Archive | 30 octobre 2012

L’histoire de la licorne de Michael Morpurgo

édition Gallimard Jeunesse – 84 pages.

Présentation de l’éditeur :

Tomas, huit ans, déteste l’école et les livre. Il préfère vagabonder dans les montagnes qui entourent son village. Un jour, sa mère le dépose à la bibliothèque, pour assister à l’heure du conte. Le jeune garçon réticent finit par s’approcher peu à peu de la  » Dame à la Licorne « , fasciné par les histoires qu’elle raconte. Mais la guerre arrive au village et les livres sont en danger…

Challenge Jeunesse/Young adult chez Mutinelle et Kalea.

Mon avis :

L’histoire de la licorne est un livre bref, certes, mais qui démontre tout le talent de Michael Morpurgo, notamment dans la qualité de l’écriture. Ecrire pour les enfants ne signifie pas écrire n’importe comment.

Bien sûr, il utilise dans ce roman des thèmes qui lui sont chers, à savoir l’enfance et la guerre. Est-ce un mal ? Je ne le crois pas, tant que ces thèmes sont traités comme ils le sont ici, sans manichéisme, sans pathos, sans volonté de donner des leçons. Tomas n’aime pas l’école, n’aime pas lire, il n’aime rien tant qu’être dans la montagne avec son père. Il faudra l’arrivée d’une nouvelle bibliothécaire et l’acharnement de sa mère à le conduire à la bibliothèque pour que le déclic se produise. Il faudra aussi une transmission orale, rappel que les enfants n’aiment rien tant qu’on leur fasse la lecture, même jusqu’à un âge avancé.

Ce n’est qu’après que la grand Histoire, celle qui fait couler le sang intervient. Celle qui conduite à brûler les livres, pour plusieurs raisons dont aucune n’est bonne. Celle qui force à se cacher, celle qui détruit et tue. La Licorne du titre est le symboles de cette résistance, elle peut s’incarner dans un humain (la dame à la licorne, qui transmet les récits) ou dans un objet symbolique, survivant à tous les tourments.

Comme souvent, le récit est rétrospectif, ce qui permet d’être rassuré sur le sort du narrateur. Cela permet aussi de savoir ce que sont devenus les principaux protagonistes, même si leur devenir n’est pas toujours heureux. Je suis persuadée que ce livre, s’il est partagé avec les jeunes lecteurs, devraient permettre de beaux échanges. Là encore, c’est un constat que je fais souvent avec cet auteur, et c’est plutôt une bonne nouvelle.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni

Témoin muet d’Agatha Christie

Mon résumé :

Emily Arundell est victime d’un accident, chez elle. Elle a glissé dans l’escalier à cause de la balle de Bob, son chien. Le souci est qu’Emily Arundell se souvient très bien que Bob a passé la nuit dehors, ce n’était donc pas un accident. Elle se décide alors à écrire une lettre à Hercule Poirot.

Mon avis :

Je retrouve là un Agatha Christie plus classique, avec Hercule Poirot et son inséparable Hastings. Ce dernier revient d’Argentine, et va aider Hercule dans sa nouvelle enquête, tel un nouveau Watson (la comparaison est de lui, pas de moi). Comme dans le crime du golf, ils arrivent trop tard : Emily, dernière des soeurs Arundell vivante, est décédée de mort naturelle et a tout léguée à son insignifiante dame de compagnie Minnie Lawson.

Curieusement, je n’ai pas vraiment ressenti de compassion pour Emily. Vieille fille victorienne, elle pense que les garçons ont plus d’importance que les filles dans une famille et n’a aucune sympathie pour ses neveu et nièces. Certes, ceux-ci n’en veulent qu’à son argent, mais il faut reconnaître qu’ Emily n’aime rien moins que mener son monde à la baguette. Elle méprise sa dame de compagnie, ne peut pas voir ses petits neveux, laids car pas assez anglais (leur père est grec) et ne semble pas en faire mystère.  Elle n’aime guère ses voisines, vieilles filles elles aussi, ferventes adeptes du spiritisme et végétariennes convaincues. Seul Bob, son chien, trouve grâce à ses yeux.

Charles et sa soeur Theresa ont beau être intéressés, et ne pas en faire mystère pourtant je les ai trouvés infiniment plus sympathiques qu’elle. Eux-mêmes sont victimes de préjugés : leur mère a été jugée pour meurtre et acquittée faute de preuves, ce qui n’empêche pas les suspicions. Puis, j’approuve totalement la philosophie de la jeune femme, qui mettrait tous les Hercule Poirot et autre Sherlock Holmes au chômage. Elle est trop vivante pour ôter la vie à quelqu’un.  Theresa a en outre l’avantage de vouloir l’argent non pour elle, mais pour aider l’homme qu’elle aime dans ses recherches médicales. Petite précision utile : le docteur Donaldson ne demande rien, et rester quelques années de plus un simple généraliste de campagne ne le dérange pas, il ne doute pas de son talent, bien réel). Reste dans cette famille Bella, mariée au docteur Tanios, un grec. Ils vivent à Smyrne et ont deux enfants aux prénoms très anglais, Mary et Edward à qui ils veulent donner la meilleure éducation possible, c’est à dire une éducation anglaise. Voici donc les héritiers spoliés de la famille Arundell.

Hercule Poirot doit donc déméler qui a été assez habile pour assassiner la vieille dame sans que personne ne soupçonne un meurtre, mais pas assez habile pour devenir son héritier – à moins que la charmante dame de compagnie ne soit la coupable, qui sait ? Il reçoit l’aide de la seule personne qui sait tout, et ne peut rien dire : Bob, qui donne son titre au roman. Non, parce que s’il devait compter sur Hastings qui n’a qu’une envie, regagner Londres, il n’y aurait pas eu de romans du tout ! Il visite tour à tour les proches, les voisins, même le docteur et le notaire, en imaginant quelques mensonges pour justifier sa présence, en testant certaines théories, pour voir s’il frappe juste ou non. Hastings, qui a reçu une éducation puritaine, désapprouve ses méthodes, cette manie notamment, d’écouter ou portes après son départ, ou du moins de partie si lentement qu’il peut encore saisir des bribes de conversation. Je tiens d’ailleurs à préciser qu’Hastings est l’un des rares personnages, avec Ellen, la domestique (note : toutes les domestiques, chez Agatha Christie, se nomment Ellen) à avoir autant de scrupules. On écoute aux portes, on fouille dans les tiroirs, on falsifie quelques écrits, et tout va pour le moins pire dans le plus victorien des mondes.

Bien sûr, comme tout Hercule Poirot classique, nous aurons droit  la grande scène finale où notre détective belge, qui sera allé très souvent au restaurant, nous livrera l’identité du coupable. Nous aurons même une épilogue dans laquelle nous saurons ce que sont devenus les principaux protagonistes de l’affaire. Nous saurons même ce qu’il est advenu du témoin muet – c’est vous dire.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni