Archive | 10 décembre 2012

Le garçon bientôt oublié de Jean-Noël Sciarini

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édition L’école des loisirs – 200 pages.

Mon résumé :

Toni Canetto fête ses 16 ans. Il est un adolescent presque comme les autres, né des amours entre une mère suisse et un père italien. Presque. A cette différence près qu’il ne sait pas du tout qui il est, réellement.

Mon avis :

Je commencerai par être un peu rabat-joie : ce livre a-t-il sa place dans la littérature jeunesse ? Le sujet choisi est fort, et rarement traité : la transexualité. J’aurai plutôt placé spontanément cette oeuvre dans la catégorie Young adult (et pourtant je déteste cette catégorie) ou dans la littérature adulte tout court, tant il me semble que le sujet et le livre ne sont pas d’un abord facile pour un adolescent. Certes, nous sommes, malgré tout, dans le cadre de la littérature jeunesse, et l’auteur passe très rapidement sur les nombreuses étapes nécessaires à la « transformations », nous épargnant les détails glauques. Il s’arrête d’ailleurs au moment où le héros-narrateur se dit près à tenter cette transformations. Cependant, l’adolescente que j’étais ne se serait pas intéressée au sujet, trop éloignée de ses préoccupations. J’aurai même trouvé que sa version de la féminité était très idéalisée. Alors, quel lecteur ? Des adolescents touchés par les mêmes interrogations ? Des adultes, confrontés à un enfant « différent » ? Difficile de trancher. Il est bon que ce livre existe, à lui maintenant de trouver un public.

Après toutes ses précautions, vous allez vous dire que je n’ai pas aimé ce roman. Et bien si, je l’ai beaucoup aimé. J’ai vraiment envie de défendre cette oeuvre, de la faire connaître, de la faire lire car les tourments de Toni sont bien réels, et personne n’a de remèdes à proposer, et surtout pas ses parents. Ceux-ci ne voient rien, ou pas grand-chose, rassurés parce que leur fils est « parfait », rassurés aussi parce que leur amour est si fort qu’il peut très bien se passer de leur enfant. Le narrateur soulève ainsi deux autres questions intéressantes : peut-on vraiment ne pas comprendre que son enfant est différent ? Est-il si facile de se cacher derrière la foi pour rejeter son enfant ? Pour la deuxième question, je réponds oui, sans hésiter. Autant dire que le débat, ou la moindre compréhension, devient impossible.

Ce que je retiens aussi est l’inespoir total qui se dégage de ce texte. Toni est seul, absolument, sans famille, sans ami, sans véritable proche – je passe rapidement sur son amitié avec une vieille prostituée française, Rose, qui ne me paraît pas l’épisode le plus crédible du roman. Il est profondément désespéré. Plus tard, Toni deviendra une belle femme… Je l’espère pour lui.

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Challenge Voisins, voisines chez Anne (des mots et des notes)