Archive | juillet 2013

Georges Dandin de Molière

DandinMon résumé :

Georges Dandin se lamente. Il a beau avoir réalisé son ambition, c’est à dire être anobli par son mariage, il ne décolère pas : sa femme, née de Sotenville, le méprise. Pire, il est sûr qu’elle le trompe ! Comment le prouver à ses beaux-parents ?

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Mon avis :

George Dandin n’est pas la pièce la plus connue de Molière. Et pourtant, elle devrait être remise au goût du jour car elle figure en bonne place du programme de l’éducation nationale. Elle présente quelques atouts pour séduire… les élèves : elle est écrite en trois actes et en prose.

Elle reprend des thèmes chers à Molière : le mariage et la condition des femmes. Elle parle aussi des « roturiers » qui aspirent à l’anoblissement, thème qu’il reprendra dans Le Bourgeois Gentilhomme. Si monsieur Jourdain reste sympathique, ce n’est pas le cas de Georges Dandin. Je ne parviens à aucun moment à le plaindre, en dépit de ses humiliations successives. Il a conclu son mariage avec ses beaux-parents, sans même tisser des liens avec sa promise : si l’amour n’était pas de mise à l’époque, entretenir des goûts communs, un peu de tendresse et de galanterie était normal, Georges semble ne pas le savoir, lui a changé d’état par son mariage. Même, sa violence est effrayante, lui qui veut réduire en compote le visage d’Angélique. Seule la condition de sa femme le retient. Quel homme que ce George Dandin.

Le seul mariage qui sera conclu (passage obligé dans une comédie) aura lieu entre deux serviteurs, Claudine et Lubin – pauvre Dandin, qui n’a que Colin, pas très doué, pour le servir. Angélique a su s’attacher les soins de sa suivante, toujours prête à l’aider , et à mener Lubin par le bout du nez. Dandin, lui, est toujours seul, comme le prouvent ses nombreux monologues. Il n’envisage plus comme seul recours que le suicide. Nous sommes dans une comédie, et nous savons, comme le savaient les spectateurs de l’époque, qu’il ne peut mettre pas cette menace à exécution. Il se ressaisira – et tout recommencera, comme le prouve la construction répétitive de chacun des actes.

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Les fourberies de Scapin de Molière

Scapin

Mon résumé :

Catastrophe ! Le seigneur Argante revient dans l’intention de marier son fils Octave à la fille du seigneur Géronte. Hélas, Octave est déjà marié – en secret. Comment fera-t-il accepter sa décision à son père ? Heureusement, Scapin veille.

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Mon avis :

Qui ne connaît pas Les fourberies de Scapin ? Ou plutôt, qui n’a pas étudié en classe cette farce en trois actes et en prose ?

Scapin est le personnage le plus important de l’oeuvre, et pourtant, comme souvent chez Molière, il n’est pas présent dans la toute première scène. Non, nous avons un couple – les Fourberies est une comédie de couple – valet/maître, Sylvestre, meilleur ami de Scapin, et Octave, meilleur ami du maître de Scapin. Le spectateur découvre tout de suite l’ampleur de la catastrophe  – désespoir d’Octave et laconisme de Sylvestre. C’est au milieu de cette « cruelle conjoncture » que Scapin apparaît – sûr de lui, sans peur : il a déjà eu maille à partir avec la justice, les autres le regardent désormais avec un mélange de crainte et d’admiration. Aucun n’irait jusque là, même pour l’être aimée. Bien sûr, il n’est pas exclu que Scapin fanfaronne un peu, cependant l’ensemble de ses fourberies prouve assez qu’il ne craint rien.

Il dynamite même l’ensemble, inventant des stratagèmes pour obtenir de l’argent des pères, transformant le timide Sylvestre en fier spadassin, jouant plusieurs rôles lui-même si nécessaire, improvisant quand il ne peut émouvoir Géronte, plus avare que père. Vindicatif, il fera souffrir Léandre – moralement – et Géronte – physiquement. Il ne faut pas menacer Scapin, il s’en tire toujours, même quand il est forcé d’avouer ses fourberies à son maître, incapable de reconnaître dans le loup-garou qui l’a agressé son propre serviteur, même quand sa vie ne tient qu’à un fil. Il en faut beaucoup pour abattre Scapin.

A contrario, il n’en faut pas beaucoup pour émouvoir les deux jeunes premières, agaçante au possible. Hyacinthe pleure autant que Zerbinette rit. N’était ce détail – de taille – normal, dans une farce, les caractères doivent être outrés – elles seraient strictement identiques, pauvres jeunes filles bien décidées à se faire épouser – les jeunes hommes sont si versatiles. Léandre est colérique, Octave est peureux : ces jeunes gens sont faits pour s’entendre. Ce n’est que justice s’ils se marient – et si Scapin se révèle le véritable triomphateur de cette oeuvre.

 

 

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Zalbac Brothers de Karel de La Renaudière

Mon avis :

Merci à Babélio et aux éditions Albin Michel pour ce partenariat, ans le cadre d’une opération Masse Critique spéciale.
Depuis que j’ai terminé la lecture de ce livre, c’est à dire depuis presque deux semaines, je me demande bien comment je rédigerai mon avis. L’indulgence a ses limites, donc autant que je sois le plus sincère possible.

J’ai déjà eu un petit soucis avec le titre : Zalbac Brothers. Bien sûr, si l’on inverse, on obtient Balzac, et l’on pense immédiatement à la Comédie humaine, à Rastignac et son désir de conquérir Paris. Zalbac m’a fait penser à Rosemary Albach-Retty et à l’un de ses derniers rôles dans La Banquière. Autant dire qu’un auteur ne maîtrise pas toujours les associations d’idées qu’il fait naître.

Son héros, Jean, est orphelin, né des amours de sa mère et d’un étudiant américain. Il a grandi et a étudié aux Andelys (moi aussi), chez les jésuites (j’étais à saint Joseph) où il s’est fait un « ami » pour la vie. Il étudie à Paris, il apprend les arcanes de la finances et le violon, puis part à New York où il est remarqué par Bruce Zalbac lui-même. Jean gravit ensuite un à un les échelons de la société, en dépit d’ennemis nombreux. Il vivra d’autres coups durs, surtout après la mort de son mentor, qu’il surmontera vaillamment (ou pas). Si vous avez déjà l’impression d’avoir lu cette histoire quelque part, c’est normal, elle est extrêmement classique, pour ne pas dire que les clichés succèdent aux rebondissements invraisemblables.

Je ne vous les dévoilerai pas, rassurez-vous. Cependant, l’un d’entre eux, le principal, m’a semblé tout droit sorti d’un Harlequin, et ce que j’accepterai sans souci de l’un, ne passe pas dans un roman qui se veut sérieux (ou alors, il s’agit d’une parodie, et je suis passée à côté). Je n’ai pas trouvé de personnages sympathiques, sauf, le temps d’une apparition, le luthier qui répare le violon pulvérisé de Jean, et les (authentiques) violonistes croisés lors de cette visite.  Les hommes ne pensent qu’à vaincre, s’enrichir, les moyens ne comptent guère, les êtres humains non plus.  Quant aux femmes, elles sont caricaturales. Prenez Charlotte, la partenaire de couette de Jean : rien dans la tête (et pourtant, elle dirige une partie importante de l’entreprise familiale), tout dans les caprices et les bouderies. Prenez son « amie », elle excelle surtout dans les duperies et la fréquentation « par amour » des clubs libertins – et un autre clin d’oeil appuyé à l’actualité. Même Susan est un cliché de la littérature à l’eau de rose.

Je garde un point positif pour la fin : ce livre est très facile à lire, les pages se tournent toutes seules et peut éventuellement constituer un divertissement – si vous êtes indulgent.

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Le chat qui voyait rouge de Lilia Jackson Braun

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Mon résumé :

Jim Qwilleran vit dans un petit appartement avec ses deux chats siamois. Après une tentative de détartrage des dents félines plus que périlleuses chez le vétérinaire, celui-ci conseille à Jim de consulter un docteur en urgence pour lui-même. Jim se retrouve au régime et chargé de la nouvelle rubrique gastronomique du journal.

Mon avis :

Voici une des premières enquêtes de Jim Qwilleran, bien avant qu’il ne devienne riche, grâce à un héritage providentiel.

Il est donc obligé d’écrire une série d’articles alimentaires (dans les deux sens du terme) et se rend dans une maison d’artiste, dont l’héritier se doit d’héberger des artistes de tout bord et de toutes sortes, dont un couple de potiers. Il découvre qu’il s’agit là de Joy, son ex-fiancée, qui l’a plaquée vingt ans plus tôt.  Elle n’a pas changé – du moins, aux yeux de Jim. Elle a des problèmes de couple – c’est embarrassant. Elle ne choisit pas la voie la plus simple pour les résoudre – l’avenir prouvera à Jim qu’il avait raison (je ne vous dirai pas à quel sujet).

Tout semblerait presque paisible, n’étaient des faits qui, pris isolément, étaient déjà dramatiques, mais mis bout à bout, crée un climat de peur et de suspicion dans ce qui devrait être un havre de paix. Autant dire que les nerfs de Qwill sont mis à rude épreuve. Sous tension, presque seul avec ses deux siamois contre tous, il doit répondre coup par coup à chacune des manoeuvres de son adversaire – et aux réactions des autres locataires, parfois extrêmement angoissantes. Et si le chat voit rouge, c’est parce que cette enquête est l’une des plus sanglantes de la série – même en ne tenant pas compte des suicides et morts accidentelles.

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Le monde de la chasseuse de la nuit, tome 2 de Jeaniene Frost

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Cette lecture commune est organisée par Dex de Livraddict. Comme d’habitude (ou presque), j’ai une journée de retard pour rédiger mon avis.

Présentation de l’éditeur :

Kira Graceling, détective privé à Chicago, aurait dû passer son chemin. Mais son sens du devoir lui interdit d’ignorer les gémissements de douleur qu’elle entend. La victime, Mencheres, est un maître vampire qui pensait n’avoir plus rien à découvrir de la vie. Jusqu’à ce que Kira entre dans la sienne : intrépide, adorable et humaine, elle n’hésite pas à braver la mort pour le sauver. Il brûle d’amour pour elle, mais le danger se rapproche, et Mencheres doit choisir entre la femme qu’il désire et un plongeon dans la plus noire des magies.

ban-alpha-et-omega-2Mon avis :

J’aime beaucoup l’univers de Cat, la chasseuse de la nuit. Dans ce second livre dérivé de la saga, elle se trouve au second plan, c’est Mencheres, un des plus vieux vampires « amis » de Bones qui en est le héros.

Et le héros est fatigué – au début. Avoir plus de quatre mille ans pour un vampire est usant – on ne le croirait pas, et pourtant si, au point que Mencheres s’est fait avoir comme un débutant par des goules et qu’il n’a dû son salut qu’à une charmante détective, qui s’est donné pour mission de sauver une vie chaque fois que c’était possible. Pour l’occasion, je ne sais pas quel terme employer, mais elle a bel et bien sauvé Mencheres, avant de se retrouver plonger à ses côtés dans un piège machiavélique. (Note : les goules n’ont rien à voir avec ce piège. Néanmoins, nous apprendrons au cours du roman comment notre vampire, grand-père de Bones, excusé du peu, s’est retrouvé dans une situation pareille).

En quatre mille ans, le beau vampire a eu largement le temps de se faire des ennemis. Il en a en tout cas un, et il est tenace. Maniant avec délectation les règles de la communauté vampirique que Kira ne maîtrise pas du tout (cela viendra), il a tôt fait de la prendre au piège, d’une manière que je ne vous révèlerai pas. Je tiens seulement à préciser que ce n’est que le début de la conspiration de ce cher Raj contre son vieil ennemi Mankaouré (le petit nom de Mencheres).

J’ai passé un bon moment de divertissement avec ce roman. Kira est un personnage très intéressant, et il ne m’étonnerait pas qu’elle devienne très ami avec Cat. Elle aussi a une histoire personnelle complexe, entre famille décomposée, vie amoureuse compliquée, vie professionnelle ardue. J’ajoute que Kira chérit plus que tout sa petite soeur, Tina, atteinte d’une maladie génétique et qu’elle aimerait bien que son petite frère se retrouve dans le droit chemin. Gageons que son avenir, lié désormais à Mencheres, ne soit très différent de ce qu’elle avait imaginé jusqu’ici.

A quand le prochain spin-off ?

Challenge Molière : le billet bilan

moliere-1318954748Je n’avais pas encore rapatrié ce billet sur ce blog. C’est maintenant chose faite.

Pensionnaires (deux œuvres) :

Anne (des mots et des notes)
Le malade imaginaire

achille 49

Ela.

son article de présentation

Piplo
son article de présentation

Syl

Un chocolat dans mon roman

Yukarie

Sociétaires (quatre œuvres) :

Anouchka (l’univers d’un rat de bibliothèque)

Patacaisse

l’école des femmes

Sociétaires honoraires (six œuvres et plus):

Aymeline
Don juan ou le festin de pierre (téléfilm)

bookworm

George 
la jalousie du barbouillé
Le médecin volant
Les femmes savantes

Marie 
Les précieuses ridicules

Meloe

les précieuses ridicules

Philisine Cave

Les fourberies de Scapin
Les précieuses ridicules
Les femmes savantes
L’avare de Molière

Le misanthrope

Rose

Sharon
Le sicilien ou l’amour peintre de Molière

Le malade imaginaire

Moliere

L’année du volcan de Jean-François Parot

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Présentation de l’éditeur :

1783, l’éruption gigantesque d’un volcan en Islande provoque d’importants changements climatiques. La terre se réveille : tremblements de terre, tempêtes… affaiblissent tous les pays d’Europe, la France en particulier. Le royaume commence à vaciller, les caisses se vident.
Nicolas est convoqué par la Reine. Il est chargé d’enquêter sur la mort violente d’un de ses proches : le Vicomte de Trabou. L’homme est mystérieux, il fréquente le monde de la finance. Ne cherche-t-il pas à camoufler une affaire de fausse monnaie ? Tous les moyens sont-ils bon pour combler l’immense déficit du Trésor royal ? Voilà une affaire qui n’est pas sans nous rappeler quelques événements contemporains…

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Mon avis :

Revoilà Nicolas, entouré de ses amis de toujours pour mener une nouvelle enquête.

Nous sommes en 1783, et la situation financière de la France n’est pas des plus brillantes. Si la révolte ne gronde pas encore, Nicolas, qui s’est retiré un temps dans ses terres de Bretagne, a pu voir de près les conditions de vie des paysans et des hobereaux de province, qui se sentent délaissés par le roi. N’ont-ils pas combattu, eux aussi ? Ne se retrouvent-ils pas, à déposer l’épée pour donner un coup de main à leurs paysans dans les champs ? Tous ne sont pas ainsi, et certains se vengent sur leurs gens de l’ingratitude de la cour.

C’est la cour, justement, qui confie une nouvelle enquête au marquis de Ranreuil. Une enquête secrète qui commence mal, puisque la reine cache certains éléments à Nicolas et lui recommande de ne rien dire au roi – autant dire que l’affaire est grave, et ne préfigure que trop une histoire qui mettra en scène un collier… et déshonorera définitivement la reine. Parallèlement, Nicolas devra enquêter sur des pamphlets qui mettent en cause la reine, mais aussi un certain marquis, qui a eu un fils avec une fille de joie. Il a déjà dû subir des attaques personnelles, il n’a jamais autant senti à quel point les conséquences pourraient être graves pour l’avenir de son fils.  Il ne lui faut guère de temps pour trouver le lien entre les deux enquêtes, la secrète et l’officielle : reste à savoir qui, parmi les proches de la reine, a pu trahir. Le pourquoi est bien plus aisé à découvrir, en ces temps incertains.

Le commissaire au Châtelet voit partout les signes que ceux qui devraient montrer l’exemple se complaisent dans les excès. Même les ordres religieux, sous couvert de charité, se mêlent à des trafics, en maniant un discours rempli de dévotion. Tartuffe n’est pas loin ! Quel contraste avec le chanoine Le Floch, dont Nicolas se souvient avec émotion, ou avec Pierre, son ami d’enfance, devenu évêque, qu’il espère revoir bientôt.

Dans cette enquête, que la raison d’état censurera, Nicolas verra la mort de très près à deux reprises. De plus superstitieux sombreraient dans la terreur, et je ne dis pas que ces nuits ne seront pas hantés par des cauchemars – il faut dire que ses amis, pour prévenants qu’ils soient, ont des méthodes efficaces mais originales pour lui porter secours. Cependant, notre héros ne renonce pas, même si le dénouement le place dans une situation encore plus périlleuse que celles qu’il dut affronter lors de son périple.

A quand une nouvelle enquête de Nicolas Le Floch ? Portera-t-elle sur l’affaire du collier ?