Archive | 26 juillet 2013

Tous les matins du monde

tous-les-matins-du-monde_affiche

Je crois que je parlerai davantage de moi que du film dans ce billet. Je l’ai découvert d’abord par la musique, que j’ai immédiatement aimé. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai écouté le CD, à l’époque, sans l’associer aux images, et j’ai eu beau voir le film plusieurs fois depuis, je les dissocie toujours.

Je ne lisais pas Première à l’époque (quinze ans que j’y suis abonnée, maintenant), je lisais encore le journal de Mickey et une chanteuse de l’époque avait déclaré dans les colonnes de ce prestigieux journal avoir détesté ce film, qu’elle jugeait prétentieux. Quand j’ai enfin vu le film pour la première fois – à la télé, avec Lise-Marie, j’ai eu une certitude : cette jeune personne était une très mauvaise critique, et ne connaissait pas grand chose à la musique. J’ai presque envie d’ajouter une lapalissade : ce n’est pas parce qu’un personnage est prétentieux que le film l’est.

Tous les matins du monde cède d’abord à un aspect pratique : pour son premier rôle, Guillaume Depardieu joue Marin Marais, jeune, et partage le personnage avec son illustre père. C’est la première fois, ce n’est pas la dernière (je pense au Comte de Monte-Christo, pour TF1). Guillaume ne quittera jamais réellement l’ombre de son père, et sa disparition prématuré m’a attristé plus que je ne saurai dire.

Face à eux, Anne Brochet, excellente dans le rôle tourmenté de Madeleine, la fille aînée de Sainte-Colombe. Depuis, je n’ai pas l’impression qu’elle ait à nouveau trouvé un rôle à sa mesure. J’espère qu’il n’en est pas de même au théâtre. Elle a été récompensée du césar du meilleur second rôle féminin – je me demande bien quel pouvait être le premier ! Séduite, abandonnée, absolument seule enfin, Madeleine n’est que douleur – plus encore quand elle se rend compte de qui est vraiment l’homme qu’elle a passionnément aimé. Sa soeur Toinette s’en est beaucoup mieux sortie.

Je n’ai garde d’oublier monsieur de Sainte-Colombe, personnage central plus que Marin Marais à mes yeux. Veuf, il ne parvient pas à oublier sa femme, et élève ses filles du mieux qu’il peut. S’il n’est pas démonstratif, son amour pour ses filles ne peut être nié. Sans être historienne de formation, mais pour avoir beaucoup lu les registres d’état civil, les veufs se remariaient rapidement, surtout s’ils avaient des enfants. La « belle-mère » est une réalité, dans le théâtre de Molière ou les contes de Perrault. Monsieur de Sainte-Colombe ne peut se remarier, tant son amour pour sa femme est vivace. Il la « voit ». Hallucination ? Fantôme ? Madame de Sainte-Colombe est au centre des plus belles scènes du film (la barque, en pleine nuit, avec les Leçons de Ténèbres de Couperin).

Film de cour, Tous les matins du monde l’irrésistible ascension d’un homme pour qui la musique était au début un moyen, non un but ou une passion. Il en aura fallu du temps – pour changer

Pour terminer, cet extrait de la BO du film :

Georges Dandin de Molière

DandinMon résumé :

Georges Dandin se lamente. Il a beau avoir réalisé son ambition, c’est à dire être anobli par son mariage, il ne décolère pas : sa femme, née de Sotenville, le méprise. Pire, il est sûr qu’elle le trompe ! Comment le prouver à ses beaux-parents ?

moliere-1318954748

Mon avis :

George Dandin n’est pas la pièce la plus connue de Molière. Et pourtant, elle devrait être remise au goût du jour car elle figure en bonne place du programme de l’éducation nationale. Elle présente quelques atouts pour séduire… les élèves : elle est écrite en trois actes et en prose.

Elle reprend des thèmes chers à Molière : le mariage et la condition des femmes. Elle parle aussi des « roturiers » qui aspirent à l’anoblissement, thème qu’il reprendra dans Le Bourgeois Gentilhomme. Si monsieur Jourdain reste sympathique, ce n’est pas le cas de Georges Dandin. Je ne parviens à aucun moment à le plaindre, en dépit de ses humiliations successives. Il a conclu son mariage avec ses beaux-parents, sans même tisser des liens avec sa promise : si l’amour n’était pas de mise à l’époque, entretenir des goûts communs, un peu de tendresse et de galanterie était normal, Georges semble ne pas le savoir, lui a changé d’état par son mariage. Même, sa violence est effrayante, lui qui veut réduire en compote le visage d’Angélique. Seule la condition de sa femme le retient. Quel homme que ce George Dandin.

Le seul mariage qui sera conclu (passage obligé dans une comédie) aura lieu entre deux serviteurs, Claudine et Lubin – pauvre Dandin, qui n’a que Colin, pas très doué, pour le servir. Angélique a su s’attacher les soins de sa suivante, toujours prête à l’aider , et à mener Lubin par le bout du nez. Dandin, lui, est toujours seul, comme le prouvent ses nombreux monologues. Il n’envisage plus comme seul recours que le suicide. Nous sommes dans une comédie, et nous savons, comme le savaient les spectateurs de l’époque, qu’il ne peut mettre pas cette menace à exécution. Il se ressaisira – et tout recommencera, comme le prouve la construction répétitive de chacun des actes.

logo3