Archive | 22 novembre 2013

Instinct primaire de Pia Petersen

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Mon résumé :

La narratrice écrit une lettre à l’homme qu’elle a aimé, qu’elle aime toujours, et qu’elle a abandonné au pied de l’autel un an plus tôt. Elle veut lui faire comprendre ses choix de vie et d’écriture. Elle s’interroge sur la femme, le féminisme et l’écriture.

Mon avis :

J’ai lu beaucoup d’avis positifs, voire très positifs sur ce livre. Je m’attendais  à éprouver un coup de coeur pour lui. Ce n’est pas le cas. Je l’ai bien aimé, sans plus. Pourquoi ?

La narratrice se veut une femme libre. Libre d’écrire, de se consacrer à la littérature. Mariage et enfants ne font pas partie de son projet de vie. Ceci ne me pose pas de problème, loin de là, j’ai toujours su que le bonheur, l’accomplissement de soi ne passait pas nécessairement par la maternité, quoi qu’en dise une génération de soi-disant féministe. Ce qui me dérange est cette thèse comme quoi un écrivain ne peut aussi être mère, avoir une vie personnelle, jongler entre des obligations mais ne peut exister qu’en se consacrant uniquement à son oeuvre. Elle n’est pas neuve, quoi qu’en dise l’auteur, – voir Simone de Beauvoir, Karen Blixen entre autre, qui soutenaient déjà cette thèse. Et si elle a le désir de voir le monde, de s’ouvrir au monde pour écrire, d’autres désirs ne sont pas incompatibles avec la volonté d’écrire.

Je regrette aussi qu’elle ne retienne que deux domaines d’écriture : l’autofiction et les harlequinades. A mes yeux, cette classification est très réductrice, et laisse de côté maintes auteurs. Je pense à Doris Lessing, qui vient de nous quitter, à Jeanne Benameur, Nancy Huston, et j’en oublie beaucoup.

Au fur et à mesure que je rédige cette critique, je me dis d’ailleurs que je me laisse envahir par les souvenirs négatifs, plutôt que les positifs, ce qui serait très réducteur. Je me rappelle aussi cette sensation d’étouffement qui m’avait saisi lorsque, entourée par des femmes/mariées/mère, elle ne trouve personne pour la comprendre, et toutes pour la plaindre. Et là, elle pousse à s’interroger sur les raisons pour lesquelles une femme se marie, a des enfants. [Note : j’en connais qui sont très fières de dire qu’elles ont mis le grappin sur leur mari très tôt, et que maintenant, elles sont tranquilles. Ah, bon ? Drôle d’idée du bonheur]. On interroge toujours une célibataire sans enfant, on calque sur elle des schémas de pensée pré-établis, et même l’homme qu’elle aimait n’y a pas échappé, lui qui pensait qu’elle voulait forcément le mariage, pour forcément avoir des enfants après. On ne demande jamais pourquoi une femme veut des enfants alors que les femmes sans enfant sont priés de se justifier, ou de trouver une cause à leur « incomplétude ».

Puis, comme l’auteur, je ne pense pas que la femme soit meilleure que l’homme, que le monde se porterait mieux si elle le dirigeait. Je ne pense pas non plus que la femme qui a enfanté soit seule capable de générosité. Combien de fois m’a-t-on ressassé qu’une femme devenait « meilleure » quand elle était mère, qu’elle acquérait une meilleure compréhension du monde (pas dans ma famille, je vous rassure tout de suite), et j’ai été heureuse de lire enfin quelqu’un qui ose défendre des thèses bien différentes.

Instinct primaire est un livre qui fait réfléchir, par les thèses qu’il défend. C’est un livre dont j’ai beaucoup parlé autour de moi, et que je compte bien faire découvrir à d’autres lecteurs. A ce titre, il est l’un des livres les plus intéressants que j’ai lus lors de la rentrée littéraire 2013.

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