Archive | avril 2013

Le bleu de la nuit de Joan Didion

le bleu de la nuit

Quatrième de couverture :

Tout le monde se souvient de L’Année de la pensée magique, le récit que Joan Didion avait consacré à la mort de son époux. Or, quelques semaines à peine avant la parution de ce livre aux États-Unis, en 2005, une nouvelle tragédie frappait Joan Didion : la mort de sa fille adoptive, Quintana, des suites d’une longue maladie.Après avoir érigé un inoubliable tombeau littéraire à l’homme de sa vie, Joan Didion adresse, dans Le Bleu de la nuit, un vibrant hommage funèbre à leur fille.
Mon avis :
Simplement magnifique et évident.
Je n’ai pas envie d’écrire une chronique pompeuse, pleine d’emphase, car elle irait à l’encontre de ce qu’écrit Joan Didion sur sa fille. Elle évite absolument le pathos pour écrire les seules choses qui lui restent, les souvenirs. Les souvenirs, c’est ce qu’on ne veut plus se rappeler, dit-elle.
Se souvenir inlassablement, notamment des jours les plus heureux – l’adoption de sa fille, le jour de son mariage – répéter comme un mantra les mêmes phrases, prononcées par sa fille, les replacer dans leur contexte, écrire, en donnant l’impression de se jeter sur les mots à coeur perdu, sans retour en arrière possible, telles sont les impressions qui se dégagent pour moi à la lecture de ce texte.
Joan Didion s’interroge – sur le vieillissement, sur la maladie, sur la maternité, sur l’adoption – manière de refaire le chemin à l’envers, de rechercher d’où venaient les angoisses et les hantises de sa fille. J’ai ressenti dans son écriture le poids de la culpabilité – celle d’une mère qui survie à son enfant. Il n’est d’ailleurs question à aucun moment de consolation – mais du vide immense laissée par la mort de sa fille.
Le bleu de la nuit est une oeuvre sensible et puissante. J’espère que vous la lirez, et que vous l’aimerez aussi.

Le mystère Sherlock

Sherlock

Présentation de l’oeuvre :

Meiringen, Suisse. Les pompiers dégagent l’accès à l’hôtel Baker Street. Cet hôtel, charmant et isolé, a été coupé du monde pendant trois jours à cause d’une avalanche. Personne n’imagine que, derrière la porte close, se trouve un véritable tombeau. Alignés dans les frigidaires, reposent les cadavres de dix universitaires.
Tous sont venus là, invités par l’éminent professeur Bobo, pour un colloque sur Sherlock Holmes. Un colloque un peu spécial puisque, à son issue, le professeur Bobo devait désigner le titulaire de la toute première chaire d’holmésologie de la Sorbonne. Le genre de poste pour lequel on serait prêt à tuer…

Mon avis :

Jubilatoire.

Même si je reste persuadée que tous ces personnages auraient surtout eu besoin de consulter un dinguologue d’urgence.

Non, pas un psychiatre, leur folie holmésienne est bien trop avancée. Impossible d’envisager la moindre guérison. Ces universitaires ne pensent ne vivent, ne respirent que pour et par Holmes, ils décortiquent la moindre de ses aventures, envisagent les hypothèses les plus farfelues, cherchent des angles d’attaques totalement inédits, n’oubliant rien ni personne, pas même le nombre de marches qui mènent à son logement.

Gare au poirotphile qui pointerait le bout de sa moustache en Suisse. Heureusement, personne n’a eu une idée pareille – sans doute parce que personne n’est aussi atteint que les dix spécialistes réunis pour ce congrès, en Suisse. Néanmoins, ils n’ont plus besoin de consulter, puisqu’ils ont trouvé non la consécration de leurs travaux, mais la mort – comme leur héros – en Suisse. Dire qu’ils n’ont même pas profité du chocolat.

Pastiche de Sherlock Holmes ? Oui, mais ce serait vraiment réducteur, tant l’oeuvre est réussie, tant l’écriture est primesautière, pleine d’humour et de saveur.  Ce roman ne cache pas non plus quelques emprunts, en forme d’hommages très relevés, à Agatha Christie et à Maurice Leblanc. Pourquoi cacher des influences quand elles sont si relevées ?

Quant à l’intrigue, elle nous offre un vrai jeu de récits enchâssés, de changements de narrateur, à défier le meilleur chasseur de pistes littéraires. L’économie de moyen est là – en quatre jours, le drame est bouclé. L’économie de personnages aussi – ils sont quatre à prendre connaissance des notes des trépassés, de leurs enregistrements parfois, et de devoir tirer les conséquences de ces écrits épars. Mention spéciale aux lettres délirantes de Dolorès – et je vous épargne les « mémoires » de JPP.  Les conclusions sont peut-être sujets à cautions, mais après tout, ce n’est pas Sherlock qui menait l’enquête, c’est Lestrade.

petit baclogo77158740_p

Home de Toni Morrisson

home

Mon résumé :

Etats-Unis, années 50. Franck revient de la guerre de Corée. Il a perdu ses deux meilleurs amis, et le peu de repères qu’il avait. Un lettre, qui l’appelle au secours, lui fera refaire le chemin à l’envers, en direction de la Georgie qu’il a fui en s’engageant.

logochallenge2

Mon avis :

Le livre est court. Il n’est pas pour autant facile à lire.

Si vous avez lu un ou plusieurs autres romans de Toni Morrisson (comme moi), vous retrouverez dans celui-ci les thèmes qui lui sont chers. Le racisme, la ségrégation raciale ne sont pas des vains mots dans cette Amérique des années 50. Elle parle aussi de l’amour maternelle, ou plutôt de son absence. Ycidra, surnommée très tôt Cee, n’a pas été aimée par sa mère, ni par son père. Certes, et j’ai l’impression de parler comme une sociologue, les conditions de vie étaient terribles, et sa naissance ne s’est pas passé sous les meilleurs auspices, pourtant il me semble qu’il aurait fallu de peu de choses, d’un peu d’attention et d’amour de la part de sa mère, pour que le destin de Cee change radicalement.

Du coup, n’ayant personne à qui se raccrocher, elle s’est rapprochée de son frère, qui l’a prise sous son aile quand elle était enfant. Et c’est par amour pour elle, la seule personne qui compte encore et qui le raccroche à la vie, qu’il affronte tous ses démons pour la sauver. Ils sont nombreux. Tous ceux que la guerre de Corée a fait naître, tous ceux auxquels le racisme ordinaire et autorisé le confronte. Pour ne citer qu’un exemple, un révérend blanc lui vient en aide, mais Franck ne doit pas rentrer dans sa maison – ses filles sont là. Au final, cette traversée des Etats-Unis est l’odyssée personnelle de Franck, qui lui permet de se rappeler ses souvenirs – les pires – et de les regarder en face. Parce qu’il n’a pas d’autres solutions s’il veut sauver sa soeur.

La violence, vous l’aurez compris, est là, souvent, parce qu’elle a été souvent là dans la vie des protagonistes. Elle est toujours narrée presque de façon détournée, comme par un témoin qui n’aurait pas tout compris de ce qu’il a vu. Point n’est besoin de longues descriptions pour raconter les horreurs d’un lynchage, ou de l’eugénisme – quasiment autorisé lui aussi.

Home est un des meilleurs romans de la rentrée littéraire 2012, et un excellent roman, tout simplement.

 

50

pour la Georgie.

L’embaumeur de Boston de Tess Gerritsen

boston10

Quatrième de couverture :

Une momie retrouvée dans les réserves du musée Crispin à Boston suscite l’intérêt des historiens, et de la police. En effet, Maura Isles, médecin légiste sollicitée pour l’occasion, s’aperçoit qu’une balle est logée dans la jambe du cadavre, pourtant censé remonter à plus de 2 000 ans, et qu’un message crypté est cousu dans sa bouche. Pour Jane Rizzoli, chargée de l’enquête, aucun doute n’est possible : ils ont affaire à un assassin qui reproduit les techniques d’embaumement antiques. Des soupçons confirmés par la découverte de deux nouveaux corps, chacun conservé selon des méthodes différentes et porteur d’un message. La police doit faire vite, car le meurtrier semble avoir déjà choisi sa prochaine cible : Joséphine Pulcillo, l’une des archéologues du musée. Mêlant habilement mystères archéologiques, éléments scientifiques et meurtres sanglants. Tess Gerritsen nous régale d’un nouveau thriller à l’efficacité redoutable.
Mon avis :
Lire un roman de Tess Gerritsen est pour moi la certitude de ne pas être déçue – et aussi de retrouver une continuité entre les enquêtes. Au contraire de policiers qui ne vieillissent pas, qui me bougent pas, ou qui n’ont strictement aucune séquelle de ce qui leur est arrivé au cours de leurs multiples enquêtes, Jane Rizzoli continue à payer le prix de sa fréquentation involontaire des tueurs en série. Si sa vie privée est au beau fixe – elle a la chance d’avoir un mari compréhensif et une petite fille au caractère bien trempée – il n’en est pas de même pour ses équipiers, entre divorce et amours interdits.
Prenons Maura Isle, la reine des morts. Elle ne trouve pas le réconfort promis auprès de l’être aimé, mais auprès des cadavres qu’elle dissèque : Les cadavres étaient des sujets de discussion plus sûrs. Ils ne vous brisaient pas le coeur, ne vous décevaient jamais, ne vous laissaient pas seule le soir, contrairement aux amants.
Ce n’est pas rassurant, même pas du tout : elle ne manque pas de travail dans cette enquête, suite directe de Méphisto Club. Le pire est de constater à quel point les victimes ont été dépersonnalisées par le tueur, leur identité, tant d’années après les faits, est difficile à établir. Autant vous le dire tout de suite : le tueur représente un intéressant specimen du pire chez l’être humain. Le genre de personnes qui fait les délices des psys en tout genre, si ce n’est que rares sont ceux à avoir l’honnêteté de dire que ce cas les dépasse, et que rien, dans son histoire, dans son éducation, ne peut permettre d’expliquer pourquoi il est devenu cet être insensible.
S’il est une question lancinante, qui revient aussi bien dans ce tome que dans le précédent, c’est : comment protéger son enfant ? Là, je ne parle pas de protection ordinaire (ne parle pas à des inconnus, regarde avant de traverser) mais de protection face à un danger qui dépasse totalement l’entendement. Se voiler la face ne sert à rien, et même en explicitant le danger, en donnant les moyens de se défendre (je ne parle pas d’armes, mais de capacités à faire face à toutes les situations), l’échec est toujours possible.
Note : j’apprécie que, contrairement à certaines héroïnes particulièrement courges, Maura, Jane ou Joséphine pensent à fermer les portes à clefs, et à ne pas laisser les fenêtres ouvertes la nuit. Simple, me direz-vous. Pas pour tous les auteurs qui trouvent ainsi un excellent moyen d’introduire le tueur dans la place.
77158740_ppetit bac

La vallée de la peur de Sir Arthur Conan Doyle

peur

Présentation de l’oeuvre :

Sherlock Holmes vient à peine de déchiffrer un message codé le prévenant qu’un certain Douglas, de Birlstone Manor House, est en danger, qu’il apprend par l’inspecteur MacDonald de Scotland Yard que Douglas vient d’être affreusement assassiné. Par le signataire du message, Sherlock Holmes sait que, derrière cette affaire, se trouve son ennemi juré : le professeur Moriarty, criminel génial et machiavélique. Accompagné de son fidèle Watson, Holmes se précipite à Birlstone …

Mon avis :

Ce roman est à mes yeux le meilleur roman de Sir Arthur Conan Doyle, du moins, la meilleure enquête de Sherlock Holmes. Sa construction rappelle celle d’Une étude en rouge, en plus soignée, exploitant à nouveau les noirceurs de l’âme humaine.

Deux enquêtes, deux temps du roman. Nous sommes tout d’abord dans l’Angleterre victorienne, où un gentleman vient d’être assassiné dans d’atroces circonstances.  il faut toute la ténacité, toute l’ingéniosité de Sherlock pour venir à bout de cette enquête, et démasqué le coupable, que je vous mets au défi de trouver. On me répondra que le lecteur n’avait pas tous les éléments en main. Il en avait tout de même beaucoup, et les principaux. Il devait simplement se fier aux faits, et non à leur interprétation, et autres idées préconçues.

Après le coup de théâtre que constitue l’identité du coupable, Sir Arthur Conan Doyle nous plonge dans la Californie de l’hiver 1875. Certes, Watson et Holmes sont loin, cependant l’enquête qui y est menée est toute aussi palpitante. Dans cette vallée, renommée « vallée de la peur » par ses habitants, une société secrète sème la terreur, et plus encore. Le jeune McMurdo, qui a quitté précipitamment Chicago, découvre cette société et se fait rapidement accepter par ses membres les plus aguerris, tout en ménageant les plus timorés. Il a l’âme d’un chef, que l’on ne s’y trompe pas, et gare à ceux qui se mettent sur la route des « Eclaireurs ». Mieux ou pire qu’un western, comme vous voudrez, il faudra la présence d’un autre enquêteur, lié à une organisation qui ne cesse d’inspirer les auteurs – Pinkerton – pour que cette seconde affaire, à la hauteur de la première, soit dénouée.

Pour terminer ce billet, je mettrai simplement cette citation, encore d’actualité aujourd’hui :

La tentation de former des théories prématurées sur des informations insuffisantes est la maladie de notre profession.

Challenge-anglaislittérature cinémapetit bac

Les plumes à thème 7

Pour cette septième édition des plumes  thème, Asphodèle nous demandait d’imaginer le quatrième de couverture d’un roman, en incluant les mots Départ – salle – téléphone – heure – désir – impatience – minute – frustration – déçu – enfant – pandémonium – liste – angoisse – patience* – espoir – stupeur – galop – gifle – gigantesque.

La chapelle aux pots :

Gérard Darfeuille mène une vie agréable, sereine, exempte de toute frustration (sauf peut-être alimentaire). Après son départ de Polynésie, il a été affecté  selon son désir dans un tranquille collège rural de Normandie. Il pourra y attendre sans impatience la retraite. L’unique souci provient des gigantesques travaux de restructuration qui traînent en longueur. La liste des petites imperfections s’accroît de jour en jour, et l’espoir de rouvrir toutes les salles de classe à la rentrée se retrouve vite déçu.

Il est onze heures passé de vingt-huit minutes, et Darfeuille écoute le Pandémonium de la Damnation de Faust dans son bureau tout neuf où le téléphone vient à peine d’être installé.  Un galop retentit dans le couloir, à croire que les chevaux du pré voisin ont pénétré dans l’aile administrative.

–          Monsieur le principal, c’est horrible ! Venez ! s’écrie Gifle, le chef de chantier (une tête à claques qui porte bien son nom).

Avec stupeur, Darfeuillle constate que dans leur hâte à livrer le chantier pour le 1er septembre, les ouvriers ont un peu trop joué du marteau-piqueur. Un trou béant défigure le mur de la cantine.

–          Ce n’est pas le pire, regardez !

A l’intérieur du mur, gît un squelette et même s’il est économiste de formation, Darfeuille voit bien qu’il s’agit de celui d’un enfant. Mon Dieu, non, tout n’allait pas recommencer ?

Annunziata Degrande est l’auteur de Guillaume Berthier (prix du roman policier de Longuemare), de Fors la mort et de A pas comptés. La chapelle aux pots est son quatrième roman.

L’enchanteur des sables de Michel Honaker

enchanteur

Quatrième de couverture :

Un meurtre inexplicable a eu lieu dans le sous-sol d’un studio de télévision. Graymes, alias le Chasseur Noir, est chargé d’enquêter. Souvenirs du passé, ensorcellements et créatures étranges rythment cette traque acharnée entre le Chasseur Noir et le meurtrier.

Merci à Asphodèle pour ce cadeau. Je l’ai reçu pour mon anniversaire, lu presque aussitôt. J’ai pris mon temps pour le chroniquer.

Mon avis :

Je serai brève (si, si, j’en suis capable). Ce troisième tome est à la hauteur des précédents, et conclut cette trilogie de manière logique. Dire que l’enquête est facile serait faux, de même que prétendre que la volonté du Chasseur noir d’aller jusqu’au bout de son enquête plaît à tout le monde. Graymes est au-dessus des règles – y compris celles non écrites de son clan – parce que son fardeau est bien plus grand que celui des autres. Il aurait même pu accroître son poids après ce qu’il a fait dans ce troisième tome, mais non. Appliquer la justice, oui. Se morfondre à cause de ceux qui ont trahi, non.

La paix et la tranquilité sont-elles revenues à New York ? Non, pas totalement. Les puissances ténébreuses sont juste apaisées pour un temps.

challenge-ny-2013muti2-copie

Les rues de Barcelone de Francisco Gonzalez Ledesma

rues de Barceloneédition Folio – 336 pages.

Quatrième de couverture :

Barcelone. L’assassinat d’une secrétaire de direction dévorée d’ambition provoque bien des remous. Trois hommes vont entreprendre d’en élucider le mystère : un avocat, un journaliste et le vieil inspecteur Méndez. Rares sont, dans la littérature policière, les personnages de son acabit : malpropre, disgracieux, vulgaire, toujours prompt au sarcasme, il incarne pourtant aussi l’âme de la vieille cité. L’intrigue, conduite de main de maître, est prétexte à découvrir l’envers de cette ville aux plaies mal refermées. Oui, Barcelone est ici l’héroïne véritable : protéiforme, elle tisse sa toile vénéneuse où viennent s’engluer des êtres en transit. Et cette ballade féroce et drôle pour une ville d’exception figure au rang des chefs-d’œuvre du roman noir espagnol.
Mon avis :
Autant vous le dire tout de suit,e mon avis sur ce roman est mitigé.
L’inspecteur Mendez a beau être le héros de sept romans de Francisco Gonzalez Ledesma, il n’apparaît que fort peu dans ce roman (au bout du premier tiers), laissant la place à d’autres protagonistes, journalistes, avocats, hommes ou femmes d’affaires.  Certes, quand il se décide à enquêter, il est relativement efficace, cependant ses méthodes ne sont pas très conventionnelles, et les résultats qu’il obtient ne recueillent pas vraiment les suffrages de ses supérieurs.
La faute à qui ? Nous sommes dans la ville de Barcelone, en pleine mutation – et pourtant, les jeux olympiques n’ont pas encore laissé leur empreinte sur la ville. Nus sommes de plus en pleine période électorale, avec quelques magouilles à la clé, pour permettre quelques élections bien profitables – autant dire que pour la justice, vous repasserez, même si la victime est une jeune femme tout juste majeure, ou une ambitieuse secrétaire.
Il faut dire que la vision donnée des femmes est tout sauf positive. Les femmes mariées sont les images de la réussite de leur conjoint – ou de leur échec. Les mères sont singulièrement absentes. Les jeunes femmes ne pensent qu’à leur intérêt, quant aux jeunes filles, elles n’ont de jeunes que le nom. Même le cliché de la prostituée au grand coeur a bon dos. A croire que la seule vraie femme qui traverse le récit est Alma, travestie généreuse et honnête. J’excepte Libertad, qui traverse le roman tel un fantôme lucide, errant à la recherche de ses souvenirs d’enfance dans le quartier le plus populaire de Barcelone.
J’ai commencé un second roman de Francisco Gonzalez Ledesma qui pour l’instant me plaît mieux. Je vous donnerai mon avis sur La dame du Cachemire dès que je l’aurai terminé.
voisins-voisines-version-curlz77158740_p

Mon avis

Fantastique monsieur Fox

Fantastic mr foxPrésentation de l’oeuvre :

Dans la vallée, il y avait trois fermiers, éleveurs de volailles dodues… Le premier était gros et gourmand ; le deuxième était petit et bilieux ; le troisième était maigre et se nourrissait de cidre. Tous les trois étaient laids et méchants. Dans le bois qui surplombait la vallée vivaient Maître Renard, Dame Renard et leurs quatre renardeaux, affamés et malins…

Mon avis :

Après l’avoir lu en français voici quelques années, je le lis aujourd’hui en anglais – et c’est tout aussi bien. Le roman est différent de son adaptation, pourtant l’esprit est le même – la révolte contre la bêtise, la méchanceté et la cruauté.

Nous ne sommes pas au pays des ogres, et même si un des adversaires de Mr Fox, est gros, ce n’est pas son poids qui fait de lui un monstre, mais son comportement, tout en excès. La démesure est reine, et si les renards sont contraints de creuser – en famille – ce ne sont pas eux qui s’enfoncent.

Quel pouvait bien être le problème, au départ ? Maître Renard volait les trois fermiers, avec une régularité confondante. Il volait selon le menu que sa femme avait prévu de leur servir, à lui et à leurs quatre renardeaux. Il n’est sans doute pas le seul à voler (comme en témoignent les autres animaux qui sont contraints de rester dans leur terrier), il est le seul à catalyser la haine des trois fermiers, et s’il n’y laisse pas sa peau, il y perdra au moins une large partie de son anatomie.

Comme souvent chez Roald Dahl, les « gentils », intelligents, rusés et patients, prennent leur revanche sur les « méchants ». Et si certains s’indignent de l’amoralité de l’histoire, ils recevront la réponse de la bouche même de Fox. Qu’est-ce qui est pire, vouloir nourrir sa famille, en ne prenant que le strict nécessaire, ou tenter de tuer toute une famille (et même plus) en les laissant mourir de faim et de soif ?

Logo-Sharondc3a9fi-je-lis-en-anglaisChallenge-anglaislittérature cinéma

Les mouches d’automne d’Irène Nemirovsky

Présentation de l’oeuvre :

Tatiana Ivanovna a consacré sa vie entière à ses maîtres, les Karine, qu’elle a vus naître et grandir. Lorsque la révolution russe les chasse de leur domaine, elle les suit jusqu’à Odessa d’abord, puis jusqu’à Paris, dans ce petit appartement du quartier des Ternes, où les exilés tournent en rond comme les mouches d’automne… Avec un art consommé de la touche infime, de la progression insensible, qui évoque l’influence de Tchekhov, Irène Némirovsky peint les désarrois et les nostalgies de ces survivants d’un monde perdu.

Circonstance de lecture :

Je l’ai lu lundi soir, sur ma liseuse.

Mon avis :

Les mouches de l’automne est une oeuvre forte et concise, que je ne sais où classer. Court roman ? Longue nouvelle ? Elle est strictement centrée sur le personnage de Tatiana, fidèle entre toute, en dépit des épreuves à surmonter.

Tatiana est une domestique, oui, mais surtout elle est la mémoire de la famille. Le temps, elle l’a mesuré à l’aune de la croissance de ses petits protégés, qui ont été remplacés par d’autres petits protégés, au fil des saisons. L’hiver, pour elle, est incarné par la neige, la rudesse du froid, et non ce qu’elle découvre en France. Son dévouement lui est naturel, comme le seul bien qu’elle posséderait. Et s’il faut chercher des personnages secondaires, ce sont les Karine qui pourtant nous font vivre le destin de ces Russes qui durent fuir leur pays, trouver une terre d’asile et modifier considérablement leur manière de vivre, au point de penser que la mort est préférable.

Les mouches de l’automne est à conseiller aux amoureux de la Russie et à toute personne désirant découvrir l’oeuvre d’Irène Nemirovsky.

 

petit bac