Archive | 11 décembre 2012

Monsieur Brown d’Agatha Christie

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édition Le livre de poche – 250 pages

Présentation de l’éditeur :

C‘est toujours après le drame qu’on s’avise qu’un personnage falot a traversé la scène sans que personne lui prête attention.
Et, justement, dans le bureau de Mr Winttington, il y avait un clerc qui se faisait appeler Mr Brown. Mais voilà ! Personne n’était capable de se rappeler quoi que ce fût de Mr Brown. Pas même son visage. La description qu’on donne invariablement de Mr Brown, c’est qu’il ressemble à tout le monde.

Mon avis :

Oubliez, avant d’ouvrir ce livre, le dernier film des aventures des Beresford au cinéma. Je ne mets pas en doute le talent d’André Dussolier, ni celui de Catherine Frot, cependant le film était raté, et bien éloigné des personnages crées par Agatha Christie.

Ici, nous avons le plaisir de découvrir la toute première aventure des Beresford, qui ne sont pas encore les Beresford mais Tommy, un jeune homme rouquin pas très beau mais charmant, tout juste démobilisé, et son amie d’enfance Prudence Crowley, cinquième fille d’un pasteur qu’elle scandalise… un peu. Elle porte en effet des jupes assez courtes et fume. Tuppence a plusieurs ambitions dans la vie, épouser un homme riche (elle est raisonnable) et vivre des aventures. Elle et Tommy, très légèrement amoureux d’elle depuis quelque temps (c’est à dire depuis l’époque où ils construisaient ensemble des châteaux de sable) vont rencontrer une personne qui leur ouvre la carrière, je ne dirai pas d’agents secrets, c’est encore trop tôt pour le dire, mais d’aventuriers grassement rémunérés (de leur point de vue) et c’est déjà pas si mal.

Roman d’espionnage ? Oui, et assez réussi. En effet, ce n’est pas tant l’intérêt d’un pays que sert Mr Brown mais le sien propre. Ce génie du crime m’a fait penser au héros de Pourquoi pas Evans ? tout comme les jeunes Tommy et Tuppence ont la fougue du « fils du pasteur » et de la « fille du Lord ». Ils ne se contentent pas d’enquêter paisiblement, comme Hercule Poirot ou Miss Marple, les dangers sont bien réels et les conséquences le sont également – un peu plus, et les aventures des Béresford ne voyaient jamais le jour.

En cet Angleterre d’après-guerre mondiale, ils ont également la chance d’être entouré par des jeunes gens volontaires, tel Julius, américain au vif esprit de décision, ou Annette, tout aussi courageuse que Tuppence.

Ecrit en 1932, ce roman d’Agatha Christie est hautement recommandable.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni

Du sang sur la toile de Miyuki Miyabe

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édition Picquier – 292 pages.

Présentation de l’éditeur :

Une vie imaginaire peut-elle s’achever dans le sang ? Un homme est retrouvé lardé de vingt-quatre coups de couteau sur un chantier de construction dans la banlieue de Tôkyô. Rapidement, les inspecteurs du DPM, le département de la police métropolitaine de la capitale, découvrent que cet homme, en apparence bon père de famille, menait secrètement plusieurs vies, dont l’une se déroulait sur Internet, où il s’était
créé une seconde famille virtuelle. Celle que les Américains ont surnommée la « reine japonaise du crime » nous égare à plaisir dans un labyrinthe de faux-semblants, à cette frontière incertaine où les jeux de rôles rencontrent la dure réalité de la haine et du meurtre. Et si l’ingéniosité de l’intrigue nous tient en haleine jusqu’à la fin, l’émotion nous serre aussi le coeur, ce coeur mis à mal par les effets dévastateurs de la trahison.

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Mon avis :

Mon première avis, spontanément, est qu’un tel polar est impossible en France. Je ne crois pas que quelqu’un oserait écrire une telle intrigue ! Elle est formidablement construite, très bien maîtrisée, mais elle ne passerait pas auprès d’un public français comme roman policier français.

Déjà, la vie personnelle des enquêteurs est réduite à sa portion congrue. Il ne faut pas s’attendre à ce que l’un d’entre eux nous parle de ses problèmes de couple, des tourments que lui cause sa progéniture. Nous ne saurons que le minimum sur eux, car les enquêteurs séparent très bien leur vie privée de leur vie professionnelle, même quand on leur dit que leur connaissance « privée » leur ont permis de résoudre une partie de cette enquête – je vous rassure, cela ne tient que sur quelques lignes en presque trois cents pages.

Ensuite, le dispositif mis en place pour identifier le coupable choquerait, j’en suis certaine. Aucun enquêteur ne recevrait les moyens nécessaires. Même, ce dispositif serait qualifié d’hypocrite et gênerait note morale judéo-chrétienne. Enfin, il serait difficile de trouver des enquêteurs suffisamment virtuoses pour exécuter ce dispositif.

Revenons maintenant au meurtre : l’une des victimes avait crée une famille virtuelle, qu’il comblait de soin. Il avait même prénommée sa fille virtuelle de la même manière que sa fille réelle. Je vous laisse imaginer le choc ressenti par celle-ci, quand la police lui a appris l’existence de cette cyber fille, et les interrogations soulevés par cette double vie, originale et contemporaine. Comment glisse-t-on du réel au virtuel ? Que se passe-t-il quand le réel s’invite à nouveau dans cette création ? Qu’est-ce qui peut pousser une personne en apparence comblée à chercher un tel échappatoire ? Les réponses ne seront pas toujours au rendez-vous, mais elles pourront être cruelles.

Du sang sur la toile est un roman éminemment contemporain, au dénouement époustouflant.

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