Archive | 20 mai 2013

V comme vampire chapitre 20

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Résumé : à la fin du conflit qui opposa vampire, loup-garou à d’autres créatures fantastiques, Gaël de Nanterry est devenu principal interimaire dans un collège pour louveteaux garous. Séparé de Silas, il voit pourtant celui-ci surgir en plein pensionnat, à la tête d’une équipe de Trolls chargés de reconstruire quelques salles dévastées. Qu’à cela ne tienne : une bonne course d’orientation devrait remettre les idées en place chez certains louveteaux trop curieux.

Sifflement strident. Un coup à rendre sourd un vampire deux fois millénaires.

Oui, c’était bien moi qui venais de souffler dans le très joli joujou qui m’avait été remis en même temps que ce poste de principal. Dans la plaine de Bord, les louveteaux de 5e sont tous réunis, piaffant d’impatience devant l’épreuve qui les attend.

–          Je vous rappelle les grands principes de la course d’orientation. Par équipe de quatre, vous devez traverser la forêt, repérer les balises ennemies et gagner le point de ralliement en comptant uniquement sur votre instinct, c’est-à-dire en gardant toujours les yeux bandés. Le but n’est pas seulement d’arriver en tête, mais d’arriver sans aucune blessure. L’alpha de chaque classe vous aidera, n’hésitez pas à avoir recours à lui ! Allez !

J’aurai dit : « rompez ! », je n’aurai pas produit autant d’effet. Les louveteaux se mirent en position de départ et s’éparpillèrent.

Je fermais les yeux et suivis leur traces mentales. Je m’étonnai moi-même d’y parvenir. A croire que ce qui m’était arrivé avait fait de moi un vrai garou.

Les professeurs étaient depuis longtemps dispersés dans le bois, au moins aussi impatients que les élèves. Mon prédécesseur n’en avait pas organisé une seule. Je me demandais ce que les élèves avaient pu lui faire pour qu’il parte ainsi.

–          J’ai surgi dans sa chambre, métamorphosé, au beau milieu de la nuit. Il a cru qu’il cauchemardait.

J’ouvris les yeux et découvris l’alpha de la 5e Bleu qui trottinait à mes côtés.

–          S’il n’avait pas interdit les entrecôtes au petit déjeuner, s’il ne nous avait pas interdit les métamorphoses après l’extinction des feux…. Puis, qui peut avoir peur en voyant un louveteau garou ?

J’avais bien quelques noms en tête, je les gardais pour moi. Une des équipes s’était complètement fourvoyée et Anatole – le petit Alpha – se devait de les guider.

–          J’espère que nous ne vivrons pas de guerre car je crains… Evite l’arbre andouille… que les pertes ne soient grandes… j’ai dit « évite l’arbre ! ». Je sais qu’il ne peut pas m’entendre, précisa-t-il en me regardant. Cependant, verbaliser mes ordres m’aide à mieux les visualiser.

Une heure, deux heures passèrent. Presque tous les groupes avaient terminé le parcours et aucun incident majeur n’était à déplorer, juste quelques bobos. Monsieur Frédéric, le professeur de mathématiques, était ravi, en dépit d’une collection d’hématomes en pleine guérison : il s’était porté au secours d’un groupe et s’il lui avait évité un chêne centenaire, lui était tombé tout droit dans ses branches.

–          On remet ça le mois prochain ?

–          Si je suis toujours en poste, oui.

L’intendant courait aussi vite que ses facultés de loup-garou le lui permettait. Il tenait à servir un repas grandiose à SES louveteaux.

Soudain, la qualité de l’air changea. Mes narines frémirent.

Non, je vous rassure : je ne sentais pas de danger immédiat. Ou plutôt si : je sentais que la personne qui approchait courait un grand danger si elle tombait sous ma patte entre mes mains.

Oui, j’avais changé. Surtout depuis que je rendais visite à ma cousine Nick, qui avait eu les deux jambes broyées lors du combat. Les facultés de régénération des loups garous n’étaient plus ce qu’elles étaient.

–          Quelque chose ne va pas ?

Anatole avait posé sa main sur mon bras, tentant de m’envoyer un peu de son allégresse. L’esprit de meute a du bon, et je ne voulais pas décevoir mes élèves.

–          Rien. Presque rien. Rien qui puisse vous faire souffrir.

Par contre, j’avais une folle envie de me jeter à la gorge du nouveau venu et de lui faire avaler son sourire jusqu’à son estomac – au minimum.

Jared. Quel bonheur de le voir arriver ici …

–          Vous voulez une petite entrecôte, monsieur le principal ?

–          Pas de refus, Anatole.

–          Du ketchup, de la moutarde ???

–          Amène tout ce que tu peux Anatole, ne lésine pas.

Et zut ! Alors qu’Anatole trottinait vers la table du goûter – pas dévastée, nos louveteaux avaient de la tenue, Jared s’approchait de moi. Zut, zut, et zut.

–          Bonjour Gaël, je crois…

La suite est « je crois qu’il faut qu’on parle » et autres blablas sirupeux.

–          Je crois que vous feriez mieux de partir, dis-je en découvrant légèrement mes dents.

Un très léger contrecoup des nombreuses transfusions vampiriques que j’ai dû subir. Effet garanti. Mais pas totalement. Jared écarquilla les yeux, avant d’ajouter :

–          Vous n’oseriez pas ?

Bien sûr que si ! Et c’est bien ce qui m’effrayait : je me sentais très capable de le mordre, juste pour qu’il disparaisse à tout jamais. J’étais même persuadé que mes élèves m’aideraient à me débarrasser de son corps. L’esprit de meute a du bon.

Oui, j’avais beaucoup changé. Pas au point de zigouiller mon rival heureux. Quoique…