Archive | 4 mai 2013

Seuls les morts ne rêvent pas.

rêvent

Quatrième de couverture :

« Et si c’était lui, le mort et les autres, les vivants ? Et qu’il ne pouvait pas les voir parce qu’il se trouvait déjà de l’autre côté du mur
invisible de la mort ? Seuls les morts ne rêvent pas. C’était peut-être  pour ça qu’il ne voyait pas d’autre être humain qu’un Indien dans de
vieux vêtements ? Parce que Lance était mort et l’Indien aussi, et que les morts ne voyaient que les morts… »

Cap au Nord
V. S.

Mon avis :

Le titre en lui-même est sublime. Il est de plus parfaitement justifié par le cours de la narration.

A une époque où il est extrêmement facile d’écrire des suites parce que le premier tome a eu un gros succès, cette trilogie échappe – je l’espère – à la règle en constituant un tout en elle-même.

Ce qui fait sa singularité est le changement entre les deux tomes. Le premier montrait un foisonnement de personnages autour de l’enquête, entre policiers locaux et agents du FBI, sans oublier l’enquêteur venu de Norvège, autant celui-ci se recentre sur Andy et Lance, les deux frères, partis à la chasse au cerf comme tous les ans depuis plus de vingt ans en ce mois de novembre. Lance suspecte son frère d’avoir tué le jeune norvégien, il le suspecte aussi de savoir que Lance sait qu’il l’a tué. Mais que sait Andy, exactement ?

Nous ne le savons pas, et là est le tour de force de ce roman, d’utiliser un narrateur à la troisième personne tout en gardant le point de vue de Lance, quoi qu’il advienne. Et pour caractériser Lance, nous avons ses paroles, ses pensées, mais aussi ses actes et les trop rares paroles de son frère. Tout l’art de la narration est là, dans ce huit-clos à ciel ouvert.

Puis une autre voix s’élève, dans des chapitres en italique. Celle d’un jeune norvégien qui traverse la forêt au début du siècle dernier pour rejoindre son oncle et sa tante, et qui manque de mourir de froid. Celle d’un jeune homme très croyant qui se demande s’il va s’en sortir et vivre la vie dont il rêvait, avec son propre bateau et de la soupe à manger en abondance tous les soirs. Celle d’un homme qui sait ce qui est arrivé à Swamper Carribou, l’indien Ojibwa porté disparu dont la mort n’a jamais été élucidé.

Dans une nature qui semble paisible, Lance cherche la vérité sur lui-même, sur son frère et se retrouve à nouveau confronté à un choix, lui qui a tant de mal à porter celui qu’il a déjà fait dans le tome précédent. Je n’aime pas les scènes de violence, et dans ce livre, deux scènes sont particulièrement choquantes, y compris la façon dont les personnages réagissent à leur propre violence. Je n’ai pas du tout apprécié ces scènes mais, contrairement à d’autres scènes du même genre, je ne vois absolument pas comment elles auraient pu être écrites autrement, tant elles nous en apprennent sur la personnalité de leurs auteurs.

Plus qu’un tome, et je saurai le fin mot de cette trilogie.

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