Instinct primaire de Pia Petersen

tous les livres sur Babelio.com


Mon résumé :

La narratrice écrit une lettre à l’homme qu’elle a aimé, qu’elle aime toujours, et qu’elle a abandonné au pied de l’autel un an plus tôt. Elle veut lui faire comprendre ses choix de vie et d’écriture. Elle s’interroge sur la femme, le féminisme et l’écriture.

Mon avis :

J’ai lu beaucoup d’avis positifs, voire très positifs sur ce livre. Je m’attendais  à éprouver un coup de coeur pour lui. Ce n’est pas le cas. Je l’ai bien aimé, sans plus. Pourquoi ?

La narratrice se veut une femme libre. Libre d’écrire, de se consacrer à la littérature. Mariage et enfants ne font pas partie de son projet de vie. Ceci ne me pose pas de problème, loin de là, j’ai toujours su que le bonheur, l’accomplissement de soi ne passait pas nécessairement par la maternité, quoi qu’en dise une génération de soi-disant féministe. Ce qui me dérange est cette thèse comme quoi un écrivain ne peut aussi être mère, avoir une vie personnelle, jongler entre des obligations mais ne peut exister qu’en se consacrant uniquement à son oeuvre. Elle n’est pas neuve, quoi qu’en dise l’auteur, – voir Simone de Beauvoir, Karen Blixen entre autre, qui soutenaient déjà cette thèse. Et si elle a le désir de voir le monde, de s’ouvrir au monde pour écrire, d’autres désirs ne sont pas incompatibles avec la volonté d’écrire.

Je regrette aussi qu’elle ne retienne que deux domaines d’écriture : l’autofiction et les harlequinades. A mes yeux, cette classification est très réductrice, et laisse de côté maintes auteurs. Je pense à Doris Lessing, qui vient de nous quitter, à Jeanne Benameur, Nancy Huston, et j’en oublie beaucoup.

Au fur et à mesure que je rédige cette critique, je me dis d’ailleurs que je me laisse envahir par les souvenirs négatifs, plutôt que les positifs, ce qui serait très réducteur. Je me rappelle aussi cette sensation d’étouffement qui m’avait saisi lorsque, entourée par des femmes/mariées/mère, elle ne trouve personne pour la comprendre, et toutes pour la plaindre. Et là, elle pousse à s’interroger sur les raisons pour lesquelles une femme se marie, a des enfants. [Note : j’en connais qui sont très fières de dire qu’elles ont mis le grappin sur leur mari très tôt, et que maintenant, elles sont tranquilles. Ah, bon ? Drôle d’idée du bonheur]. On interroge toujours une célibataire sans enfant, on calque sur elle des schémas de pensée pré-établis, et même l’homme qu’elle aimait n’y a pas échappé, lui qui pensait qu’elle voulait forcément le mariage, pour forcément avoir des enfants après. On ne demande jamais pourquoi une femme veut des enfants alors que les femmes sans enfant sont priés de se justifier, ou de trouver une cause à leur « incomplétude ».

Puis, comme l’auteur, je ne pense pas que la femme soit meilleure que l’homme, que le monde se porterait mieux si elle le dirigeait. Je ne pense pas non plus que la femme qui a enfanté soit seule capable de générosité. Combien de fois m’a-t-on ressassé qu’une femme devenait « meilleure » quand elle était mère, qu’elle acquérait une meilleure compréhension du monde (pas dans ma famille, je vous rassure tout de suite), et j’ai été heureuse de lire enfin quelqu’un qui ose défendre des thèses bien différentes.

Instinct primaire est un livre qui fait réfléchir, par les thèses qu’il défend. C’est un livre dont j’ai beaucoup parlé autour de moi, et que je compte bien faire découvrir à d’autres lecteurs. A ce titre, il est l’un des livres les plus intéressants que j’ai lus lors de la rentrée littéraire 2013.

challenge-1-littc3a9raire-20131

11 réflexions sur “Instinct primaire de Pia Petersen

  1. Moi, je connais beaucoup de femmes devenues très égoïstes en devenant mère justement. J’ai aimé et je dois dire que l’aspect écrivain m’a assez peu marqué en fait.

    • Moi aussi, j’en connais beaucoup. Certaines assument, d’autres non, et posent cet égoïsme en prétendu générosité (elles ont donné la vie !).
      Il m’a peut-être plus marqué car j’ai discuté avec des élèves qui souhaitent écrire et veulent aussi avoir une vie de famille. Pourquoi les deux ne pourraient se concilier ?

  2. Ce livre est très riche en points à soulever, on reste sur le fait que c’est avant tout une lettre d’amour mais pas que …bien entendu ! Je suis d’accord avec toi sur la littérature écrite par et pour les femmes et qui est bien réductrice mais en revanche, (et là je parle d’un point de vue strictement personnel), il me semble très difficile d’écrire en étant mère (donner le sein d’un côté et écrire de l’autre) d’enfants en bas âge, ensuite peut-être… mais la présence de contraintes familiales avec prise en charge d’une autre personne (parent ou enfant) nuit fortement au travail d’écriture… On ne peut pas laisser son bébé hurler ou la casserole prendre feu alors qu’on est au coeur de l’action de son premier chapitre, que celles qui peuvent faire les deux en même temps lèvent le doigt et me donnent la recette !!! 😀
    Ton billet est très pertinent ! 😉

  3. Je viens aussi d’en publier un avis sur mon blog. C’est sûr que le thème n’est pas original, mais je trouve que le texte, pas vraiment fictif, plutôt intime, est sensible, et j’ai bien aimé le lire.

  4. Pingback: « Instincts primaires » de Pia Petersen « Chaplum’

  5. Pingback: Challenge 1 % littéraire 2013 : le bilan | deslivresetsharon

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.