Archive | 9 septembre 2012

Match de la rentrée littéraire

Je dois être un des derniers blogs à relayer l’info, sachant que je ne publierai certainement pas d’autres articles avant une semaine.  Il s’agit du Match de la rentrée littéraire

J’ai choisi pour marraine Asphodèle et j’ai demandé Home de Toni Morrisson. Il m’a été très difficile de choisir une marraine, je ne le cache pas.

Les matchs se termineront le 1er novembre.

V comme vampire, chapitre 4

Voici la quatrième partie des aventures de Gaël de Nanterry, vampirologue de son état. Dans les épisodes précédents, il était au prise avec des patients d’un genre assez particulier. Qu’en est-il maintenant, alors qu’une nouvelle journée de consultation s’achève ?

 

16 h 00 : aucune envie de rédiger un compte-rendu de cette heure de thérapie. J’ai cependant constaté que Russel s’était résigné à utiliser de la crème « spéciale vampire ». Chercherait-il à séduire une vampirette ?
17 h 00 : Silas et moi regardons l’intervention d’Edouard face au Haut Conseil Vampirique. Il déclare avoir une piste sérieuse. Il déclare aussi que d’autres assauts contre d’autres créatures fantastiques sont à craindre. Les Trolls ? Les Garous ? Les Fées ?
– S’il en parle, c’est que c’est déjà trop tard.
18 h 00 : accueil d’une nouvelle arrivante, troisième patiente amenée par Edouard. Les nouveaux arrivants est le nom politiquement correct donnés aux humains récemment transformés en vampires. La loi exige qu’ils soient consentants. Le souci est qu’ils ne le sont pas toujours, et que leur papa vampire garde bien de se faire connaître dans ces cas-là.
– Ça pue ici !
Je ne transmettrai pas à Silas, c’est lui qui fait le ménage pour se détendre après une séance de relaxation trollesque. Mon compagnon est un vrai faë du logis.
– Ça sent le garou !
– C’est normal : je suis aussi lycanthropologue et j’ai reçu des garous aujourd’hui. Votre odorat s’est développé.
– M’en fiche de mon odorat. Tout ce que je veux, c’est coincé le maboul qui m’a transformé, et le pieuter !
– Pardon ?
– Lui planter un pieu à travers le corps.
– Ce n’est pas si simple. Nous devons l’identifier.
Je n’allais pas la décourager en lui disant que le meilleur enquêteur de la ville était sur l’affaire, et n’avait strictement aucune piste. Nick pensait fortement que cette métamorphose était bien un acte criminel, ce qui expliquait qu’il ne trouve aucun indice, le vampire ayant effacé toutes les traces, y compris la mémoire de la victime. Il ne faut pas se leurrer, des vampires voudront toujours mordre des humains, et ils trouveront des humains consentants (là, je n’ai qu’un mot à dire : beurk). La plupart d’entre eux se contrôlent, et savent rester discrets. C’est quand ils ne le sont pas qu’ils sont envoyés en thérapie par décision de justice, ou quand ils ont vraiment, vraiment commis une grosse bêtise (il faut vraiment que je vous explique ?). La panique qui suit fait qu’ils ne pensent qu’à fuir, loin, loin, encore plus loin, et laisse la pauvre fille ou le pauvre garçon en vrac sur la chaussée. Les retrouver est d’une facilité déconcertante, pour les enquêteurs de la brigade spéciale que Nick dirige, en prenant soin de m’envoyer les patients les moins pénibles – parce que je suis le plus jeune expert assermenté du pays, et aussi parce que je suis son cousin.
– Sinon, vous allez bien.
– Non. Le sang, c’est dégueu, mordre, j’aime pas. J’ai un mal de chien à dormir la nuit, je ne trouve rien de confortable
La liste des litanies dura encore un bon moment. Je lui donnai quelques conseils pour remédier à chacune de ses doléances.
19 h 00 : Dîner.
J’étais ravi de terminer à une heure décente. Les Trolls qui construisaient le viaduc de Tépasséou poursuivaient leur mouvement de grève. La situation des créatures fantastiques était périlleuse ? Ils n’allaient pas en plus tomber en construisant un viaduc !
20 h 00 : allô, Houston ? On a un problème.
Un sérieux problème même.
– C’est un peu ennuyeux, dit Edouard, avec un art consommé de l’euphémisme.
– Dites plutôt que c’est une catastrophe ! s’écria Silas.
– Pour eux, certes. Les premiers cas nous ont été communiqués cet après-midi. Nous enquêtons.
– J’espère bien !
– Silas, c’est mon père qui est dans l’embarras.
Si les vampires faisaient des réactions allergiques, les loups-garous eux, ne pouvaient plus reprendre forme humaine. Mon père nous regardait avec des yeux de loup battu.
– Je vais préparer la chambre d’ami ! et je me levai d’un bond.
– Tu plaisantes, j’espère ?
Silas m’avait rejoint sur le seuil de la chambre.
– Non, et je changeai les draps, je ne plaisante pas. Papa sera en sécurité ici.
– Tu comptes recueillir toute sa meute ?
– Seulement mon père. Les autres sont prévenus, ils devraient se contrôler.
– Les seules créatures fantastiques capables de se contrôler sont les Trolls.
– Que crains-tu ? Qu’il te démolisse l’épaule et prétende après ne pas en avoir fait exprès ? Mon père n’est pas un hypocrite… contrairement à toi, soufflai-je.
– Je ne suis pas hypocrite ! J’estime que ton père dormirait plus confortablement dans une niche que dans un lit. Je suis même prêt à la mettre dans la cuisine, il ne serait pas obligé de dormir dehors. Et qu’est-ce que cela mange, un loup garou, au petit déjeuner ?
– La même chose qu’un humain, avec un peu plus de viande, c’est tout.
Silas avait tendance à oublier que même sous sa forme lupine, papa comprenait tout et fomentait une petite vengeance, rien de bien méchant. Après tout, Silas avait déjà dormi dans une yourthe, alors une niche pour Saint-Bernard…
2 h 00 : papa hurle. Je me lève précipitamment, croyant qu’il a un malaise. Non, il hurle en me montrant le jardin.
– Il y a une ombre là-bas, me dit-il (avantage : nous communiquons par télépathie). Un vampire. Qu’est-ce qu’un de tes patients fait à cette heure-ci dans le jardin ?
Je n’ai pas d’aussi bons yeux que mon père métamorphosé. Je sortirai volontiers, cependant un pyjama Snoopy ne peut qu’engendrer l’hilarité. Le temps que je passe un manteau, et l’ombre était partie.
– Russel.
Essayer de raisonner Silas était peine perdue.
– Mais non, tentai-je mollement – parce que j’avais envie de dormir, non de discuter.
– Russel, te dis-je. Il n’y a que toi pour ne pas t’apercevoir qu’il est amoureux de toi !