Maigret à New York de Georges Simenon

Maigret

Mon résumé :

Maigret a 56 ans et goûte une retraite bien méritée. Cependant, quand le jeune Jean Maura lui demande de l’aide car il pense son père en danger, Maigret hésite peu. Le voilà parti pour New York.

Mon avis :

On peut ne pas aimer Maigret. On peut même le décrier largement. On peut dire aussi qu’il est passé de mode. Je synthétise ainsi des propos que j’ai entendu ici ou là dans des émissions littéraires. Maigret ? Plus personne n’y pense, voyons !  Pourtant, il est bien là, inconsciemment, quand des cinéastes veulent montrer que le 36, quai des orfèvres, ce n’est pas cela  – et je ne pense pas qu’ils fassent référence à Navarro ou Julie Lescault. Le modèle du policier actuel au cinéma est un cliché tenace montrant un flic alcoolique, violent, pour ne pas dire ripoux et drogué, dont la vie privée est un fiasco. Et si je parle cinéma et télévision, c’est parce qu’un nouveau modèle de flic en littérature a bien du mal à percer dans les lettres françaises, et ce n’est pas faute d’auteurs talentueux.

Aussi, je le dis, j’aime Maigret, j’aime relire ses enquêtes, qui ne parlaient encore ni d’experts, ni de profiler, ni de tueurs en série. Bien sûr, Simenon a parfois utilisé des procédés tirés par les cheveux pour emmener son commissaire hors des sentiers battus. Qu’importent les procédures, tant qu’on a l’ivresse littéraire, et je préfère lire ses enquêtes hors normes à trois pages d’autopsie dans un thriller.

Maigret n’est plus commissaire dans ce roman, il est à la retraite, après trente ans de bons et loyaux services. S’il se rend à New York, c’est pour aider un jeune homme angoissé à l’idée qu’il puisse arriver malheur à son père tant aimé. Il se rend aux Etats-Unis par bateau, comme un immigrant qui cherche la terre promise, et ce n’est pas ce qu’il y trouvera.

Ne pas se fier aux apparences semble un des mots d’ordre. Etre attentif à ce qui est dit, à ce qui ne l’est pas, au langage du corps et surtout, au regard, qui révèle ce qui n’aurait pas dû être dit. Dans un pays qui n’est pas le sien, sans réel pouvoir d’enquêteur, Maigret va, du coeur de Nex York flamboyant aux bas-fonds de Harlem, à la recherche de ce qui était caché. Son enquête le mènera bien plus loin qu’il ne le pensait, ou plus près, cela dépend de quel point de vue on se situe. Comme toujours chez Simenon, le crime fait irruption dans des existences ordinaires, et les conséquences sont terribles. La lâcheté et la bassesse ont rarement des limites, en France ou aux Etats-Unis – Maigret à New York, ou un modèle du genre pour l’analyse de la bourgeoise provinciale étriquée, mais aussi de la grandeur des petites gens qui gardent leur dignité, même dans la pauvreté la plus sordide.

Et plus qu’un long discours (quoique, mon billet est relativement long), voici quelques extraits :

Il y a quinze jours, je n’avais jamais entendu parler de Jean Maura ni de Little John. Il y a quatre jours, j’ignorais jusqu’à l’existence de Jos Mac Gill et ce n’est qu’hier, chez un vieux monsieur importent,, qu’une voyante m’a parlé d’une certaine Jessie.
Et vous voudriez que j’ai une idée précise sur chacun d’eux ?

Cela signifiait, en somme, que les personnages du drame venaient, pour lui, de cesser d’être des entités, ou des pions, ou des marionnettes, pour devenir des hommes.
Et ces hommes-là, Maigret se mettait dans leur peau. Il s’acharnait à se mettre dans leur peau.
Ce qu’un de ses semblables avait pensé, avait vécu, avait souffert, n’était-il pas capable de le penser, de le revivre, de le souffrir à son tour ?

challenge-ny-2013

12 réflexions sur “Maigret à New York de Georges Simenon

  1. J’aime ton billet et ton plaidoyer pour une littérature policière digne de ce nom même si évidemment on peut le trouver « démodé » ! Là n’est pas le nerf de la guerre, il faudrait que j’en relise un à l’occasion ! C’est bon aussi de lire des livres qui ne ressemblent pas à des torchons !!! (tu vois de quoi je parle^^) !!! 😀

    • Il y a encore cinq/six ans, des auteurs n’hésitaient pas à le citer comme modèle. Maintenant, à un écrivain (dommage que je ne me souvienne plus de son nom) à qui on citait Maigret, celui-ci répondit que plus personne ne se référait à ce personnage, c’était démodé.

  2. Pingback: Challenge New York en littérature 2013 : top départ | Bienvenue sur Enlivrons-nous

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