Archive | 16 septembre 2012

V comme vampire, chapitre V

V comme vampire comporte déjà quatre épisodes. Voici la suite des aventures du docteur Gaël de Nanterry.

6 h 00 : Grâce à ces quatre heures passées à discuter avec Silas, je pourrai désormais écrire un traité nommé : « Comment vaincre la jalousie d’un trollogue envers un vampire deux fois millénaire », par le docteur Gaël de Nanterry .
En attendant, j’aurai vraiment eu envie de dormir plutôt que de discuter ainsi.

6 h 30 : Nous entendons un bref gémissement. La chaise sur laquelle mon père vient de s’asseoir tend à nous faire savoir qu’elle apprécie modérément qu’un loup garou ait posé son séant sur elle. Regard désapprobateur de Silas. Grognement d’avertissement de papa : tant qu’il n’a pas pris son café au viandox, il est nerveux, mal réveillé. Sous-entendu : le blanc-bec qui partage la couette de son fils est prié de présenter sa désapprobation ailleurs, du moins jusqu’à ce que le meilleur Alpha de la meute du Nord ait fini son petit déjeuner.

7 h 30 : Silas passe l’aspirateur avec désapprobation. Papa a fait sa vaisselle lui-même, et l’a rangé. Les garous sont bien plus civilisés que certains livres veulent le faire entendre.

7 h 45 : Silas ouvre la porte avec désapprobation. Il a vraiment décidé de nous pourrir la journée, voire la semaine. J’espère que les nouvelles d’Edouard seront bonnes.
–          Nous avons une piste. Je ne peux en dire plus. Je n’ai pas envie qu’un garou ou un vampire déchiquette un innocent.
–          Ils ne sont pas comme ça, n’est-ce pas Gaël ? grinça Silas.

8 h 00 : je ne suis pas du tout en forme pour mon premier patient.

9 h 00 : pour mon second patient, cela ne s’améliore pas.

10 h 00 : papa me conseille de me reposer plutôt que d’avaler des tablettes énergétiques. Les vampires n’ont aucune envie de mordre un homme flagada, autant continuer sur ma lancée.

11 h 00 : Russel et sa sœur. Nous poursuivons la thérapie familiale. Russel a une légère ecchymose sur le nez, qui peine à cicatriser.
–          Dès qu’un homme s’approche de moi, il faut qu’il intervienne !
Les capacités vocales de Julia sont optimales.
–          Je te protège. Je suis ton grand frère et ton géniteur. Nous sommes parmi les plus vieux vampires, les plus résistants. Qui te dit que cet homme ne voulait pas t’offrir du sang empoisonné ?
–          Attendez, attendez (je n’étais décidément pas au mieux de mes capacités). Vous voulez dire que vous fréquentez des humains, non des vampires ?
Julia me regarda comme si j’avais proféré une énormité.
–          Bien sûr ! Chaque fois que je fréquentai un vampire, il lui arrivait un malencontreux accident. N’est-ce pas Russel ?
Alexandre…
–          Il te trompait éhontément avec une humaine.
–          Paul …
–          Il était collant et pas très futé.
–          Cédric…
–          Un maladroit incapable de chasser tout seul.
–          Yvain…
–          Il te préférait son lion.
La litanie se poursuivit durant une heure. Deux mille ans, et presque quatre cents ex. J’admirai sa mémoire prodigieuse. En partant, Russel me serra la main, avant de la garder suffisamment dans la sienne pour que j’ai la sensation de l’avoir coincée entre deux blocs de glace.
-Faites attention à vous, soyez prudent. L’autre jaloux n’est pas apte à prendre soin de vous comme il le devrait.
Heureusement pour moi, il sortit sans que j’ai eu le temps de trouver une réponse adéquate.

A force de me lire, vous allez vous dire qu’il n’existe que des vampires névrosés. Pas du tout, il existe aussi des vampires qui vivent très bien leur condition de non-morts. Ils ne viennent pas dans mon cabinet, eux, et savent très bien arranger eux-mêmes leurs petits problèmes.
Prenez par exemple Rufus et Célia. Rufus a 535 ans, Célia 322, et ils ont ouvert un bar à sang de synthèse qui fonctionne très bien. Enfin, qui fonctionnait très bien, jusqu’aux deux derniers jours. Ce midi, c’est plutôt morne.
Edouard, que j’accompagnais, avait tenté de les rassurer, un seul cas d’empoisonnement avait été signalé après une consommation dans leur bar. Rufus avait cependant cédé à l’angoisse de Célia et s’était décidé à l’analyser tout son stock. On n’est jamais trop prudent.
–                 Nous fêterons cette année nos trois cents ans d’union. Je ne veux pas qu’un cinglé gâche cet anniversaire.

Et là, mes chers lecteurs, je suis obligé de vous abandonner, pour un certain temps je le crains. Il est midi vingt-deux – réflexe, je regarde ma montre – et quelqu’un est en train de rentrer dans le bar par le toit. Célia, Rufus et même Edouard se mettent en position de défense. Je n’en ai pas le temps, une violente douleur me transperce, et je sombre.