Archive | 21 avril 2013

Home de Toni Morrisson

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Mon résumé :

Etats-Unis, années 50. Franck revient de la guerre de Corée. Il a perdu ses deux meilleurs amis, et le peu de repères qu’il avait. Un lettre, qui l’appelle au secours, lui fera refaire le chemin à l’envers, en direction de la Georgie qu’il a fui en s’engageant.

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Mon avis :

Le livre est court. Il n’est pas pour autant facile à lire.

Si vous avez lu un ou plusieurs autres romans de Toni Morrisson (comme moi), vous retrouverez dans celui-ci les thèmes qui lui sont chers. Le racisme, la ségrégation raciale ne sont pas des vains mots dans cette Amérique des années 50. Elle parle aussi de l’amour maternelle, ou plutôt de son absence. Ycidra, surnommée très tôt Cee, n’a pas été aimée par sa mère, ni par son père. Certes, et j’ai l’impression de parler comme une sociologue, les conditions de vie étaient terribles, et sa naissance ne s’est pas passé sous les meilleurs auspices, pourtant il me semble qu’il aurait fallu de peu de choses, d’un peu d’attention et d’amour de la part de sa mère, pour que le destin de Cee change radicalement.

Du coup, n’ayant personne à qui se raccrocher, elle s’est rapprochée de son frère, qui l’a prise sous son aile quand elle était enfant. Et c’est par amour pour elle, la seule personne qui compte encore et qui le raccroche à la vie, qu’il affronte tous ses démons pour la sauver. Ils sont nombreux. Tous ceux que la guerre de Corée a fait naître, tous ceux auxquels le racisme ordinaire et autorisé le confronte. Pour ne citer qu’un exemple, un révérend blanc lui vient en aide, mais Franck ne doit pas rentrer dans sa maison – ses filles sont là. Au final, cette traversée des Etats-Unis est l’odyssée personnelle de Franck, qui lui permet de se rappeler ses souvenirs – les pires – et de les regarder en face. Parce qu’il n’a pas d’autres solutions s’il veut sauver sa soeur.

La violence, vous l’aurez compris, est là, souvent, parce qu’elle a été souvent là dans la vie des protagonistes. Elle est toujours narrée presque de façon détournée, comme par un témoin qui n’aurait pas tout compris de ce qu’il a vu. Point n’est besoin de longues descriptions pour raconter les horreurs d’un lynchage, ou de l’eugénisme – quasiment autorisé lui aussi.

Home est un des meilleurs romans de la rentrée littéraire 2012, et un excellent roman, tout simplement.

 

50

pour la Georgie.

L’embaumeur de Boston de Tess Gerritsen

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Quatrième de couverture :

Une momie retrouvée dans les réserves du musée Crispin à Boston suscite l’intérêt des historiens, et de la police. En effet, Maura Isles, médecin légiste sollicitée pour l’occasion, s’aperçoit qu’une balle est logée dans la jambe du cadavre, pourtant censé remonter à plus de 2 000 ans, et qu’un message crypté est cousu dans sa bouche. Pour Jane Rizzoli, chargée de l’enquête, aucun doute n’est possible : ils ont affaire à un assassin qui reproduit les techniques d’embaumement antiques. Des soupçons confirmés par la découverte de deux nouveaux corps, chacun conservé selon des méthodes différentes et porteur d’un message. La police doit faire vite, car le meurtrier semble avoir déjà choisi sa prochaine cible : Joséphine Pulcillo, l’une des archéologues du musée. Mêlant habilement mystères archéologiques, éléments scientifiques et meurtres sanglants. Tess Gerritsen nous régale d’un nouveau thriller à l’efficacité redoutable.
Mon avis :
Lire un roman de Tess Gerritsen est pour moi la certitude de ne pas être déçue – et aussi de retrouver une continuité entre les enquêtes. Au contraire de policiers qui ne vieillissent pas, qui me bougent pas, ou qui n’ont strictement aucune séquelle de ce qui leur est arrivé au cours de leurs multiples enquêtes, Jane Rizzoli continue à payer le prix de sa fréquentation involontaire des tueurs en série. Si sa vie privée est au beau fixe – elle a la chance d’avoir un mari compréhensif et une petite fille au caractère bien trempée – il n’en est pas de même pour ses équipiers, entre divorce et amours interdits.
Prenons Maura Isle, la reine des morts. Elle ne trouve pas le réconfort promis auprès de l’être aimé, mais auprès des cadavres qu’elle dissèque : Les cadavres étaient des sujets de discussion plus sûrs. Ils ne vous brisaient pas le coeur, ne vous décevaient jamais, ne vous laissaient pas seule le soir, contrairement aux amants.
Ce n’est pas rassurant, même pas du tout : elle ne manque pas de travail dans cette enquête, suite directe de Méphisto Club. Le pire est de constater à quel point les victimes ont été dépersonnalisées par le tueur, leur identité, tant d’années après les faits, est difficile à établir. Autant vous le dire tout de suite : le tueur représente un intéressant specimen du pire chez l’être humain. Le genre de personnes qui fait les délices des psys en tout genre, si ce n’est que rares sont ceux à avoir l’honnêteté de dire que ce cas les dépasse, et que rien, dans son histoire, dans son éducation, ne peut permettre d’expliquer pourquoi il est devenu cet être insensible.
S’il est une question lancinante, qui revient aussi bien dans ce tome que dans le précédent, c’est : comment protéger son enfant ? Là, je ne parle pas de protection ordinaire (ne parle pas à des inconnus, regarde avant de traverser) mais de protection face à un danger qui dépasse totalement l’entendement. Se voiler la face ne sert à rien, et même en explicitant le danger, en donnant les moyens de se défendre (je ne parle pas d’armes, mais de capacités à faire face à toutes les situations), l’échec est toujours possible.
Note : j’apprécie que, contrairement à certaines héroïnes particulièrement courges, Maura, Jane ou Joséphine pensent à fermer les portes à clefs, et à ne pas laisser les fenêtres ouvertes la nuit. Simple, me direz-vous. Pas pour tous les auteurs qui trouvent ainsi un excellent moyen d’introduire le tueur dans la place.
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