notre petite ville préférée de l’Illinois ! Autant dire que la receveuse des Postes n’a pas l’intention d’abandonner son poste – et Adèle compte bien mettre son grain de sel dans l’histoire ! Elle est persuadée qu’aucune amitié, aucune histoire d’amour ne peut naître par les moyens de la technologie moderne, et entend bien le démontrer.

Un peu réac, l’auteur de 43, rue du cimetière ? Pas tant que cela. Si elle montre les excès d’une technologie déshumanisée, proposée par un homme politique totalement coupé des préoccupations des gens ordinaires, elle démontre aussi à quel point la technologie change nos vies, l’améliore même, comme un rappel pour tous les ronchons adeptes du « c’était mieux avant ». Même Adèle, en se replongeant dans ses souvenirs (et nous en apprenons ainsi beaucoup plus sur elle) convient que le passé était loin d’être rose.

A noter, l’hommage appuyé à Gaston Leroux, auteur du Fantôme de l’Opéra. Que demandez de plus ? Sinon une suite.

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Challenge Livra’deux pour Pal addict /7

challenge3C’est la deuxième fois que je participe à ce challenge, dont j’aime bien le principe.

En binôme, chacun choisi dans la PAL de l’autre, trois livres :
* Qu’il a lu et aimerait faire découvrir à son partenaire
* Dont il aimerait avoir l’avis d’un ami
* Des titres qui vous interpellent pour leur résumé…
Sur ces trois livres, vous en choisissez un et dans un délai imparti, vous devez le lire et en faire un avis.

Pour cette session, mon binôme est Biblio87.

Voici ce qu’elle a choisi dans ma PAL :

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J’avoue que j’hésite entre les deux premiers titres. Peut-être même lirai-je les deux. J’ai jusqu’au 31 janvier 2014 pour réussir ce challenge.

Voici mes choix pour Biblio87 :

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Challenge « Il était une fois Noël »

J’ai beaucoup aimé le challenge Halloween, qui se prolonge jusqu’au 30 novembre.

J’ai adoré participé à cette maison hantée.

Aussi quand Chicky Poo, Samarian et Petit_Spéculoos ont décidé d’ouvrir un chalet perdu au milieu des montages pour les fêtes de Noël…. j’ai tout de suite demandé à les rejoindre (par contre, je promène toujours mes vampires privés avec moi, je crains que cela ne fasse un peu désordre).

Voici le programme des festivités en détail. Nous sommes libres de participer à tous ou à quelques-uns de ses rendez-vous, le tout est d’au moins participer à une des festivités.

Dimanche 1er décembre : début du challenge, on s’installe au chalet avec un tea-time ou votre boisson préférée pour affronter le froid.

Lundi 2 décembre : nos blogs se mettent aux couleurs de Noël

Mardi 3 décembre : partage des playlists de Noël pour se mettre dans l’ambiance et créer une atmosphère cosy dans le chalet

Mercredi 4 décembre : lecture jeunesse, sur le thème de Noël et de l’hiver

Samedi 7 & Dimanche 8 décembre : RAT sur le thème de Noël et de l’hiver

Mardi 10 décembre : publication de votre wishlist de Noël.

Mercredi 11 décembre : photos des décorations en ville/ marché de Noël. Que ce soit le votre ou dans une autre contrée

Vendredi 13 décembre : billet autour d’histoires de fantômes de Noël (dans la littérature, au cinéma, une anecdote à raconter…)

Samedi 14 décembre : lecture commune (un vote aura lieu pour définir la lecture)

Dimanche 15 décembre : création de décoration(s) de Noël

Lundi 16 décembre : envoi des cartes de vœux

Mercredi 18 décembre : billet sur un film de Noël vu tous ensemble (un vote aura lieu pour définir le film)

Jeudi 19 décembre : vos sapins en photo (Zas ! Tous les ans, c’est mon papa qui tient à m’amener mon sapin. Je ne l’aurai peut-être pas encore. Ou il sera un peu bizarre. Soyez indulgents !).

Vendredi 20 décembre : partage de recettes de Noël (réalisées ou non, pas d’obligation de cuisiner, même si c’est plus rigolo)

Dimanche 22 décembre : lecture d’une BD

Mardi 24 décembre : partage de la table/du menu

Mercredi 25 décembre : Joyeux Noël

Du 26 au 31 décembre : derniers partages (cadeaux et autres posts).

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Des croix sur la route de Jeffery Deaver

Merci aux éditions des Deux-Terres pour ce partenariat .
Présentation de l’éditeur :
Des croix ornées de bouquets de roses bordent la route de la péninsule de Monterey. Or, elles ne sont pas là pour rappeler des accidents passés, mais pour annoncer des meurtres. Kathryn Dance, spécialiste du langage du corps et fine enquêteuse, essaye de découvrir qui est ce meurtrier qui se sert des détails intimes imprudemment semés sur la Toile par ses victimes. Elle suit la trace d un adolescent instable, objet d attaques incessantes sur le blog Le Rapport Chilton suite à un accident de la route qui a causé deux morts. Mais le jeune conducteur disparait à son tour. Dance ne tarde pas à cerner le profil des prochaines victimes. Commence une chasse à l homme dans l univers hasardeux de la blogosphère afin que disparaissent une fois pour toutes les croix sur la route.
Mon avis :
S’il est une chose que je retiens de ce polar, c’est qu’il ne faut surtout pas se fier aux apparences, dans un monde où, justement, tout n’est qu’apparence.
La base de l’histoire est simple, en apparence : un jeune homme, harcelé de toutes parts, devient à son tour un bourreau. Les preuves s’accumulent contre lui, et les réseaux sociaux se déchaînent. De plus, il était un passionné de jeux vidéos ultra-violents – n’en jetez plus.  Même sa disparition est vue comme une fuite, personne ne pense qu’il aurait pu lui arriver malheur, et surtout pas les enquêteurs, qui, pourtant, devraient aller au-delà des apparences.
Cela leur prendra du temps, pour vraiment analyser ce qu’ils ont devant les yeux. Pour ne pas se laisser prendre par ce tourbillon d’informations dans lequel l’époque actuelle nous noie. En tant que blogueuse, j’ai moi-même été sensible à l’influence que les blogs influents peuvent avoir sur un lectorat de fan déjà conquis, et qui n’hésitent pas à se lâcher dans les forums de discussion.
Un mot, pour terminer, sur l’enquêtrice : Kathryn Dance, membre du CBI, n’est pas sans rappeler certains héros de séries télévisées. C’est dire que la construction de son personnage est particulièrement efficace. C’est dire aussi qu’elle a une vie privée, des problèmes à résoudre, des ennemis aussi (et parfois, tous les coups sont permis), bref elle est suffisamment caractérisée pour que j’ai envie de la suite dans d’autres aventures.
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Compagnie K de William March

tous les livres sur Babelio.com

Merci à Babelio et aux éditions Gallmeister pour ce partenariat.

Mon avis :

Il n’est pas neutre, pour moi, de partager mon avis aujourd’hui – et quitte à être largement en retard dans mon partenariat avec Babelio et les éditions Gallmeister, autant y mettre les formes.

Compagnie K est un livre fort, brut, dont j’ai bien du mal à parler. Pas de fioritures, de ces joliesses d’écriture qui cherchent à rendre un texte aimable ou à susciter une émotion facile. Non, ce récit fait entendre directement la voix des soldats, des gradés, du caporal au capitaine, en de courts chapitres, secs, nets, précis.

Bien sûr, ce roman n’est pas le premier – loin de là – à parler de la première guerre mondiale, et j’ai bien envie de citer toutes les grandes figures littéraires qui ont parlé de cette guerre, non pour les comparer, mais pour signifier que ce livre a sa place à leur côté. Parce qu’il parle des soldats américains. Parce qu’il montre l’avant (la vie à la caserne, l’arrivée en France) mais aussi l’après (dès la première page, en fait). Parce que vivants, morts, blessés, mutilés ont leur place. Parce qu’une même scène peut être racontée de plusieurs points de vue, regards croisés sur une même détresse, une même impuissance. Parce que ce livre m’a profondément ému, et que même refermé, il m’accompagne encore.

Compagnie K est un roman qui se lit plus qu’il ne se chronique.

Zoanthropes, tome 2 : Rebellion

Présentation de l’éditeur :

Après la trahison de Varuna et de Soire, Shina doit faire face au retour de Sedna Aletis, chef de l’organisation qui la poursuit. Elle n’a plus qu’une seule arme pour le contrer : la vérité. Elle décide de retourner là où tout a commencé, en pays humain, alors que s’y organise une révolution. Pour vaincre Sedna, elle devra lever le voile sur le secret des zoanthropes et affronter son propre passé, ses propres origines…

Merci à Livraddict et aux éditions Scrinéo jeunesse pour ce partenariat.

Mon avis :

J’avais beaucoup apprécié le premier tome, je me faisais une joie de lire le second, de découvrir la suite des aventures de Shina et des zoanthropes. Si cette lecture s’est révélée plaisante, je dois dire que j’ai moins apprécié ce second et dernier tome.

Pourtant, l’auteur a pris des risques, notamment avec la redistribution des forces agissantes en début de ce second tome, ou en donnant une tournure plus mature à l’intrigue, en regardant clairement vers la science-fiction. J’ai aimé les questionnements éthiques, l’évolution de l’intrigue qui s’écarte de notre horizon d’attente. J’ai aimé les ellipses qui permettent de faire progresser le récit.

Malheureusement, ces ellipses compensent à mes yeux certaines longueurs : des précisions sur les états d’âme des personnages, des commentaires naïfs sur des péripéties qui alourdissent le texte plutôt qu’ils ne le servent.

J’ai regretté aussi que le personnage de Sedna, celui qui avait le plus fort potentiel à mes yeux, n’ait pas eu une plus grande importance. Comme souvent, j’ai un faible pour les « méchants », et celui-ci est suffisamment complexe pour mériter mieux. La gentille Shina, la gentille Faith m’ont parfois agacée, Sedna jamais.

Même si Zoanthropes se termine de manière apaisée, je reste un peu sur ma faim.

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Le dossier riaboukine

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Présentation de l’éditeur :

Londres, 1890. Billy, Charlie et Black Tom sont trois gamins des rues unis par une solide amitié. Accompagnés du matou Watson, ils arpentent les bas-fonds de l’East End, menant enquêtes, filatures et autres missions de confiance pour le compte d’un certain… Sherlock Holmes. Ce nouvel opus voit nos héros se mêler d’une ténébreuse affaire impliquant des révolutionnaires russes exilés à Londres et la police secrète du Tsar… Nos protagonistes vont avoir fort à faire pour déjouer machinations, trahisons et mauvais coups…

BritishMon avis :

J’ai été ravie de retrouver les quatre de Baker Street. Deux ans après l’affaire Jack l’Eventreur, son ombre plane encore sur Londres. Un nouveau meurtre, qui n’est pas sans rappeler les siens, est commis. La victime est Sally, une « fille des rues » qui protégeait Billy. Il a donc vivement à cœur de trouver qui l’a tué. Sherlock et Watson sont absents, et les irréguliers devront enquêter seuls, pour innocenter Victor Riaboukine. Par lui, nous découvrons le sort des immigrés russes, mais aussi de leurs familles restées au pays, dans des situations encore plus difficiles.

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère de cette bande dessinée. Les paroles ne sont pas toujours utiles. Elles peuvent être trompeuses, ou mensongères. Les images sont bien plus parlantes, et n’hésitent pas à montrer des détails très réalistes. Les scènes de nuit et de pluie sont très réussies. Il faut dire que le temps est exécrable, l’eau qui tombe, l’eau qui coule sont visuellement très présentes. Son opposé, le feu, rappelle aux lecteurs actuels les risques que les attentats anarchistes faisaient courir à la population et la peur qu’ils engendraient.

Le dossier Riaboukine est non seulement une très bonne bande dessinée, mais aussi une histoire d’espionnage très intéressante.

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Les plumes d’Asphodèle – correspondance

logo-plumes2-lylouanne-tumblr-comLes mots imposés sont : plume, épistolaire, échange, relation, courrier, essoufflement, assortiment, liaison, amoureux, carte, rencontrer, lettre, souvenir, distance, train, couleur, pétrifier, pantin, perpétuel.

Cher Nicolas,

Je n’aime pas écrire, pas même une carte postale, ce qui est un comble pour moi, professeur de lettres modernes. J’hésite depuis dimanche à rédiger ce courrier, qui ne sera jamais posté, pour les Plumes d’Asphodèle. Nous sommes mercredi 6 novembre 2013, je me lance.  Je sais très bien que je ne tiendrai pas la distance, que l’essoufflement me guette, je ne suis pas douée pour rompre le train-train de mes histoires de vampires.

Je ne me souviens plus comment nous nous sommes rencontrés : nous habitions la même rue, nous sommes « des amis d’enfance », et nulle liaison, nulle sentiment amoureux n’est venu modifier nos relations. Nous avons même partagé une année scolaire ensemble – un mauvais souvenir pour moi, je ne sais comment tu as pu supporter la manière dont les professeurs te (mal)traitaient, te sous-estimaient. Je me souviens des échanges de nos deux mères au sujet de cette incompréhensible injustice. La prof que je suis devenue est d’accord avec l’ado que j’étais. Note : ce bel établissement, quand j’y suis retournée pour corriger le brevet, m’a semblé comme pétrifié. J’ai tout revu, rien n’a changé, pas même les fresques peintes en couleurs  vives, assortiment d’animaux naïfs et de pantins désarticulés.

Je te croisais souvent, moi, quand je revenais du travail, toi quand tu rendais visite à tes grands-parents bien aimés. Je t’ai revu dans une autre circonstance, que je ne dévoilerai pas – la pratique du genre épistolaire ne nécessite pas le déballage de la vie privée.

Je t’ai revu dimanche. Je ne m’y attendais pas. Je ne me souviens même pas de  l’exclamation que j’ai poussée, en revoyant tes yeux bleus, tes cheveux blonds. Je ne savais pas tu étais là, et pourtant, j’aurai pu m’en douter. Où aurais-tu pu te trouver ailleurs qu’à côté de ton grand-père ?

Je m’arrête ici, je ne veux en dire plus, le reste de mon texte verserait dans les clichés, les effets de manche qui ne servent qu’à masquer une absence d’émotion. Puis, la tentation de l’humour noir est là, nous le pratiquons abondamment dans ma famille et ce n’est vraiment pas le moment, tu n’apprécierais pas, mais alors là pas du tout, j’en suis sûre.

Nicolas, tu me manques.

« Vieillir, c’est devenir moche », m’a dit une élève l’an dernier. « Vieillir est un privilège » lui ai-je répondu. J’aurais aimé que ce putain de cancer fulgurant ne t’empêche pas de le partager avec nous.

Nina.