Archive | 9 mai 2013

Casco Bay de William G Tapply

cascoQuatrième de couverture :  

Sept ans après le mystérieux accident qui a effacé sa mémoire, Stoney Calhoun a repris sa paisible existence de guide de pêche, partagée entre la boutique de la belle Kate Balaban et sa cabane isolée dans les bois du Maine. Jusqu’au jour où, sur une île inhabitée de Casco Bay, il découvre un cadavre entièrement carbonisé. Peu de temps après, le client qui l’accompagnait est assassiné. Malgré ses réticences, Calhoun est entraîné dans l’enquête du shérif Dickman et ses vieux réflexes reviennent.
Casco Bay, la deuxième aventure de Stoney Calhoun, nous emmène une nouvelle fois dans les paysages marins du Maine qui laissent peu à peu resurgir les fantômes d’un passé menaçant.

Mon avis :

J’ai un regret en refermant ce livre : savoir qu’il ne me reste qu’un seul roman de William G Tapply à découvrir. J’aurai rarement lu une série policière américaine d’un tel niveau – et ces lectures font du bien. D’ailleurs, l’étiquette « policière » est bien trop restrictive pour cet ouvrage. Casco Bay, tout comme Dark Tiger, est un splendide roman, à l’écriture poétique.

En moins de trois cents pages, tout est dit, et pourtant William G Tapply aura pris le temps de poser son intrigue, de caractériser ses personnages, de nous les rendre attachants, mystérieux, pétris de doute ou de certitude. Les paysages du Maine sont-ils magnifiques ? Je ne saurai le dire, je sais que l’auteur les rend superbes, par ses descriptions fines et justes.

Et au milieu, Stoney Calhoun. Il n’a pas tiré un trait sur son passé, c’est son passé qui s’est effacé. Son passé se compose uniquement des sept dernières années, des rêves qu’il fait, parfois, et des réflexes que son corps à conserver, comme cette aptitude  à se défendre en toutes circonstances. Il vit au milieu de la nature, et même s’il n’entend plus d’une oreille, celle qui lui reste lui permet de reconnaître une voiture précise au bruit de son moteur, ou de percevoir une présence anormale non loin de sa maison. Il a également une mémoire photographique. Et un attachement aux morts. Son meilleur ami (son seul ami depuis son réveil dans un hôpital sept ans plus tôt) a été assassiné, pourtant il continue de rêver, de penser à lui, d’espérer que là où ses cendres reposent, il est apaisé. J’aime qu’un auteur tisse ainsi une trame narrative d’un tome à l’autre, et aussi que les victimes des crimes soient au centre du livre, et non la traque effrénée et sanglante du coupable.

Je vous rassure : oui, il y a bien une enquête, menée par le sheriff et son tout nouvel adjoint, quasiment à son corps défendant, Stoney. Il ne veut plus de violences, quelle qu’ait été sa vie avant l’accident. Seulement, c’est chez lui que le meurtre a eu lieu, c’est un homme qu’il a trouvé immédiatement sympathique qui a été tué – un homme sans histoires, sauf celles qu’il racontait dans ses romans. Pour que la violence cesse, pour que justice soit faite, il accepte la proposition du sheriff. Leur enquête leur fera découvrir des êtres brisés – parce qu’un jugement rendu au tribunal ne répare pas les blessures affligées, qu’elles soient physiques ou morales. Elle leur fera aussi découvrir des êtres qui se prennent pour des justiciers. Ce n’est pas nouveau, comme nous le raconte Stoney, en parlant du destin tragique des deux cents habitants de Casco Bay, morts une centaine d’années plus tôt, à cause, sans doute, du sens de la justice très particulier de certains américains bien pensants. Le passé n’a pas fini de nous hanter, surtout quand il est aussi bien raconté.

Casco Bay est un de mes coups de cœur de cette année 2013.

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