Archive | 13 juillet 2013

Les plumes à thème n° 8

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Résumé rapide des épisodes précédents : Gaël de Nanterry, docteur ès vampire et loup-garou, dirige maintenant un pensionnat de louveteaux garous, à flux constant d’élèves. Après avoir dirigé de main de maître une course d’orientation, autorisé la réouverture du club théâtre « sauce garou », il vient tout juste de commencer à dire tout le bien qu’il pense de lui à son rival en amour.

 

Je n’eus pas le temps d’en dire plus : Anatole, élève de 5e Bleu, m’avait rejoint, effaré.

         Nous avons un problème. Madame Cobert et Madame Lecerf vous attendent à la Fontaine.

Après la forêt, le grand bain. La Fontaine est le nom du local où sont entreposés les canoës et autres rames utiles pour les exercices aquatiques. Double ravissement : j’avais planté là Jarrod, mon rival, et j’étais sur le point de rencontrer madame Cobert.

 

         J’ai appelé les poul… les fl… la police.

         Merci ! répondis-je spontanément.

La femme qui se tenait devant moi était de taille moyenne, costaude – très – les cheveux coupés courts. Si son apparence n’y suffisait pas, sa voix profonde et chaleureuse de contralto imposait le respect immédiatement. Assise par terre, une frêle jeune femme était recroquevillée, un paquet de bonbons sur les genoux. Elle n’y touchait pas.

         Comment est-ce arrivé ? demandais-je.

         Sylla et moi, nous sommes descendues au bassin quand nous avons su que vous alliez reprendre le club théâtre.

          ???

         Ah, vous n’êtes pas au courant ? La représentation de fin d’année a lieu en plein air – la fraîcheur, c’est toujours agréable en été. Là, et elle désigna la pente que je venais de descendre, nous construisons les gradins et des escaliers.

         Puis, intervint Sylla, jouer dehors est un défi. Quand les spectateurs préfèrent regarder les canards voler plutôt que vous, c’est la preuve que vous n’est pas suffisamment bons.

Son trouble semblait se dissiper. Elle se mit d’aplomb, et désigna une forme noire, dans le bassin.

         J’avais glissé et pour éviter une chute, je me suis rattrapé au bras de Katia. J’ai alors vu un objet à la dérive.

         Personne n’est venu ici depuis quatre jours, et les élèves sont bien trop respectueux de nos installations pour y jeter des détritus.

    Je me suis approché, et j’ai vu que c’était un chapeau. En dessous, il y avait… ça.

Pour résumer, elle avait aperçu une voiture qui reposait, presque à la surface, avec, à son volant, une silhouette bien connue : mon prédécesseur. – – Elle s’était évanouie, effectuant ainsi une belle cascade, commenta Katia.

         Qui a affirmé que monsieur Gervois avait été vu, à l’aube, en train de quitter le collège ?

Je ne rappelais pas que les on-dits précisaient qu’il l’avait fait dans le coffre de sa voiture.

         Ah ! s’exclama Katia, vous aussi, vous vous êtes posé la question. En fait, il avait écrit une grande lettre où il expliquait que le dernier incident avait été la goutte d’eau qui avait fait déborder la piscine, que les circonstances troubles de la disparition de sa réserve personnelle de bouteilles (de quoi ouvrir un débit de boisson) n’ayant toujours pas été éclaircies, il jugeait prudent de remettre sa démission et de quitter l’établissement.

         Ce n’est sans doute pas lui qui l’avait écrite.

                Si ce n’est lui, c’était bien ses fautes d’orthographe ! s’écria Sylla. Une bonne douzaine !

Elle avait repris des couleurs, tant mieux.

         Je crois que la police est là !

Mieux que la police, une enquêtrice hors pair : ma cousine Nick ! Ma gorge se serra alors que je courais vers elle : je la croyais encore à l’hôpital ! Je l’enlaçais, au mépris des convenances, de son équipe, et de ses béquilles.

         Trésor, comme c’est gentil de venir m’accueillir ! Quand je pense qu’oncle Eric pensait que ce poste serait reposant, c’est réussi ! Heureusement que je veille au grain. Pour résumer la situation, une voiture a fait une petite baignade dans le bassin, avec son conducteur. Ma présence me laisse à penser qu’il n’est pas mort par noyade.

Très vite, techniciens et plongeurs occupèrent la scène. Je rejoignis les deux professeurs, et les présentais à ma cousine, madame Cobert – Katia – et madame Lecerf – Sylla. Elles me regardèrent, étonnées.

         Je crois qu’il y a une petite erreur, commença Katia.

         Je suis madame Cobert, professeur de français, précisa celle que j’avais désigné comme une « frêle jeune femme » et voici madame Lecerf, professeur de mathématiques. Mais vous pouvez m’appeler Dracula, comme les élèves. Enfin, s’il m’avait vu, ils auraient sûrement trouvé un autre surnom.