Archive | 15 octobre 2012

La belle et la bête

édition Le livre de poche – 96 pages.

Mon résumé :

Pour sauver la vie de son père, la Belle, une jeune fille d’une incroyable beauté accepte de rester à jamais prisonnière de la Bête, un prince à qui une méchante fée a jeté un mauvais sort. Mourra-t-elle sous les griffes du monstre ? Quel sort lui réserve cette créature mi-homme mi-animal ? La belle est résignée à affronter le pire mais au pays des contes, tout est possible et les apparences sont souvent trompeuses …

Mon avis :

Le film de Jean Cocteau est très connu, et Jean Marais restera pour toujours la figure de la Bête – et du prince délivré de son sortilège. Qu’en est-il du conte originel de madame Leprince de Beaumont ?

Pour moi, ce conte est profondément ancré dans la réalité de son époque. Le marchand a pris soin de l’éducation de ses filles et leur a donné les meilleurs maîtres. De là à dire qu’il a voulu s’élever au-dessus de sa condition, il y a un pas que je suis tentée de franchir. Le rêve de ses filles aînées est d’épouser un comte, un marquis, un duc que sais-je ! Et ce rêve n’est pas éloigné de celui que le bourgeois gentilhomme nourrit pour sa fille Lucile. Las ! C’est plutôt un retour à ses origines qu’il vit, puisqu’il se retrouve à cultiver la terre avec ses trois fils.

Belle, comme beaucoup de jeunes filles de son époque et de son milieu, devra quitter sa famille pour la sauver – sauver la vie de son père, ici. Dans la réalité, cela aurait été pour le sauver de la ruine ou du déshonneur, les mariages arrangés entre de toutes jeunes filles et des messieurs riches et fort peu bien faits de leurs personnes étaient courants. Ce qui l’est moins est que les filles aînées ne soient pas concernées elles aussi par ce sacrifice. Elles se marieront selon leur choix, et seront toutes deux fort malheureuses.

Plaidoyé pour le mariage de convenance ? Non, tout de même pas. Madame Leprince de Beaumont s’y connaissait assez en mariage désastreux, puisqu’elle obtiendra l’annulation du sien. Belle est capable d’aller au-delà des apparences, au-delà de ses a-priori, et c’est elle qui se laisse apprivoiser par la Bête qui prend soin de la jeune fille. Ce conte ne prouve-t-il pas qu’un mariage peut être heureux, tant que les époux font attention l’un à l’autre ? Molière plaidait pour la même cause dans George Dandin, l’une de ses comédies les plus sombres, presque un siècle plus tôt.

Challenge Un mot, des titres – Session 11 – Les billets

Laisser les cendres s’envoler de Nathalie Rheims

Circonstance d’écriture :

J’ai lu 140 pages de ce livre puis l’ai laissé de côté. Je l’ai repris quelques heures plus tard en me disant qu’il fallait que je le finisse, en même temps que le RAT. J’y suis parvenue. Je rédige cet avis en premier, tout en essayant de ne ps me laisser aller à ma méchanceté naturelle, qui ne demande qu’une chose : s’exprimer.

Quatrième de couverture :

« J’ai perdu ma mère. Elle a disparu il y a plus de dix ans. Ma mère est morte, je le sais. Mais, lorsque j’y pense, je ne ressens aucun chagrin, pas la moindre émotion.  »

Dans son quatorzième roman, Nathalie Rheims laisse apparaître, pour la première fois, la figure de la mère. Une femme se souvient, des années plus tard, du jour où, quand elle était adolescente, sa mère l’a abandonnée. Sa croyance en un amour maternel absolu, irrévocable, était-elle une illusion ?

Mon avis :

N’est pas Delphine de Vigan qui veut. Voilà, c’est dit.

Roman ? Autofiction ? Les personnages ne sont pas nommés, pourtant il est facile de deviner quelles grande famille de banquier se cache derrière cet anonymat, comme j’ai cru reconnaître des figures de cette famille dans certains personnages (la Sorcière, par exemple).

J’aurai aimé être touchée par l’histoire de cette femme, je pensais que je le serai, et bien non, pas du tout. Pourtant, certaines phrases sont très belles, à l’image du titre. Mais (et le mais est énorme), je ne me suis pas sentie concernée par les malheurs de cette pauvre petite fille riche. Agacée, plutôt. Elle dit se révolter contre son éducation, contre les règles qui ont permis à sa famille de perdurer jusqu’à ce jour ? Je n’ai pas vraiment perçu cette révolte, qui se résume essentiellement au fait d’avoir vécu un épisode anorexique (lire Jour sans faim pour lire LE roman de l’anorexie), à quelques actes de révolte quasiment bénin et au refus d’avoir des enfants. Les mots ne seront jamais réellement exprimés, si ce n’est dans cet écrit. Je n’ai pas aimé non plus certaines comparaisons, notamment celle avec Antigone. L’héroïne de ce récit n’est pas Antigone, elle n’est pas une figure sublime du sacrifice, ou alors la narratrice a une autre vision de cette figure mythique.

Je reste d’ailleurs un peu crispée à la fin de l’écriture de cet avis, car je n’ai pas envie de me justifier outre mesure sur le fait que je n’ai pas aimé ce livre. Je suis allée au bout de ce livre, et pour moi, ce n’est déjà pas si mal.