Archive | 20 janvier 2013

Rampart street de David Fulmer

 

rampartQuatrième de couverture :

L’armateur John Benedict est retrouvé assassiné dans Rampart Street, l’une des rues les plus malfamées de Storyville, le célèbre quartier chaud de La Nouvelle-Orléans. La police conclut hâtivement que le notable a été la victime d’un maraudeur, mais la famille ne se satisfait pas de cette explication. L’affaire est donc confiée au détective créole Valentin Saint-Cyr, de retour après dix-huit mois d’absence. Il ne tarde pas à comprendre qu’on l’a recruté, non pour découvrir la vérité, mais pour enterrer cette histoire au plus vite. Il n’en faut pas plus pour lui donner envie de creuser davantage, d’autant que la jolie fille de la victime le soutient dans cette démarche.
Plus obstiné et insolent que jamais, le détective se retrouve plongé au cœur d’un drame dont l’origine remonte au passé violent de La Nouvelle-Orléans qui continue d’être déchirée par les antagonismes raciaux.

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Mon avis :

J’ai mis du temps à lire ce livre, non parce qu’il ne me plaisait pas, mais parce qu’il est particulièrement prenant. Ce n’est pas précisé dans le quatrième de couverture – sans doute les fans savaient-ils à quoi s’attendre, pour ma part je découvrais l’auteur avec cet ouvrage -mais l’action se passe dans les années 1910. Aussi, la position de certains personnages est-elle bien différente de ce qu’elle pourrait être aujourd’hui. Ne parlons même pas de la situation de Valentin, créole, donc métis, donc (pour les Blancs) noir, même si cela ne se voit pas (!). Valentin enquête alors que personne n’a envie qu’une enquête soit rouverte. L’affaire est tellement simple : un notable est venu s’encanailler, comme tant d’autres, dans un quartier chaud, il a été détroussé, son voleur l’a tué. Celui-ci est même sous les barreaux. Que demander de plus ? La vérité, tout simplement. Il ne restait à Anne-Marie, fille du défunt, qu’à recruter un détective près à mener l’affaire jusqu’au bout, même si les intimidations sont nombreuses – pour ne pas dire les tentatives de meurtres sur sa personne.

Tous les coups sont permis, personne n’est à l’abri, si ce n’est Anne-Marie, fille de la victime, même s’il se chuchote qu’elle se compromet un peu avec ses sorties inopinées et avec ce détective qu’elle a engagées. Ne profite-il pas de sa faiblesse, d’ailleurs, en se faisant payer pour un crime déjà résolu ? Bien heureux ceux qui croient en sa naïveté, ainsi ils laissent tranquille celle qui en sait bien plus qu’elle ne le dit, même à Valentin. Quant à sa mère, elle vit dans un autre monde, elle qu’une maladie garde sous morphine en permanence – complaisance des médecins ? Voeux de son mari pour qu’elle ne se mêle pas de ses affaires ? Mal de vivre d’une femme que rien ou presque ne retient, pas même sa fille ? Elle apparaît dans le roman comme une présence fantomatique,que plus rien ne concerne en ce bas monde, sauf ses injections quotidiennes.

Elles ne sont pas les seules présences féminines de ce roman : John Benedict avait trouvé ailleurs ce que son foyer ne lui offrait plus depuis longtemps, dans les bras d’une belle quarteronne. Etre domestique ou se prostituer semble être les seules perspectives d’avenir pour les métisses – restent à savoir profiter de la situation, comme le fait la belle Sylvia, et à être discrète. Ses beaux messieurs qui vantent la supériorité de la race blanche n’aimeraient pas que l’on découvre les noires beautés qui sont leurs maîtresses. Ils n’aimeraient pas non plus que l’on découvre comment ils se sont enrichis, comment ils ont acquis la position sociale qui est la leur.

Dans Rampart street, quartier populaire par excellence de la Nouvelle-Orléans, se dénoue une intrigue qui puise ses origines plusieurs décennies auparavant. La justice triomphera-t-elle ? Cela dépend ce que l’on nomme justice.

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