Archive | 21 mars 2013

La vie en gris et rose de Takeshi Kitano

Kitano

Quatrième de couverture :

Takeshi Kitano. le réalisateur de Sonatine, Hana-bi et Kikujiro, raconte son enfance dans le Japon d’après-guerre. Une enfance en gris et rose, aux couleurs que son père, peintre en bâtiment, essayait sur la porte de la maison avant d’en couvrir les murs de ses clients. Kitano raconte les jouets, les objets, les fêtes, les rencontres de son enfance et ressuscite toute une époque dans un inventaire à la Pérec qui célèbre l’amitié et les jeux des gosses de pauvres, quand l’imagination et l’invention remplaçaient l’argent. Si c’est bien l’enfance qui détermine notre sensibilité d’adulte. alors la sienne a aussi les couleurs de son gobelet de cantine en bakélite rouge, des caramels aux prunes, des toupies beigoma à peine plus grosses que le pouce, des cerfs-volants ornés de guerriers du kabuki, de la chasse aux libellules, de son père brutal et ivrogne et de sa mère qui se battait en vain pour que son fils travaille en classe, alors que lui n’aurait jamais arrêté de jouer…

Mon avis :

Je connaissais Takeshi Kitano l’acteur, le cinéaste, je découvre maintenant l’auteur. Ceci n’est pas un roman (quoi que j’ai lu ici ou là) mais un recueil de souvenirs d’enfance, dans lequel  Takeshi nous parle de ses parents, de sa jeunesse, de sa pauvreté, qui paraît à peine croyable aujourd’hui. Il prend à témoin son lecteur de ce qu’il a vécu, en le tutoyant, comme s’il était un vieil ami. Chaque chapitre est extrêmement court (quatre à six pages), illustré par des dessins naïfs. J’ai pensé, en le lisant, au manga Une sacrée mamie, qui évoque aussi des conditions de vie difficile dans le Japon de l’après-guerre.

Le gris et le rose sont des couleurs emblématiques pour le père du narrateur, peintre en bâtiment de son métier. Un métier méprisé : les autres enfants n’auraient pas aimé avoir un père artisan, et Takeshi lui-même aurait aimé avoir un père salarié, policier, bref un père bien plus normal, un père qui aurait pu jouer avec lui au base-ball, comme le père des autres garçons de son âge, plutôt que de repeindre la porte de leur maison en gris, ou en rose, selon les pots de peinture qu’ils avaient en stock chez eux – et essayant de convaincre les clients que cette couleur était vraiment faite pour eux. Mais oui, le rose est à la mode, mais oui, le gris est ce qu’il vous faut.

Cela pourrait prêter à sourire n’était le caractère sordide de la situation. Ce père est alcoolique, violent, la mère s’acharne à faire étudier ses enfants, quand elle n’est pas battue comme plâtre par son mari. La famille est pauvre, les vêtements sont dans le même état que le paletot du jeune poète de Ma Bohème d’Arthur Rimbaud – en plus crasseux. Pourtant, il est encore des familles plus pauvres que les Kitano, il est beaucoup d’enfants orphelin à cause de la guerre. Toujours Takeshi Kitano raconte ce qu’il voit avec son regard d’enfant, sans compassion pour les autres, et certainement pas pour lui-même, sans dureté non plus : il assume tout ce qu’il a fait ou pensé étant enfant.

La vie en gris et rose est un récit émouvant pour tous ceux qui veulent connaître un peu mieux le Japon d’après-guerre, et un peu plus Takeshi Kitano.

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