Archive | 28 octobre 2012

Le mystérieux Mr Quinn d’Agatha Christie

Avertissement :

Les joies de l’édition française ! Ce recueil est parfois scindé en deux par certains éditeurs ‘Le mystérieux Mr Quinn (nouvelles 1,2,3, 4, 5 et 11) et Mr Quinn voyage(6,7,8,9,10 et 12). Je possède pour ma part l’édition du livre de poche, qui contient des douze aventures de Mr Quinn, parues pour la première fois à Londres en 1930.

Mon résumé :

Mr Satterthwaite a 69 ans, il mène une vie de riche oisif et est très heureux ainsi. Il est devenu un grand observateur du genre humain. Maintenant, il voudrait bien être acteur, et non spectateur. Sa rencontre avec le mystérieux Mr Quinn lui permet de réaliser ce rêve.

Mon avis :

J’ai un peu abusé de thés ces jours derniers, de littérature anglaise aussi, je voulais terminer ce recueil de nouvelles et je dois dire qu’il ne s’accorde pas avec ma sensibilité, pour une raison simple : vous ne pourrez pas me persuader que la mort vaut mieux qu’une vie passée auprès d’un amoureux qui, un jour, se lassera peut-être de vous.

Etrange recueil que celui-ci, où le fantastique a sa part. Il est question le plus souvent d’amour, l’amour passionné d’un côté, l’amour raisonnable de l’autre, le premier pouvant être responsable de bien des crimes. Il a au moins un mérite, en se proposant de revoir les faits « à froid », celui de montrer les conséquences qu’une mort violente peut avoir sur la vie des proches, comment ils peuvent mourir un peu eux-mêmes.

Meurtres déguisés en suicide, suicide suivi de meurtres, tentative de meurtre suivi de suicide… Je crois que j’ai fait. Au centre, souvent, un trio voir un quatuor amoureux, souvent une femme « fatale » partagée entre deux hommes. Si elle n’a pas choisi le bon, si elle se laisse entraîner vers l’autre, les conséquences seront fâcheuses.

L’art est au centre des nouvelles : chanteuses d’opéra, danseuses, aspirantes artistes traversent les nouvelles, inoubliables ou simplement moyennes, elles n’en fascinent pas moins Mr Satterthwaite, ui tient à jouer son rôle, à dire les répliques justes dans les scènes de cette comédie de la vie à laquelle il participe. Il n’est pas étonnant dès lors que ce personnage réapparaisse dans Drame en trois actes, lui qui aime jouer plutôt que vivre. Il dit lui-même qu’il n’a jamais réellement vécu et qu’il est trop longtemps resté spectateur.

Quant à Mr Quinn, qui est-il réellement ? Je le qualifierai abruptement de messager des morts, interprétation toute personnelle, bien sur, mais qui irait bien avec la tonalité fantastique du recueil.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni

La maison biscornue d’Agatha Christie

Mon résumé :

La guerre se termine, et Charles aura bientôt un nouveau poste. Il est amoureux de Sophia, une jeune résistante. Comme il sait qu’il ne la reverra pas avant deux ans, il ne lui propose ni mariage, ni fiançailles, il lui avoue simplement ses sentiments et lui propose de se retrouver à Londres deux ans plus tard.

Deux ans ont passé, Charles est de retour à Londres. Il reprend contact avec la jeune femme, qui lui annonce qu’elle ne pourra sans doute pas l’épouser : son grand-père vient d’être assassiné, et il se pourrait que le coupable ne soit jamais démasqué. Sophia sait que Charles a embrassé la carrière diplomatique, et que sa femme se doit d’être irréprochable. Elle l’aime trop pour lui offrir’une union qui pourrait le desservir. Il n’a plus le choix. Pour sauver son amour, il doit enquêter. Pratique, quand son propre père est chargé de l’enquête, et se montre bien heureux d’avoir un espion dans la place.

Challenge ô vieillesse ennemie

Mon avis :

Si vous n’avez pas lu ce roman d’Agatha Christie, dépourvu de ses enquêteurs de prédilection, je n’aurai que deux mots à vous dire : lisez-le ! Seule Agatha Christie peut oser une telle intrigue et surtout, un tel dénouement. Je préviens tout de suite : ce dénouement  et l’identité même du coupable peuvent choquer, et choqueront sans doute. Le châtiment réservé au coupable est en effet sans appel, et n’est pas exempt de morale victorienne.

L’intrigue se déroule quasiment en huit-clos, d’autant plus que la police a interdit aux habitants de quitter les lieux, et ce n’est qu’en s’évadant par une petite fenêtre que Sophia parviendra à renouer avec Charles. S’évader, là semble être tout le problème. Aristide, le patriarche, est mort, et tenait à garder tous les siens encore en vie près de lui : ses deux fils, ses belles-filles, ses trois petits-enfants, dont les deux derniers sont scolarisés à domicile, son ex belle-soeur, tous vivent sous son toit et sont à la merci de ses décisions. Il en ressort, en dépit de l’amour que chaque membre de la famille porte aux autres, une amertume et une tension que personne ne cherche plus à dissimuler. Leur point commun est leur détestation de la seconde femme du patriarche, de cinquante ans sa cadette. Encore une fois, il n’est que Sophia pour garder la tête froide, dans cette famille anglaise d’origine grecque, elle et sa grande-tante, qui servit de mère aux enfants de sa soeur décédée.

Famille dysfonctionnelle ? Ce n’est rien de le dire. Bien avant des traités modernes, Agatha Christie montre les ravages que des parents égocentriques peuvent faire sur leurs enfants, et je ne parle pas seulement du vieil Aristide. Ses deux fils, bien que cinquantenaires, se détestent, Madga, l’épouse du cadet appelle sa dernière fille Joséphine « la petite niaise » (si vous trouvez quoi que ce soit de gentil dans ce surnom, dites-le moi) et joue dans la vie comme elle joue sur scène. Eustace, son fils ne supporte ni sa soeur aînée, la trop lucide et trop intelligente Sophia, qui le dépossède du rôle qu’il croyait lui revenir de droit (le futur chef de famille, c’est lui !) ni sa soeur cadette, la très laide et très intelligente Joséphine. Vision pessimiste de la famille ? Je vous rassure malgré tout, Charles, notre enquêteur breveté et son père policier émérite sont réservés, certes, ce qui n’empêche en rien leur solide et profonde affection. Infimes moments d’optimisme : cette famille biscornue, dans cette maison biscornue, pourront-ils surmonter les tragédies qu’ils affrontent ? Je n’en suis pas sûre.

La maison biscornue est un très grand roman d’Agatha Christie, à lire absolument.

Challenge God Save the livre organisé par Antoni