Archive | 7 avril 2013

Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus d’Eduardo Mendoza

Flatus

édition Points – 218 pages.

Ma présentation :

Ier siècle de notre ère. Pomponius Flatus accomplit un voyage pour trouver une source d’eau miraculeuse, capable de lui apporter la connaissance. En attendant, il goûte maintes eaux et en tire les conséquences, désastreuses, pour ses intestins, et pour ceux qui l’entourent. Après une mésaventure dans le désert, il se retrouve dans la petite ville de , à venir aux secours d’un charpentier condamné à mort.

Mon avis :

Gonflé  ! Et fortement érudit.
Je ne veux pas trop vous en dévoiler sur l’intrigue, pour ne pas vous gâcher l’effet de surprise de cette intrigue remarquablement construites, où chaque péripétie est à sa place, sans excès. Le propre de la véritable érudition est de passé tout seul, sans effet de manche, avec une écriture limpide, drôle, qui appelle un chat un chat, et une hétaïre, une hétaïre.
Pomponius écrit donc une lettre à son meilleur ami pour lui raconter ses tribulations en Palestine, et il n’est pas déçu de son voyage. Philosophe, mais pas passif, il est amené à enquêter pour innocenter un intègre charpentier, à la demande du jeune fils de celui-ci. Comme il n’est pas juif, il n’a pas les mêmes scrupuleuses règles que le condamné et peut se permettre quelques libertés dans son enquête, y compris celle de faire tourner en bourrique un humble porte-enseigne aussi baraqué que naïf. Comme il est romain, de l’ordre équestre qui plus est, il bénéficie d’une certaine impunité face à ses démarches un peu hasardeuse. Je me permets tout de même un petit spoiler : il bénéficie aussi d’aides en haut lieu.

Drôle et réaliste, émaillé de mythe et de récits érudits, les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus est un roman policier non conventionnel, un roman historique pas barbant, une biographie non pontifiante, qui compose une oeuvre majeure, d’un écrivain qui ne l’est pas moins.

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Mort sur le Nil d’Agatha Christie

Nil

Quatrième de couverture :

La riche et séduisante Linnet Ridgeway part en Egypte en voyage de noces avec son mari, Mr Doyle. Rejoints par des amis et Hercule Poirot, le séjour semble s’annoncer sous les meilleurs auspices. Jusqu’au moment où Linnet est retrouvée assassinée. Les crimes mystérieux se succèdent et il faudra toute la perspicacité du célèbre détective pour confondre le coupable.
Mon avis :
J’ai presque des scrupules à vous présenter cet avis, car ce n’est pas une lecture, ni une relecture, mais plutôt une re-relecture – autant dire que je connais l’oeuvre. Mon souci viendrait plutôt d’avoir lu des avis sur cette oeuvre sur Babelio et de me laisser influencer par eux, car ils proposent une interprétation très différente de la mienne.
Linnet Ridgeway est un personnage à la croisée des chemins, entre l’héroïne du Train bleu et celle de Pourquoi pas Evans ? Elle est une fille de bonne famille, elle gère elle-même ses biens, ou du moins veille attentivement à ce que son tuteur ne fasse pas n’importe quoi (elle lit avant de signer les papiers qu’on lui donne !). Elle pourrait espérer un beau mariage, et pourtant, elle choisit le pauvre Mr Doyle. Elle n’est pas la seule à faire un maraige en dessous de son rang, pensons à lady Frances qui s’encanaille, dans Pourquoi pas Evans ? avec le quatrième fils du pasteur . Seulement, lady Frances est une jeune femme d’aujourd’hui, courageuse, volontaire, comme Tuppence Beresford, prête à l’aventure, mais pas à n’importe quel prix. Linnet, elle, n’est pas habitué à ce qu’on lui résiste, et de fait, personne ne le peut. Machiavélique, Linnet ? Oui, car elle connait ses atouts, et ce ne sont pas seulement sa beauté et son intelligence, ce sont avant tout sa fortune et la vie facile qu’elle permet de mener. En fait, il manque à Linnet les qualités de coeur qui ferait d’elle une grande héroïne d’Agatha Christie, et non une victime.
Dans un autre roman, Hercule Poirot disait que ce sont les défauts des victimes qui causent en partie leur mort. Ici, l’égoïsme, l’impatience, et aussi une pointe d’hypocrisie complètent le portrait de la si charmante Linnet, surtout quand elle vient se plaindre à papa Poirot. Ce n’est pas très beau d’arranger la vérité à sa manière, et sûrement, si le temps avait passé, cette version serait devenue la bonne. Le meurtrier ne lui en a pas laissé l’opportunité.
Heureusement, Poirot est là, même si ses vacances sont, une fois de plus, complètement bousillées. Faisant d’une pierre plusieurs coups, il résoudra non seulement le meurtre de Linnet, tout machiavélique qu’ait été le plan, et une autre affaire, moins sanglantes, certes, avec un dénouement plus heureux à l’horizon, mais tout de même bien problématique. Comme si un meurtre ne suffisait pas, deux autres suivront – il n’y a que le premier meurtre qui compte. L’honnêteté ne paie pas toujours – la malhonnêteté non plus.
Je conseillerai fortement à Poirot, après ce voyage, de refaire une autre croisière – en solitaire. Les risques de meurtre sont alors moindres.
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Mafalda, l’intégrale, de Joaquin Quino

mafaldaQuatrième de couverture :

Créées en 1964, les Aventures de Mafalda nous font part des réflexions de Quino sur le monde et sur l’étrange animal qui le peuple : l’être humain.
Les désopilantes réparties de cette petite fille d’Argentine restent dans les annales comme autant de mots d’enfant portant un regard naïf et pourtant si lucide sur la société. Pour toute la famille!

Mon avis :

Mafalda est d’abord lié à mon histoire personnelle. Imaginez une enfance dans un coin paumé de Normandie (je vous rassure, il l’est toujours) et des maisons de la presse où l’idée même de commander un livre tient de l’utopie et les prétextes pour ne pas prendre la commande était nombreux (Note : vous comprendrez pourquoi le jour où, à 17 ans, j’ai découvert la F***, j’y ai vu un paradis littéraire).  Les seules BD disponibles étaient Astérix et Lucky Luke (et encore, juste le dernier numéro paru). Aussi, quand, à 7 ans, pendant des vacances en Alsace, j’ai trouvé le premier tome de ses aventures, j’ai immédiatement éprouvé un coup de foudre pour ce personnage, et n’ai eu de cesse de lire tous les albums qui lui étaient consacrés. Autant vous le dire : cela prit du temps.

Mafalda est une petite fille, fille unique d’abord, puis rejointe par Guille, son petit frère qui « fuit la censure » quand sa mère veut l’habiller et est une victime de « la société de consommation » quand il a une indigestion. Mafalda est une enfant ancré dans son temps, qui éprouve de la joie (et même plus) quand ses parents achètent une télévision et une deux chevaux, voiture emblématique et pas seulement en France, une petite fille fan des Beatles et aussi consciente de la société dans laquelle elle vit, de ses bouleversements. Ne réclame-t-elle pas des béquilles pour son moral, à la lecture des journaux ? Chantre de la condition féminine, dans une société où les femmes abandonnent leurs études et leurs projets professionnels pour se marier et avoir des enfants, elle veut étudier, tout en constatant que la plupart des diplômés partent à l’étranger.

Mafalda ne serait pas Mafalda sans ses amis. Susanita, d’abord, sa meilleure amie, est le prototype même de la bourgeoise, que j’imagine très bien, une fois adulte, respectablement mariées, en train de prendre le thé dans son salon avec ses meilleures amies. Elle recevra sûrement Mafalda, son amie d’enfance, avec beaucoup de précaution, et la terreur que ses respectables amies la rencontrent. Pour l’instant, elle se montre d’un racisme confondant, à peu près à hauteur de son égocentrisme.

Du côté des garçons, nous avons Manolito, Miguelito, et Félipe. Celui-ci vit dans le même immeuble que Mafalda, va à l’école avec elle, et est amoureux, régulièrement de camarades de classe inaccessibles. Miguelito est le naïf de la bande, le distrait, celui qui n’écoute pas toujours ce qu’on lui dit. Manolito est moderne sans le savoir, lui qui réinvente le commerce de proximité, à expansion programmée. Il est le mauvais élève, celui à qui ses professeurs disent : « il ne fait pas ses devoirs, il les commet ». Il officierait aujourd’hui, il maîtriserait sur le bout des doigts les réseaux sociaux afin de promouvoir sa petite entreprise, qui ne connaîtrait pas la crise.

Mafalda, l’intégrale, est l’occasion de découvrir d’un coup toutes les aventures de la petite fille argentine. Si vous ne connaissez pas Mafalda, n’hésitez pas à la rencontrer.